1941-2021 : BON ANNIVERSAIRE WONDER WOMAN !

La reprise de la gestion éditoriale de Wonder Woman ne s’est pas faite dans le calme et la bienveillance. On a vu que le titre était le théâtre de règlements de comptes entre auteurs. On a vu aussi que Kanigher, dès qu’il a pu, a bien fait comprendre que Diana Prince n’était pas la « vraie » Wonder Woman, donnant pour preuve le fait qu’elle puisse se retrouver prisonnière d’une usurpatrice kryptonienne.
La lecture du livre de Jill Lepore, et surtout de sa conclusion, apporte quelques éléments complémentaires qui viennent éclairer mes commentaires des quatre TPB de la période Diana Prince Wonder Woman.

À la lecture de ces éléments, il n’est pas impossible que la série soit prise dans une sorte de cercle vicieux : l’atmosphère chez DC n’est pas au beau fixe, cela se ressent dans les scripts et les clins d’œil cruels (Kanigher en pickpocket travesti, Infantino en patron exploiteur), qui à leur tour pourrissent l’ambiance…
On notera aussi qu’au moment où Kanigher revient, le titre est toujours bimestriel. Si la revue n’est pas redevenue mensuelle, c’est sans doute que les ventes, faibles au moment de la transformation par O’Neil, n’ont guère remonté. On peut imaginer, sans trop se tromper je pense, que la direction a estimé que l’expérience n’avait pas porté ses fruits.
On regrettera (et moi le premier) que la dernière tentative orchestrée par O’Neil n’ait pas abouti, cependant…

Jim

Merci pour tous ces beaux résumés ! Ils témoignent que cette version « powerless » de Wonder Woman n’est absolument pas aussi infâme que ce que la légende laisse croire.

Rien que de faire quelque chose sur l’avortement, ça aurait eu l’effet d’une bombe au moins (si ce n’est plus) importante que l’épisode sur l’addiction de Roy Harper !

J’en avais un bon souvenir (j’ai lu les épisodes en 2008, quand j’ai acheté les tomes à leur sortie), mais assez flou (les différents passages fantasy orchestrés par Sekowsky, je les mélangeais, par exemple, et j’avais l’impression que Denny O’Neil avait tout écrit…). Replonger le nez dedans, d’une manière un peu plus inventive, a été un vrai plaisir.
Déjà, c’est très joli. Sekowsky se révèle, je trouve, par rapport à ce qu’il faisait sur Justice League of America par exemple. Dick Giordano, c’est super chouette, et les quelques passages de Don Heck sont vraiment de premier ordre.
Mais la modernité ne se contente pas de se trouver au niveau visuel. Le personnage est redéfini mais sans contradiction avec ce qui avait été fait avant. Les auteurs parviennent à lui conserver des sentiments et des désirs, elle regarde les autres hommes, elle n’est pas insensible au charme d’untel ou d’untel. Mais elle maîtrise tout ça, elle fait des choix, elle va au bout de ses idées.
Et puis, il y a cette représentation de la guerrière, capable de prendre l’épée si besoin, de conseiller les troupes, d’organiser les attaques. Et ça, c’est une sacrée rupture. Ça dépasse et de loin la pâle copie de Modesty Blaise à laquelle on résume bien souvent cette période.

Oui, ça, ça aurait cogné. Bon, je pense que même si les autres récits (le proviseur, par exemple), auraient pu trouver leur chemin jusqu’aux lecteurs, mais celui sur la clinique, à mon avis, il était condamné d’avance.

Jim

Jim

Les Wonder Women alternatives, chapitre 7 : Yankee Poodle / Americaniche

Dans l’univers DC (je n’ose dire « pré-Crisis » ou post-ceci cela, ça change tellement vite, hein…), il existe plusieurs univers, plusieurs Terres parallèles, identifiées par des chiffres ou des lettres. La Terre-C, c’est là qu’habitent Captain Carrott et son formidable Zoo Crew (Zoo Club en français), super-héros à l’aspect d’animaux anthropomorphes appartenant au sous-genre « funny animals ». Les personnages apparaissent en 1982 et ont droit à leur série écrite par Roy Thomas et dessinée par Scott Shaw!

