BETTY & VERONICA #1-3 (Adam Hughes)

L’échoppe Chocklit de ‹ Pops › est menacée par une grande enseigne de café. Lorsque Betty et Veronica découvrent le problème, les jeux sont fait ! L’amitié éclate ; des villes vont brûler ; des ongles seront cassés tandis que les célèbres Betty & Veronica deviennent Betty contre Veronica !

Annoncée en mai 2015, la série sur les amies rivales Betty & Veronica confiée au célèbre artiste Adam Hughes débarque finalement à la fin du mois de juin chez Archie Comics.

Elle vient grossir les rangs de la nouvelle collection initiée par Mark Waid et Fiona Staples avec la série Archie, puis développée par Chip Zdarsky et Erica Henderson avec Jughead.

Ci-dessous, les couvertures alternatives du premier numéro par Chip Zdarsky, Stephanie Buscema, Veronica Fish, Cliff Chiang, et Francesco Francavilla :

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Le site de l’éditeur : archiecomics.com

Oh.
Wow.

Jim

Voici une première image du travail de Adam Hughes :

Voici trois pages de Betty & Veronica #1 :

Source : www.comicbookresources.com

Source : www.comicbookresources.com

Oh purée comment ça s’annonce en mode “déchire tout”.

Jim

Ça m’étonne d’ailleurs qu’il n’est pas rajouté une ou deux couvertures alternatives pour marquer le coup.

Formidable premier numéro.
Très drôle, très sitcom, avec des grimaces et un surjeu qui conviennent assez bien au sujet. La rivalité entre les deux jeunes femmes est poussée à son paroxysme, le tout avec une intrigue assez sympa qui secoue le petit monde de Riverdale et l’antre de Pop.
Question narration, c’est étourdissant. Hughes, parfaitement conscient de son statut de “Mucha des comics”, détourne complètement les signes extérieurs de son style, que ce soit les traits de contours épais ou les motifs végétaux. On sent là une malice incroyable, également présente dans les détournement de la narration (usage de grossissement de traits, deux pages “blanches”, chapelets de bulles à la Claremont / Bendis…). C’est jubilatoire à un point incroyable.
Le dessin est magnifique, la narration est maîtrisée comme rarement (quelle leçon !), et les couleurs, jouant sur un trait grisé et une palette pastel, sont au diapason. Elles sont signées José Villarubia, qui rompt ici définitivement avec ses effets brosse à dent et des collisions chromatiques, ce qui est une excellente nouvelle. Quant au lettrage, d’une grande modernité et d’une vitalité en accord avec le caractère des personnages, il est signé Jack Morelli, qui se charge des titres de l’éditeur et qui fait déjà merveille sur l’Archie de Waid.
Alors la grande question, c’est : est-ce que Hughes va tenir le rythme ? Est-ce que les astuces de narration sont des jeux et des clins d’œil, ou des compresses visant à pallier un retard ? Mais s’il parvient à réitérer l’exploit, on risque d’avoir une excellente série.

Jim

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Source : www.comicvine.com

Source : comicvine.com

Ah tiens, je pensais avoir commenté l’ensemble de la série, à l’occasion de ma lecture récente du TPB (que j’ai depuis quelque temps déjà, mais cette année de célébration a été l’occasion de rattraper le retard…)

Or donc, c’est excellent.
Enfonçons quelques portes ouvertes : c’est très très beau. Adam Hughes a encore fait des progrès, il trouve ici un équilibre incroyable entre le réalisme naturel de son trait et un encrage épuré, à cernés épais, qui fonctionne très bien avec le monde joliment stéréotypé de Riverdale.

Ensuite, il opte aussi pour une narration décalée, un brin méta. Par exemple, c’est Hot Dog, le chien de Jughead, qui mène la narration. Et dans un style alambiqué où il s’adresse au lecteur, et auquel il ne manque plus que quelques allitérations pour qu’on puisse le confondre avec Stan Lee. Rien que ça, déjà… Ensuite, le premier épisode s’ouvre sur une discussion durant laquelle Archie et Jughead réfléchissent aux grands duels de la fiction (le Père Noël contre le Lapin de Pâques, Ronald McDonald contre le Roi des Burgers…) ce qui les conduit à réfléchir à un duel Betty / Veronica, et donc à placer ces deux éternelles, et tout Riverdale par extension, sur le même niveau fictionnel.

