ANNIHILATOR (Grant Morrison / Frazer Irving)

[quote]ANNIHILATOR

Ray Spass est un scénariste hollywoodien à succès embauché pour lancer une nouvelle franchise, consacrée au voleur futuriste Max Nomax, mais lorsqu’il découvre qu’il est atteint d’une tumeur au cerveau, Ray plonge dans une spirale d’autodestruction. C’est alors que son propre personnage de fiction, Max, apparaît dans son salon, et lui demande son aide pour ressusciter sa bien-aimée. Le créateur et sa création s’embarquent alors dans un périple sans répit, poursuivis par l’Annihilator, un tueur implacable.

Contenu : Annihilator #1-6

Public : Ado-adulte - à partir de 12 ans
Collection : Urban Indies
Date de sortie : 16 septembre 2016
EAN : 9782365777858
Prix : 19 EUR[/quote]

Quelqu un a un avis?
Pour l instant un pote fan de Morrison était assez mesuré sur cette bd (et le début d heavy metal)

Pareil, je ne saurais te développer ça car j’avais trouvé ça confus et au final que ça n’allait pas plus loin que le gimmick du méta, ça me donner l’impression que Morrison avait pour projet d’en faire quelque chose d’ambitieux mais qu’il ne savait plus quoi en faire au final, il y aurait fallu que je le relise vu que beaucoup de ses œuvre gagnent en intérêt à la relecture, en l’état actuel, je vais faire l’impasse et me contenter de Zenith, ce mois ci.

Je serais pour ma part, au 2/3 de ma lecture de ce volume, beaucoup plus enthousiaste que mes camarades.
Je pensais avoir affaire à un de ces travaux typiques du dernier Morrison, des oeuvres relativement accessibles au regard de la part la plus hermétique de son corpus (“The Invisibles” et “The Filth”, par exemple), dont le plus ancien “WE3” serait un peu le prototype. Comme “Joe The Barbarian” ou “Happy!” (ce dernier titre étant d’ailleurs actuellement en développement), je pensais que ce “Annihilator” présentait le visage d’un Morrison “light”, à l’approche épurée, plus “accessible” donc, et propice à l’adaptation sur le petit ou le grand écran en conséquence…

C’est à la fois vrai et faux. “Annihilator” ressemble bien à une sorte de condensé du travail du scénariste écossais, mais plus qu’un appel à l’adaptation hollywoodienne, c’est plutôt une réflexion sur l’expérience hollywoodiennes de Morrison, comme il s’en explique lui-même en interview. C’est moins d’ailleurs un récit biographique (le scénariste Ray Spass n’a pas grand point commun avec Morrison) qu’un récit allégorique, où le concept de deadline prend corps, littéralement, engageant la survie de tout ce qui est.

Morrison profite également de cette mini pour rendre hommage, comme il le fait beaucoup par ailleurs (notamment au sein de “Multiversity”, je crois), à toute une veine de comics des années 70 à laquelle il doit beaucoup (pas bégueule, le scénariste cite ses sources en interview : Starlin, Englehart, Gerber, McGregor notamment ont ses faveurs). Son héros Max Nomax (dont le patronyme auto-annule son existence, en quelque sorte ; très morrisonnien, ça) a des airs de toutes ces créations moorcockiennes et post-moorcockiennes basées sur Jerry Cornelius ou Elric, comme Luther Arkwright, Adam Warlock ou même Gideon Stargrave (création d’un tout jeune Morrison à la fin des seventies), avec une touche “goth” prononcée en plus.
D’où l’espèce de “psychédélisme noir” qui plane sur le récit, qui fait méchamment penser à du Starlin justement.

Je ne suis pas le plus grand fan sur terre de Frazer Irving, et loin s’en faut, mais je le trouve ici plutôt à son avantage, en mode photo-réalisme total (malgré quelques tentatives de perspectives foirées, très peu adaptées à son style très figé par ailleurs). J’ai pensé au rendu à l’époque de l’étrange série SF les “Six de Sirius”…

Je développerai mon avis dès que j’aurais achevé la lecture du volume, vraisemblablement dans le prochain épisode de mon émission “Tumatxa!” qui reprend la semaine prochaine (séquence auto-promo).

Je suis globalement d’accord avec Photonik, y compris sur Irving. Je trouve ce dernier réellement à sa place pour cette histoire, son style froid mais coloré étant parfaitement juste et raccord avec le texte (les dessins de ce qui se passe sur Dis sont globalement très bon et donne un super rendu au niveau de l’ambiance).

J’en suis le premier surpris, car je n’avais vraiment pas aimé sa prestation sur Batman.

Pour ce qui est du scénario, je l’ai globalement préféré à “Happy!”, par exemple, car il creuse à nouveau la veine de la création qui interroge son créateur et inversement (je ne dis rien de plus, mais la révélation de fin est, sur ce point, très morrisonnienne).

Non, globalement, du très bon boulot qui se lit très agréablement. Une très bonne surprise.

Bon, déjà, moi j’aime bien Frazer Irving, de façon générale. Sur Le retour de Bruce Wayne notamment, le plus beau chapitre est pour moi celui où il est aux pinceaux (numériques).

