Jim_Laine
(Jean-Marc Lainé)
Avril 1, 2020, 10:17
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Hush2.0:
Je me doute que 22 pages, c’est du boulot mais ne pas tenir des délais, je crois que le « mal » est ailleurs. En lisant les interviews de Lopresti par exemple, les artistes vont chercher des revenus ailleurs, plus courts et bien payés (eu égard au temps passé) comme des commissions. ça plus ça, ça décale les rendus…
L’une des causes de l’évolution du rythme de réalisation est en lien avec le développement du marché de la planche originale.
J’en parlais récemment, et je copie les propos par fainéantise :
Nonobstant la considération sur la narration, l’une des raisons du fait que les dessinateurs se consacrent aux détails (qu’ils s’encrent eux-mêmes ou non), c’est le développement du marché des planches originales. Les dessinateurs savent qu’il y a une source de revenus supplémentaire, et ils la soignent.
Corollaire à cela, cette tendance contribue à montrer des personnages en costumes multicolores sur toutes les pages ou presque. En effet, traditionnellement, le marché de la planche originale s’intéresse essentiellement aux super-héros, plus qu’aux alter-ego . Ce qui se vend le mieux, ce sont les couvertures, les splash-pages et les scènes d’action avec héros costumé, dans l’ordre. Les séquences en costume civil se vendent peu, et mal.
Ceci m’a été expliqué par Stuart Immonen, et des gens comme Charlie Adlard ou Yanick Paquette me l’ont confirmé. En gros, une planche avec Superman qui vole, même dans une seule case, se vendra mieux qu’une page où Clark Kent discute avec Perry White.
On comprendra donc que les dessinateurs privilégient les scènes de baston ou les grandes cases avec les personnages qui posent.
(Accessoirement, quand des illustrateurs de comics font une tournée en France ou en Belgique, c’est plutôt intéressant pour les amateurs de belle narration. En effet, il leur arrive souvent de venir avec un carton à dessin rempli de planches invendables sur le marché américain, et qu’ils « bradent » afin de couvrir quelques frais. Une planche à l’image de ce que je décris plus haut, genre Clark à la rédaction du Planet, est souvent vendue aux alentours de cinquante euros, là où un libraire américain la vendrait dix dollars (et l’achèterait donc à l’auteur cinq dollars). Le dessinateur fait donc une affaire, mais le fan aussi. J’ai acheté quelques pages de Walking Dead : s’il n’y a pas de zombie, ça n’intéresse personne outre-Atlantique ou outre-Manche (et sachez que Charlie a réduit son format de travail au cours de la série, de sorte que certaines planches sont franchement abordables). De même, j’ai une ou deux planches de Stuart datant de sa période sur Superman, et quarante euros pour Clark Kent, Lois Lane, Perry White et Simone DeNeige, je trouve que ça vaut le coup).
Jim
Tout ce que tu dis par ailleurs (les changements éditoriaux notamment) est valable également.
Jim