Rajoutons les jeux narratifs, comme cette page de « pause » visuelle où Hot Dog présente les personnages officiellement, ou encore la double page quasi blanche où s’étalent des chapelets de bulles à la Claremont ou à la Bendis, ce qui vaut une remarque acerbe de Veronica.

Rien que ça témoigne du brio souriant que déploie Hughes dans son récit. Dont l’intrigue est simple : la compagnie Kweekwegs Koffee va racheter le petit bistrot de Pop. Betty décide qu’il faut organiser une collecte de fonds afin de lui permettre de payer sa banque et de récupérer son établissement, mais les choses se corsent quand ils découvrent que le chantier de reconstruction sera supervisé par Lodge Industries, la société de Veronica.

Le deuxième épisode s’ouvre sur la vision d’un camion en flamme près de chez Pop’s, avec dans un coin de l’image Hot Dog qui précise au lecteur qu’il s’agit d’une image du troisième épisode, qu’ils vont corriger lors de la réédition en TPB. Ce flash-forward soutenu par un grand coup de coude de l’auteur à son lecteur permet d’annoncer que la situation s’envenime entre Betty et Veronica. Toutes les initiatives de la première afin de collecter des fonds sont ruinées par la seconde.

Adam Hughes utilise tous les ressorts de la bande dessinée (variation de taille de caractère, emplacement des bulles, répétitions des plans…) pour dynamiser son récit et la mise en scène de la tension, non sans quelque commentaire social au passage, notamment autour des hipsters et de l’évolution de la société américaine. Ce faisant, il interroge le modèle de Riverdale, et pose en filigrane la question suivante : s’il est suranné, est-il pour autant obsolète ?

Le troisième épisode culmine au moment de la célébration de la ville elle-même (qui décidément est peut-être le personnage principal du récit), raison pour laquelle les personnages, ainsi qu’on le voit dans la première planche, sont vêtus à la mode des années 1940.

Et là, tout part en vrille. Betty craque et saute littéralement à la gorge de Veronica, ce qui entraîne une course-poursuite qui provoque un problème dans les feux d’artifice qui déclenche un incendie qui génère une catastrophe.

Une catastrophe prévisible et qui germait depuis longtemps, puisque c’est toute la ville qui semble divisée par l’imminente fermeture de chez Pop’s et son remplacement par un café moderne pour un public branché.

L’altercation finale prend des proportions gigantesques, embrasant la ville au propre comme au figuré. Et à la toute fin, alors que tout semble prendre feu et qu’une pluie de sang semble noyer la ville, les deux filles se retrouvent… et constatent ravies que tout s’est déroulé comme prévu.

Car oui, au final, toute cette guerre n’était qu’un vaste plan devant amener le père de Veronica à renoncer à son projet face à l’ensemble des tracas qui lui tombent dessus. Pour rendre la chose plus crédible encore, un flash-back nous apprend que Veronica avait appris des gros mots à Betty. Bah ouais, si Betty jure, c’est que la situation est vraiment sérieuse !

Avec ces trois épisodes, Adam Hughes fait une démonstration éclatante de son talent, aussi grand dans la gestion des effets narratifs que dans la maîtrise des visuels. Il parvient aussi à rendre un hommage saisissant à Riverdale et à sa tradition tout en modernisant les apparences, les propos, les dialogues, la tonalité. Il parvient à un équilibre étonnant entre rupture et continuité, ce qui n’est pas un mince exploit.

Et moi qui n’apprécie pas souvent le travail de José Villarubia, je trouve ses couleurs vraiment réussies, avec cette gestion du noir (désaturé ? grisé ? je ne sais trop comment dire…) et ces palettes sur lesquelles il n’utilise qu’avec modération les effets style brosse à dents pour lesquels il est connu. C’est doux, subtil, élégant. Là aussi, une réussite.

Jim