A la découverte de Shiori et Shimiko

Jamais avare de séries décalées avec « Shiori & Shimiko dans La Tête Décapitée » de MOROHOSHI Daijirô, l’éditeur Doki-Doki (ndlr : Bamboo), nous gratifie cette-fois ci d’une petite perle d’horreur… comique.

Synopsis officiel

I-no-Atama aurait tout d’une petite ville de banlieue ordinaire si elle n’était pas peuplée par toute une ribambelle de personnages grotesques autour desquels se produit sans cesse toute sorte d’évènements occultes. Les pauvres Shiori et Shimiko ne sont pas au bout de leurs émotions !

Un magazine décapité - un manga recomposé…

Shiori & Shimiko est un Kowai, dans le sens où il est destiné à un public féminin, jeune de surcroit. Doki-Doki a eu la bonne idée d’insérer une postface (j’aurai mis une préface plutôt mais on ne va pas chipoter) rédigée par l’auteur qui nous explique ainsi l’histoire de ce manga insolite.

L’auteur nous apprend donc que Shiori & Shimiko vient en fait d’un recueil d’histoires parues dans un bimestriel pour jeunes filles, NEMUKI. La première parution des aventures de Shiori & Shimiko date de 1995 dans le volume 23 de ce magazine.

Couverture du magazine “Nemuki”

… sans queue ni tête !

Shiori & Shimiko souffre d’une qualité de dessin assez médiocre, MOROHOSHI Daijiro ne gratifie pas son bébé d’un graphisme du plus bel effet, les traits sont imprécis, hésitants, certains dessins sont carrément moches. Cependant, on ne peut pas lui jeter la pierre puisque ce qui apparaît comme un défaut au premier abord se transforme en atout lors de la lecture.

On peut difficilement le nier, l’impression de flou générée par ce design imprécis participe à l’élaboration du mysticisme des histoires. Histoires qui sont vraiment farfelues avec des protagonistes tels qu’un restaurateur trucideur, un camion fou ou encore un cerisier abritant des centaines d’âmes en peine.Même si certains comparent Shirio & Shimiko à la collection « Chair de poule » voire à la série « Fais-moi peur » diffusée dans les Minikeums de par la mise en scène d’adolescentes dans des situations effrayantes, je trouve sincèrement que ce manga ne prend pas le parti d’effrayer (ou alors il n’y réussi vraiment pas) mais plutôt de déranger comme on peut le voir dans l’histoire « Le palais du suicide » faisant la publicité d’un musée-restaurant faisant l’apologie du suicide.

Oui ces histoires dérangent, n’effraient guère mais feront réfléchir les plus rêveurs d’entre vous. Avec une bonne dose d’humour noir et de second degré, Shiori & Shimiko se lit agréablement.

MOROHOSHI Daijirô (source : doki-doki.fr)

Né en 1949, MOROHOSHI Daijirô grandit à Tokyo dans le quartier d’Adachi. C’est après une courte carrière dans la fonction publique qu’il se lance dans la bande dessinée, fin 1970, avec deux récits publiés dans la revue “COM”, fondée par TEZUKA Osamu. S’ensuit une œuvre profondément singulière, faite de séries parfois très longues, mais surtout de très nombreux récits brefs, format dans lequel il excelle. Prolifique, sans cesse réédité, largement admiré par les observateurs japonais, MOROHOSHI fut couronné en 2000 du 4ème Prix culturel Tezuka Osamu pour son œuvre la plus ambitieuse, Saiyû yôen den, une adaptation du célèbre roman chinois La Pérégrination vers l’Ouest. Shiori et Shimiko paraît depuis 1995 dans la revue bimestrielle des éditions Asahi Sonorama, “Nemuki”.