Discutez de Aymeric
J’ai trouvé hier l’album, dont j’ai découvert qu’il n’était que la première partie d’un diptyque conclu avec Aymeric à Montségur, dont je n’avais jamais entendu parler.
C’est pas mal, surtout graphiquement, mais ça conserve la tonalité d’albums pédagogiques à l’image de L’Histoire de France en bandes dessinées, à savoir que c’est essentiel illustratif et didactique. La volonté éditoriale est clairement de donner des informations dans le cadre d’une leçon d’histoire, pas de mettre en scène des personnages attachants dans un cadre historique.
On suit donc Aymeric, fils et neveu d’artisans toulousains, qui vit au début du XIIIe siècle dans la tourmente opposant les Cathares aux Croisés. Ces derniers sont décrits comme des brutes tortionnaires qui se livrent aux pires sévices sur les populations associés à leurs adversaires. Le parti pris de Michel Rocquebert, lui-même historien passionné par cette période, est évident, et la mise en scène s’en fait l’écho : Aymeric est avant tout auditeur puis spectateur des récits et des conflits, qui fatalement orientent la narration et surtout éloignent le héros des enjeux : le lecteur, comme Aymeric, est assez loin de l’action, comme détaché.
Mais Aymeric va grandir, perdre son père, tomber amoureux… Cependant, comme il est périphérique au récit, son évolution touche assez peu le lecteur. Quant à Gérald Forton, il fait montre de ses qualités et de ses défauts habituels. Il livre un dessin classique, académique, influencé par les grands classiques du strip américain, avec un encrage certes inégal mais en général riche, généreux et texturé (rappelant ici ou là l’école philippine à la Alcala ou à la Marcos. A contrario, il se soucie assez peu de la narration, place les bulles dans les espaces résiduels, ne délimite pas ses récitatifs dont les mots débordent sur les couleurs (si ce n’est l’inverse) et laisse à l’ensemble un sentiment de manque de soin patent. L’album date de 1978 (j’ai la réédition de 1987, précisément le tirage de 1993), peu ou prou sa période Télé Junior, avant son départ pour les Amériques, et l’on retrouve son approche peu impliquée qui laisse un sentiment collant de manque de soin.
Dommage, avec un dessin pareil…
Jim


