Hier, je regardais ces dessins de frenz sur superman :
Et à un moment, ça m a frappé et j ai pu mettre le doigt sur quelque chose que je n arrivais pas à nommer concernant l esthétique des bd de superman et désormais aussi celle de spiderman.
Il existe cette idée comme quoi un super heros ne serait adapté qu à l époque qui l a vu naitre.
Matt Wagner en est, par exemple, convaincu qui dans un itw récent donnait l exemple du shadow qui n aurait de sens qu à une époque où tous les hommes portent des chapeaux, sans quoi le shadow ne peut pas passer inaperçu.
Wagner citait également batman, qui n aurait de sens qu à une époque où les policiers sont encore peu armés sans quoi les gadgets de batman n auraient aucun sens.
Aujourd’hui, pointait il, n importe quel flic peut etre aussi armé que le batman crs.
Vu le succès de batman encore aujourd’hui, difficile de soutenir que le personnage n aurait pas su maintenir sa pertinence et sa capacité à parler au public.
S il a su le faire, c est aussi que les auteurs ont su développer une esthétique actuelle pour le personnage, c est à dire une esthétique du personnage qui peut s articuler à l architecture des villes d aujourd’hui.
En d autre terme, batman ne denoterait pas dans une ville moderne.
C est à partir de là que nous pouvons en revenir à ce qui m a sauté aux yeux hier en regardant les dessins de frenz sur superman.
L esthétique de clark comme de metropolis est une esthétique coincée dans les années 50/60.
Ou plus exactement, c est une esthétique des hommes et de la ville d’aujourd’hui mais comme si les années 70 n avaient pas eu lieu, comme si elles avaient été sautées en terme d influence pour arriver directement et sans transition des années 60 aux années 80/90.
En d autres termes, le monde esthétique et architectural de ce superman par frenz mais aussi par les autres dessinateurs de l epoque carlin, est une création produisant un écart avec l esthétique reelle de la ville de cette époque.
Dans une certzine mesure, en sautant les années 70, l esthétique de superman s est condamné à une forme de pastiche.
Il ne s agit donc pas d affirmer qu un super heros fonctionne uniquement dans l esthétique de l epoque qui l a vu naitre.
Après tout, superman a su se renouveller et s adapter des années 40 aux années 60.
Il s agirait plutôt de remarquer quelles sont les époques auquel un super heros n a pas su ou pu s adapter et qui l on fait opter pour le pastiche.
Aujourd’hui, il me semble qu un phénomène similaire est arrivé ou est rn train d arriver au spider man 616 et peut-être au monde marvel dans son ensemble, phénomène devenu criant avec la parution l ultimate spider man d hickman et checchetto.
L ultimate spider man met en scène des Peter et mj qui sont des csp + dans un New York de csp +, qui vague de gentrification après vague de gentrification s est vidé de ses classes populaires.
Le spiderman 616 quant à lui reste marqué par un new York des années 70, soit un new York d aujourd’hui qui aurait sauté les années 2000 et leur gentrification pour arriver directement dans des années 2020 pastichées.
Pour Roy Thomas, le genre super-héros est propre à la Seconde Guerre mondiale.
(Ça explique bien des choses sur sa carrière…)
Je ne suis pas sûr de te suivre, mais je pense qu’il y a une piste à creuser.
Telle quelle, ton affirmation ne me semble applicable que localement (genre : sur le Superman de Frenz). On pourrait dire aussi que le Batman de Schwartz et Infantino, tentative de le moderniser et de le recaler sur l’air du temps, laissait tout de même sentir que le personnage était encore coincé dans le passé, et qu’il a fallu la proposition d’O’Neil et Adams pour qu’il soit en phase avec son époque.
De là, je verrai ce rapport à l’esthétique et à la contemporanéité comme une sorte d’élastique reliant le personnage à son contexte : parfois, il est en retard et l’élastique et tendu, puis l’élastique le ramène violemment. Et ainsi de suite. Un pendule, un balancier, un yoyo.
Penses-tu qu’il y ait des périodes où cette impression serait générale sur l’ensemble des héros ?
Quid de la période « Image / In Your Face » du début des années 1990, où l’ensemble de la production mainstream ressemble à un pastiche ?
Et serait-ce corrélé à des périodes de sous-popularité, ou de sur-popularité, auprès du lectorat ?
Jim
Osé.
La guerre ou les époques dans lesquelles la société se transforme particulièrement, bref des époques durant lesquelles il se passe quelque chose, ne sont elles pas les pires époques pour les super heros ?
Oui, o’neil et miller ont vraiment rattrapé le coup.
Je vois bien cette dimension aussi qui tient également aux inspirations des auteurs, mais je trouve qu il y a aussi pour certains persos un moment où le yoyo s arrete ce qui donne par la suite un pastiche grandissant.
Rien ne s oppose sur le papier par contre à ce que des années soient plus proches des années 60 que d autres ce qui aurait pour conséquences pour superman que le pastiche diminuerait alors.
Non. C est propre à des années singulières avec un perso singulier.
Les années 70, c est le nouvel hollywood, le flou moral, c etait peut-être des années plus compliquées à intégrer pour superman, en tout cas l idée serait que les auteurs n auraient pas reussi à le faire sautant direct aux années 80.
Mais ce saut entrainerait comme une évolution manquante pour le perso qui aurait pour effet que même lorsqu il s adapterait ensuite aux années suivantes, par exemple pour superman les années 80 marquée par le retour du héros, et bien un décalage persisterait qui serait détectable au pastiche.