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Les personnages ne sont pas de simples décalques des héros DC. Au lieu de recopier les caractéristiques telles qu’elles définissent les justiciers, ils s’incrivent dans les différentes catégories : par exemple, Captain Carrot est une surhomme comme Superman, Fastback (une tortue) est un Bolide, Alley-Kat-Abra est une magicienne comme Zatara, etc etc.

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On ne peut donc pas considérer les membres du Zoo Crew comme des déclinaisons automatiques du catalogue DC, ils ont leur propre identité. En revanche, on peut relever des points communs. C’est là que le personnage de Yankee Poodle (Americaniche en français) est intéressant. Éditorialiste du monde du spectacle, Rova Barkitt (Priscilla Cancan en français), dont le nom est inspiré de celui de l’éditorialiste Rona Barrett, a été exposée aux radiations d’un météore et peut désormais projeter des champs de force qui se manifeste sous forme d’étoile. Son costume, bleu, blanc et rouge, orné d’étoiles, évoque le drapeau américain mais rappelle aussi certains motifs du costume de Wonder Woman.

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Cependant, si l’on veut trouver un équivalent animalier de Wonder Woman, il faut se tourner vers Captain Carrot. Ou plutôt, vers son double civil, Roger Rodney Rabbit qui, sur Terre-C, est… dessinateur de comic books !

Jim

Les Wonder Women alternatives, chapitre 8 : Wonder Wabbit

Sur Terre-C, Roger Rodney Rabbit est non seulement le puissant Captain Carrot, mais également un dessinateur de comic books. Il est le créateur d’une série intitulée Just’a Lotta Animals (« une belle brochette de bestiaux »). Et pendant longtemps, il pense que ses personnages ne sont que le fruit de son imagination. Jusqu’au Captain Carrot and his Amazing Zoo Crew #14

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Tout commence alors que le Zoo Club vient d’affronter Amazoo, un androïde que Captain Carrot connaît bien… puisqu’il l’a inventé pour les besoins de sa série de bande dessinée. Espérant reprendre ses esprits en dessinant de nouvelles planches, il a la surprise de découvrir ses propres personnages dans son atelier.

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À l’image de l’explication, magnifiquement capillotractée, selon laquelle il existe des sortes de ponts mentaux entre Terres alternatives (les scénaristes de Terre-1 ont raconté les aventures de Jay Garrick, Flash de Terre-2, parce que leur esprit était connecté à ce monde alternatif, ce qui a permis à Barry Allen de les lire, etc…), Roger Rodney Rabbit perçoit les aventures des héros et les retranscrit sous forme de bandes dessinées, pensant qu’il s’agit là d’idées nouvelles fournies par son inspiration débridée.

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Les membres de Just’a Lotta Animals (JLA, donc : la Ligue des Justiciers Animaux, ou LJA, en français) vivent donc sur un autre monde, la Terre-C-Moins. Et pour le coup, ce sont clairement des versions alternatives des justiciers que l’on connaît bien. Super Squirrel est clairement le Superman local. Les ennemis sont reconnaissables sous l’apparence de Kangar-Roo the Marauding Marsupial ou du magicien Feline Faust. Et dans le rôle de la Princesse Diana (l’autre), on a… Wonder Wabbit.

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Dans le récit de Scott Shaw!, dûment intitulé « Crisis on Earth-C! » selon la tradition bien implantée dans les récits de rencontres dimensionnelles entre la Ligue et d’autres équipes venues de mondes parallèles, les deux groupes s’allient pour mettre un peu d’ordre dans le bazar dimensionnel qui se présente à eux.

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L’intrigue est d’une telle ampleur qu’elle s’étend à l’épisode suivant, bien entendu titré « Crisis on Earth-C-Minus! »

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À l’issue de leur lutte commune, les deux groupes se retrouvent séparés, chacun retournant dans son monde d’origine.

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Mais comme de juste, de forts sentiments ont germé dans les cœurs de Captain Carrot et Wonder Wabbit, qui versent une larme quand la porte dimensionnelle se referme.

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À la faveur de la construction des imaginaires en poupées russes (la Terre-C-Moins est représentée dans la Terre-C qui est représentée dans les bandes dessinées de notre monde), Roger Rodney Rabbit peut cependant se consoler en continuant à dessiner Wonder Wabbit dans les pages de ses comic books.

