L’Iron Month continue ici !
Oh punaise, ouais. A faire fuir les lecteurs ! Une telle erreur dans l’emplacement des récitatifs et l’agencement des cases, c’est incroyable. Pour les cases, j’ai l’impression de lire une BD du début des années 80 (je ne sais plus si c’est Hulet qui avait cette tendance) ou du Aparo dans The Brave & The Bold. mais à une échelle autrement plus large et plus importante. Comme si Breccia avait appris à dessiné sur des cases uniques (parce que dessiner, il sait faire), et qu’il avait fait de l’encastrement par collage (Jim parle de Tetris).
Si bien qu’on est obligé de bien regarder quelle récitatif il faut lire après l’autre. Et ils sont nombreux, bien trop à mon goût, empiétant beaucoup sur les dessins.
Tout cela est bien dommage, car le récit et l’histoire sont excellents. Artie disait que le projet était initialement pour un Iron Man se passant en 1917 (et quelques années plus tard, on a un Iron Man Noir), et ça se confirme dans l’interview de Dorison située dans le cahier supplémentaire en fin d’album. Pour cette série, l’histoire démarre au moment de l’assassinat de François-Ferdinand, avec un inventeur industriel qui invente la pile au radium, miniature de surcroît, qui peut révolutionner l’énergie civile, à condition de financements qui n’arrivent pas, le projet étant jugé trop improbable, irréaliste. Evidemment, ce projet intéresse l’armée qui est prêt à apporter des financements nécessaires, en échange de son utilisation militaire pour son projet Sentinelles, qui a du plomb dans l’aile et dont la dernière version souffre visiblement d’un manque de stabilité technique.
Donc, le récit de Dorison est très riche. Il distille les informations au fil de l’eau, laisse réfléchir le lecteur, apporte même des informations inattendues. Cette Sentinelle a du Iron Man, mais me fait beaucoup penser à Robocop, et des éléments rappellent quand même le premier film (l’aspect « politique » qui est ici militaire, les échecs avant le lancement, le « choix » du sujet", …). Dans les informations données par le bon vieux docteur, il y a aussi des références aux différents programmes super-soldat, sous diverses formes. ça donne beaucoup plus d’ampleur au projet Sentinelles et plus d’impact aussi sur ce que sont devenues les hommes du projet, après que celui-ci ait capoté en 1911.
Et puis Dorison n’oublie pas son « à suivre » au milieu de cette histoire de guerre, le construisant tout au long des pages, là où je pensais naïvement que c’était pour présenter un contexte. Bonne surprise que cela a été à la fin de cet album.
Car ouais, l’auteur apporte beaucoup d’éléments annexes et secondaires, qui donnent du crédit et de la véracité dans son histoire, que ce soit avec le vocabulaire utilisé (jargon et argot) ou ce qui peut rappeler la France des années 1910. Rien n’est laissé au hasard, et l’intégration de vraies photos, de temps en temps, au milieu des dessins de Breccia donne un vrai impact à son histoire.
Si j’ai bien taillé dans la pagination de Breccia, je vais faire tout l’inverse concernant son dessin. C’est magnifique, détaillé (mais pas trop non plus), généreux (y a de la case) et ses choix de couleur le sont tout autant. Une vraie maîtrise. Et puis la guerre, c’est sale et là, il ne le cache pas. 0 l’instar de l’auteur qui le dit ouvertement, Breccia le montre tout autant. Et puis j’aime bien aussi comment il met de la folie dans les yeux des apprentis-sorciers, d’une manière où on ne sait pas s’ils sont vraiment comme ça (parce qu’on peut se poser la question) ou si le personnage délire.
J’avais acheté les 4 tomes sans avoir lu le tome 1, le sujet (double ici, car c’est une histoire de guerre et une histoire de super-héros), le nom de l’auteur et les dessins m’avaient convaincu. Et je ne suis pas déçu, malgré les énormes bémols du haut.