Comme beaucoup de personnages, les versions Ultimate de Daredevil et Elektra sont d’abord apparues dans la série Ultimate Marvel Team-Up. Dans les pages de ce titre collectif, le jeune Spider-Man les rencontre brièvement, en se ridiculisant par la même occasion. Ultimate Marvel Team-Up entretient un rapport très léger avec la continuité, certaines déclinaisons alternatives des héros Marvel ayant été retravaillées dans les séries suivantes (Ultimates, Ultimate Fantastic Four…). Pour Daredevil et Elektra, il a été décidé d’explorer leur passé, au moment de leurs années d’études à l’Université de Columbia, à New York…
La mini-série Ultimate Daredevil & Elektra a été publiée en 2003, l’année de la sortie du long métrage Daredevil de Mark Steven Johnson. Le scénario a été confié à Greg Rucka…qui ne s’est pas montré particulièrement inspiré. Le grand changement est que cette fois-ci Elektra Natchios n’est pas la fille d’un ambassadeur grec. La famille Natchios a des origines modestes, le père tenant un pressing dans le Queens. Matt Murdock n’est pas le protagoniste central du récit, Rucka s’intéresse principalement à Elektra, à sa rencontre avec ses amies Phoebe et Melissa et ses démêlés avec Trey Langstrom, un fils à papa qui fait sa loi sur le campus et qui agresse sexuellement Melissa.
C’est un sujet important mais l’ensemble manque terriblement d’intensité. Pour venger son amie, Elektra s’en prend à Trey mais grâce à ses relations, le salaud échappe à la prison et se venge en faisant incendier le commerce du père d’Elektra. La jeune femme, qui apprend les arts martiaux dans un dojo du Queens (son sensei est une version féminine de Stone), décide alors de se venger. Parallèlement à tout cela, on suit sa rencontre avec Matt, leur amour naissant et les événements qui vont les séparer. Matt revêt ici le costume noir vu dans la mini-série The Man without Fear de Frank Miller et John Romita Jr.
La partie graphique est correcte (Salvador Larroca était encore lisible) mais la comparaison inévitable avec les épisodes de Frank Miller n’est vraiment pas en faveur de cette relecture très moyenne, parmi les plus anecdotiques/oubliables de la ligne Ultimate…
La mini-série Ultimate Elektra (2004) est la suite directe du Ultimate Daredevil & Elektra sorti l’année précédente (post 1881). Suite à son attaque sur le harceleur Trey Langstrom, Elektra Natchios a quitté la fac et s’est éloignée de Matt Murdock. Elle aide son père mais la vie est difficile depuis que leur commerce a été incendié. Ils ont du mal à joindre les deux bouts et sont obligés d’habiter chez la tante Irène Natchios. Dimitri Natchios est alors approché par ses jeunes cousins qui lui proposent de reprendre une blanchisserie…qu’ils utilisent pour comme couverture pour du blanchiment d’argent. Parallèlement, Matt Murdock et Franklin « Foggy » Nelson sont pris comme stagiaires dans un célèbre cabinet d’avocats…ce qui va permettre à Matt de recroiser le chemin d’Elektra car l’associé principal va se révéler être un avocat véreux, en lien avec les Natchios qui répondent à un certain Wilson Fisk, alias le Caïd…
Salvador Larroca assure la continuité graphique avec la précédente mini-série en dessinant ces cinq épisodes. Et ça reste pas mal…pas excellent (je préfère les travaux de l’espagnol dans les années 90) mais il n’avait pas encore développé cette manie de coller des visages d’acteurs connus à presque tous les personnages et le rendu général n’est pas aussi froid et statique que la plupart de ses prestations suivantes. Pour le scénario, Greg Rucka a passé le relais à Mike Carey mais le changement de scénariste n’a pas suffi pour rendre la deuxième partie de l’évocation du passé des versions Ultimate de Daredevil et Elektra plus intéressante…
Ultimate Elektra est donc aussi moyen que la précédente mini-série. Les auteurs orchestrent quelques bons morceaux de suspense et d’action (notamment contre un Tireur proche de sa version ciné, avec la cible tatouée sur le front) mais la construction des épisodes est inégale, avec des longueurs, un rythme pas toujours bien maîtrisé. Et cette relecture des origines d’Elektra n’a vraiment pas la même force que celle de l’univers classique, c’est même assez fade. La jeune femme se perd dans une suite de mauvaises décisions qui changeront irrémédiablement sa vie alors que Matt lui prouve à la fin qu’elle aurait pu suivre une autre voie. Cela aurait pu être poignant…mais j’ai refermé le bouquin sans être vraiment emballé…
Après la fin du run de Brian Michael Bendis, j’ai un peu laissé tomber la série Daredevil…je ne sais même plus pourquoi, j’ai peut-être fini par en avoir marre du ton de la série, du trop-plein de sinistrose, d’une nouvelle descente aux enfers de Matt Murdock, ce qui m’a donné envie de mettre mon argent dans autre chose. Je n’ai donc pas lu la prestation de Ed Brubaker puis celle d’Andy Diggle…à une exception près, la saga Shadowland que Panini avait publiée en kiosque. Je n’en avais pas gardé un bon souvenir…et la relecture treize ans plus tard m’a rappelé les défauts de ce mini-event…
Je le répète, j’ai zappé les Diggle en albums, ce qui n’est pas gênant car le petit édito du Marvel Heroes Extra #7 a récapitulé l’essentiel : Daredevil est devenu le leader des ninjas de la Main qu’il a mis au service du bien, ce qui explique l’imposante tour apparue en plein milieu de Hell’s Kitchen. Si le but de Daredevil était de rendre son quartier plus sûr, ses méthodes deviennent de plus en plus expéditives…et son comportement violent attire l’attention de ses amis super-héros. Les justiciers « urbains » (Spider-Man, Le Punisher, Moon Knight, Power Man, Iron Fist…) vont alors mener l’enquête et essayer de rétablir l’ordre avant la possible intervention des Avengers…
Shadowland est une histoire très, très classique de héros qui succombe au côté obscur, pour une raison dévoilée dans le troisième chapitre. Rien de bien nouveau donc et la construction de la mini-série n’aide pas à la fluidité de la lecture. En effet, d’autres rebondissements se déroulent parallèlement dans les titres dérivés ce qui occasionne quelques ellipses tout au long des chapitres. Si je ne suis pas particulièrement fan du style de Billy Tan, il sait rendre les scènes d’action énergiques mais l’ensemble reste décousu et souvent bourrin.
Bref, une énième chute de Daredevil (pas la plus convaincante) qui plonge encore une fois l’Homme sans Peur dans le doute, le faisant abandonner brièvement son rôle de super-héros en chargeant un vieil ami de défendre Hell’s Kitchen (voir la mini-série Black Panther : The Man Without Fear). Pour Matt, la suite a eu lieu dans la mini-série Daredevil : Reborn, toujours scénarisée par Andy Diggle et que je n’ai pas lue…
C’est fini pour les trucs nazes.^^
La semaine prochaine, je commence la dernière ligne droite de ma rétrospective DD avec le run de Mark Waid. Après ça, j’ai totalement arrêté de lire les séries Daredevil…comme quasiment toutes les séries Marvel récentes…