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Au même titre que ses coéquipiers de Just’a Lotta Animals, Wonder Wabbit est une déclinaison incontestable de Wonder Woman. Princesse animalzone venue de l’île de Parrot-Eyes, elle dispose elle aussi d’un lasso magique contraignant ceux qu’elle saucissonne à dire la vérité, et d’un avion invisible, à l’image de celui de son homologue.

Jim

Wonder Wabbit par Scott Shaw! :

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Jim

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Sortie en 2017, l’encyclopédie illustrée de Wonder Woman semble avoir été bien accueillie :

Jim

Je veux un crossover avec Spider-Ham (et Captain Americat, Ducktor Doom, Fantastic Fur et compagnie…)

Tiens, je l’aurais nommée « Alley-Kat-Zam », moi… « Alley Cat », c’est plus proche du début d’Alakazam que d’Abracadabra.

Tori.

Roy ?
Y a quelqu’un qui te demande…

Jim

Tiens, voilà déjà la rencontre entre Roger Rodney Rabbit et Webster Weaver…

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Jim

Bon, en fait, « Alley-kat-zam » est sa formule magique (ça donne « Chat-Zam », en français ?)…

Tori.

Wonder Woman, Superman et Captain « Shazam » Marvel par Kevin Nowlan :

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Jim

En 2012, Drew Edward Johnson dessine un épisode de Wonder Woman, sur scénario de Michael Jelinic, scénariste de dessin animé. L’épisode était censé servir de fill-in mais il est resté dans les tiroirs pour des raisons liées au design du costume de l’héroïne.

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Jim

En 1985, le scénariste Kurt Busiek et le dessinateur Richard Howell travaillent, sous la direction du responsable éditorial Alan Gold, sur une aventure de Wonder Woman destinée à l’origine au numéro 329 de la série. Ce numéro, on l’a vu un peu plus haut, a finalement été le dernier de cette mouture (daté de février 1986), réalisé par Gerry Conway et Don Heck. De l’aventure prévue par Busiek et Howell, il ne reste pas beaucoup de traces, à part la page d’ouverture.

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Pendant des années, ce récit dormira dans les tiroirs de DC. Et il faudra attendre l’arrivée de Busiek sur la série Superman pour qu’il ressorte enfin des limbes. Dans Superman #661, daté d’avril 2007, le récit « Dangerous Lady » prend une nouvelle forme. Kurt Busiek doit adapter les péripéties et les dialogues à la nouvelle donne (notamment le fait que Superman soit marié…) et c’est le regretté Eduardo Barreto qui se charge de retailler les dessins de Richard Howell.

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Vingt et un ans plus tard, l’aventure peut enfin rencontrer son public… et permettre de gagner du temps et de soulager les auteurs, les retards de différents dessinateurs, dont Carlos Pacheco, ayant bouleversé le planning des titres Superman de l’époque. Sans ces décalages, « Dangerous Lady » continuerait peut-être encore à dormir dans un tiroir.

Jim

Première version de la couverture de Wonder Woman #306, par Gil Kane. Le dessinateur utilisait déjà des feutres pour son encrage, dont le noir disparaît rapidement sous l’effet de la lumière, ne laissant, au bout de quelques années, que des tracés gris ou roses. Remarquons que l’original ne porte pas de numéro d’épisode, il a peut-être été commandé à titre d’inventory, de réserve.

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Couverture finale, conservant la même idée graphique mais entièrement redessinée par José Luis Garcia Lopez et encrée par Dick Giordano.

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Jim

Couverture rejeté de H. G. Peter pour la série Wonder Woman :

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Et deux dessins originaux, du même :

Wonder Woman Goes Hawaiian, Given by H.G Peter to James And Skippy Wroten

Commission illustration by HG Peter

(Aucune idée de qui sont James et Skippy Wroten, mais on voit que le deuxième est dédié à Sheldon Mayer.)

Si on en croit l’interview, publiée dans Alter Ego #157, de Joye Hummel Murchison Kelly, scénariste assistante de William Moulton Marston et sa remplaçante officielle quand la maladie l’a empêché de continuer à travailler, il s’agit d’un couple de lettreurs.

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Jim