Ainsi, peut-etre qu en terme creatif ca donnerait quelque chose comme : si on voulait que superman soit pertinent aujourd’hui, si on voulait éliminer le pastiche de superman alors il faudrait reprendre aux années 70 pour se demander comment les intégrer aux persos, comprendre ce qui a coincé à l époque, trouver comment decoincer esthétiquement la situation pour seulement ensuite projeter le perso aujourd’hui.
Était ce un pastiche ?
Marvel pastichait/copiait image mais image n etait pas un pastiche. Image etait de son temps.
Sans doute oui, pour le perso. Plus le pastiche serait présent, plus le perso serait nostalgique de lui même et moins il parlerait au public au présent.
Ce serait arrivé à superman, ce serait en train d arriver à spider man et ce ne serait pas arrivé à batman.
C’est son opinion, et force est de reconnaître que le genre a été abandonné après guerre, et n’est revenu qu’au prix des efforts de Schwartz et Lee, qui ont cherché à sortir le genre de la géopolitique (Lee l’a éprouvé au premier chef : la tentative de relance de Captain America au milieu des années 1950 (et, je crois, avant la relance de Flash), l’a profondément convaincu que les super-héros ne fonctionnait pas ainsi. Je soupçonne Schwartz d’avoir regardé toutes les tentatives de relance avant de formuler une nouvelle proposition).
À part ça, durant la guerre de Corée, les super-héros étaient absents.
Mais ensuite, durant la guerre du Viêt-Nam et celle du golfe, il est possible de voir des transformations du genre. Les manifestations pacifistes ont infusé dans Spider-Man et Iron Man, le Cap d’Englehart est clairement post-Viêt-Nam…
À la hauteur de la guerre du Golfe, les super-héros étaient en mutation : sous l’effet des X-Men interventionnistes de Claremont, la vague Image a changé.
Alors bien entendu, ces mutations ne sont pas dues uniquement à la guerre, mais si l’on part du principe qu’il y a un zeitgeist, un air du temps auquel la pop culture et la géopolitique répondent, on peut sans doute chercher un schéma.
À quinze ans d’écart l’un de l’autre, cela dit.
Mais on connaît l’influence du premier sur le second…
Voilà : et au décalage induit par le fait qu’ils sont influencés par des lectures d’enfance et d’adolescence qui mettent du temps à infuser sur papier : Brubaker influencé par Englehart, Spencer par Gruenwald…
Le yoyo s’arrête-t-il définitivement ?
(On parle ici de personnages publiés régulièrement, bien entendu…)
Voilà.
C’est lié je crois à l’intention éditoriale (des auteurs et/ou des rédacteurs). Le Daredevil de Kesel est clairement une volonté de renouer avec la version de Lee, Romita et Colan, par exemple.
Oui : des rencontres.
Je pense aussi.
C’est aussi les années à Clark officie à la télévision (ce qui est une belle ânerie, mais ouvre des pistes de réflexion).
Ça pose la question du greffon qui prend ou qui ne prend pas. Le changement qu’on fait pour moderniser, et qui prend, ou pas. Là, ça n’a pas pris, et pourtant, ça revient régulièrement (durant la période Carlin, Clark change de rédaction, durant la période nioufiftitou, il est web-journaliste…). Comme si même les aspects ratés ou méprisés finissent par intégrer le canon et par se charger de signification avec le temps qui passe. C’est propre au feuilleton, je pense.
Je vois : et qui deviendrait évident, palpable et reconnaissable quand Frenz ou Bogdanove mettent un chapeau à Clark.
Parfois, je me demande.
Image aurait saisi l’air du temps, et Marvel et DC auraient copié ?
Peut-être.
Comme je disais, je connais mal cette période. De même que je connais mal la période suivante, celle de Dominus, un méchant qui finira par faire perdre la boule à Superman (dans une sorte de relecture de « Absolute Vision » de Stern, pour faire à grands traits). Je connais mal ces périodes, mais du peu que j’ai d’épisodes en VO, je constate qu’on passe d’un dessin outré, très comics, fait de traits de vitesse, d’effets pyrotechniques et de pleines pages marqué par Frenz et Bogdanove, à un style plus réaliste, avec des gens comme Eaton ou Epting. Faudrait que je regarde les editors mais il me semble que Cavalieri était aux commandes avant l’arrivée de Berganza (qui amène des gens comme Loeb).
Bref.
L’impression que ça laisse (et je répète, je n’ai qu’une vision parcellaire de cette période), c’est que « Superman Red / Superman Blue », c’est un peu le dernier grand tour de piste d’un Superman redéfini dans la bonne humeur, avec en ligne de fuite une fin de siècle qui approche (et un genre qui se redéfinit à bas bruit chez Image). Et qu’il y a quelque chose de plus sérieux qui se prépare, qui se met tranquillement en place. Comme si l’éditorial sentait que le personnage n’était plus en prise.
Plus depuis quarante ans.
Mais ça me permet de reformuler ma question : le public est toujours présent, mais Batman est-il toujours « en prise » avec le monde et son esthétique ?
Dans le cas précis de Batman, une chose me frappe : la relative absence de Bruce Wayne. C’est Batman la vedette, et si l’on nous parle de Bruce Wayne, c’est pour le montrer gérer son deuil sous Tomasi ou perdre sa Bat-Cave sous Tynion. Mais Bruce n’existe plus.
Alors que Fraction semble le faire revenir sur le devant de la scène.
Et ça me frappe que le plus ancien milliardaire du monde des super-héros n’ait pas réussi à intégrer le tournant incarné par les patrons de la tech, alors que Tony Stark, si (et même Peter Parker, sous Slott).
Donc peut-être faut-il découpler le succès populaire et la connexion au monde ?
Jim


