Maintenant, pour se concentrer sur la part de Morrison, je dirais qu’autant The Multiversity a des allures d’encyclopédie quasi-exhaustive de ses obsessions, autant Annihilator pourrait en offrir une sorte d’abrégé (rapports en miroir de la “fiction” et du “réel”, rapport à l’occulte…). Mais il est surtout à mettre en parallèle avec Nameless, autre mini-série en 6 épisodes, chez Image celle-ci, autre récit de lutte contre la fin du monde, dont la publication en v.o. s’est faite en parallèle. De l’aveu du scénariste les deux titres ont été écrits en réaction commune à la mort de sa mère, d’où un ton très, très sombre qui s’il n’est pas sans antécédents chez l’Écossais fait quand même plus figure d’exception que de règle.

Pour autant, s’il y a parallélisme, il n’y a pas identité entre les deux. Nameless maintient tout du long une ambiance plombée et une tension de tous les instants, jonglant entre l’horreur “concrète” de visions dérangeantes et/ou extrêmement gores et l’angoisse plus “abstraite” qui sourd, en partie, de la difficulté pour le lecteur à se repérer au sein d’un récit dont les tenants et aboutissants demeurent en permanence obscurs, de même que le degré de “réalité” des différentes scènes qui nous est présenté. Le ton d’Annihilitor diffère sensiblement. Certes la mort hante chaque page ou presque, mais l’humour n’en est pas absent et une bonne part du récit est menée tambour battant : Annihilator, ça décoiffe sévère, et je ne parle pas que de la coupe de cheveux de Ray Spass.

Car tandis que le récit d’horreur vire au mythe de création tendance gnostique sous psychotropes, Max Nomax, sorte de descendant de Maldoror et de Fantômas, poète rebelle, criminel ultime, artiste de l’évasion (autant dire : le diable en personne), s’oppose à double titre aux plans divins d’un monde “parfait”, mais dans lequel la mortalité fait partie de l’ordre des choses : s’il prétend, d’une part, chercher un “remède contre la mort”, il se veut surtout, d’autre part, l’introducteur du chaos des sentiments (y compris les plus douloureux) dans un univers trop lisse sans cela. C’est lui qui tire Spass de sa spirale d’autodestruction qui est finalement une “zone de confort” comme une autre, le force à sortir de son apathie et à se confronter à ses conneries passées en la personne de son ex, Luna. Et ce faisant, c’est lui aussi qui imprime son rythme et sa dynamique au récit, transformant ce qui devait être “le croisement entre Shining et Alien” initialement annoncé en folle apocalypse rock’n’roll.

[quote=“Oncle Hermes”] d’où un ton très, très sombre qui s’il n’est pas sans antécédents chez l’Écossais fait quand même plus figure d’exception que de règle.

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Oui, c’est tout à fait exact, même si “Annihilator” retombe un peu sur ses pattes à la fin, par rapport à cette noirceur (pour “Nameless”, je ne saurais dire : pas encore lu).
Ceci dit, Morrison avait confié à l’époque s’être volontiers plongé, pour en capter l’esprit, dans l’oeuvre de gens comme l’auteur de nouvelles horrifiques Thomas Ligetti (auteur également de l’essai “The Conspiracy against the Human Race”, noir comme la suie, et inspirateur de la première saison de “True Detective”) ou le philosophe Ray Brassier, deux des penseurs les plus “pessimistes” en activité à l’heure actuelle…

variation sur le même thème.

Le mélange de la réalité et de la fiction donnant la prime à la fiction dans sa capacité à avoir des effets réels, est d’usage chez morrison. La singularité est ici que la fiction relève du mythe. Mythe contre subjectivité.

Le mythe du premier et dernier rebelle emprisonné dans la prison ultime manque quelque peu de flamboyance si on le compare à ceux issus du grand scénariste des mythes en bd : jodorowsky. Mais dans son épure, il y a quelque chose d’entêtant.

J’ai lu l’album en deux soirées. Bon, j’avoue que le lendemain, après avoir lu les trois premiers chapitres, j’ai eu un mal de crâne carabiné qui ne m’a pas lâché de toute la journée. Je me demande si je ne fais pas une rechute d’allergie à Morrison ???
Le lendemain soir, la migraine un peu passée, j’ai fini le volume.
Bon, c’est sympa, mais le rapport fiction / réalité, et création / créateur, il l’a exploré plusieurs fois, et j’avoue que je suis encore sous le charme de l’épisode où Buddy Baker rencontre Grant, et cet album ne me semble qu’une redite de plus.
D’autant que le thème du terrien qui hérite des souvenirs d’un aventurier spatial, ça évoque bigrement le Zarth Arn héros d’Edmond Hamilton, dont l’esprit s’échange avec celui d’un comptable de notre bonne vieille Terre. Ça rentre en résonance avec le projet de Morrison, qui est de parler de Hollywood et de la fiction, et donc d’évoquer les clichés, mais tout de même, ça fait un peu redondant.
Le flou que le récit entretient sur l’identité (qui est qui, qui ressemble à qui), créant des sortes de poupées russes narratives, chaque personnage en cachant d’autre, est assez bien vu, les personnages perdant leur singularité par jeu de comparaison : les pronoms changent, les noms s’échangent… C’est renforcé par le travail de Frazer Irving, qui s’ingénie à faire se ressembler ses protagonistes (c’est sans doute volontaire…). Mais ça contribue à rendre l’ensemble parfois confus.
Enfin, les redondances dans l’œuvre de Morrison sont frappantes : outre le rapport à la fiction déjà évoqué, on peut évoquer la construction des univers artificiels (déjà vu dans All Star Superman entre autres) ou la “balle magique” (il y en a une belle dans Final Crisis). L’un dans l’autre, ça donne l’impression d’un scénariste qui livre ici une œuvre mineure, sans doute parce qu’elle manque d’originalité par rapport à son propre corpus.

Jim