BIENVENUE EN ALASKA (Saisons 1-6)

Style “dramédie” ( l’aspect “comédie” est souvent au premier plan, et comme chaque épisode jongle avec plusieurs intrigues cela permet de varier la tonalité, selon l’humeur des personnage et la teneur de leurs problèmes personnels).

Quand un russe débarque en Alaska (non pas Poutine) :

Merci.

Romel Barua :

“Good morning Cicely ! A fan art I did of the Cicely folks! Discovered this show a few months ago and it became one of my favorite TV shows ever. This show is my comfort show nowadays.”

https://www.saison.media/2024/01/08/les-series-de-1993-conversation-avec-guillaume-nicolas/

I. Deroide : « Un genre qui a fait les frais de cette évolution, ce sont les « chroniques tendres » comme The Wonder Years, Doogie Howser, M.D. ou I’ll Fly Away qui ont toutes les trois pris fin en 1993. Ces exemples peuvent paraître mal choisis parce que sur ces trois séries, les deux premières viennent d’être rebootées mais dans les deux cas la notoriété des nouvelles versions est loin d’atteindre celles des originales. Je pense aussi à Northern Exposure (CBS, 1990-1995), même si elle est plus loufoque et poétique, ou aux séries d’Edward Zwick et Marshall Herskovitz comme Thirtysomething (ABC, 1987-1991). En gros, ces séries qui, pour reprendre l’expression de Martin Winckler dans Les Miroirs de la vie fonctionnaient comme des « miroirs à verre lent », auxquelles on pouvait reprocher d’être moralisatrices mais qui nouaient une relation particulière avec le spectateur. »

Si on s’en tient là, on a bien compris que ces grandes séries de 1993 étaient innovantes.

Tu m’étonnes

L’année 1993 est une date importante dans l’histoire de la série télévisée américaine.

Symboliquement, elle représente le passage à une nouvelle décennie créative. Entamée avec le chef d’œuvre Hill Street Blues (1981) de Steven Bochco et Michael Kozoll, les années 80 furent rétrospectivement qualifiées d’ère de la quality television, caractérisée par des séries tentant de sortir des carcans formels et narratifs avec plus ou moins de succès. Une époque où l’on tenta de mélanger les genres, de casser le 4ème mur, de faire des séries contemplatives, d’écrire des histoires sur plusieurs épisodes et de faire évoluer des personnages. C’était une période d’expérimentation folle dont le summum est atteint en 1990 quand deux grands talents, Mark Frost et David Lynch, créèrent Twin Peaks.

C’est une période d’essais plus ou moins heureux dont beaucoup sont oubliés ou minorés mais dont les fruits se récolteront dans la décennie suivante quand, par ces expériences acquises, déboulèrent la même année la série policière qui termina de briser le mythe du flic héroïque en brisant quelques tabous au passage (NYPD Blue), celle au style documentaire (Homicide, Life in the Street) et la série fantastique la plus paranoïaque de l’histoire (X-Files). Bien que lancé un peu plus tard, en 1994, on rajoutera également la séries médicale qui redynamisa totalement le genre (Urgences).

Ces quatre séries ont en commun d’êtres des grands (voire des très grands) succès d’une grande longévité, d’être visuellement novatrices et très belles, d’être, à l’exception d’X-Files, des séries chorales et enfin d’avoir des intrigues courant sur plusieurs épisodes ou saisons. Clairement elles fructifièrent les acquis de leurs prédécesseurs et elles-mêmes seront les terreaux de la prochaine évolution, celle des séries du câble. De son coté la sitcom connait un nouvel âge d’or avec une production extrêmement importante de séries toutes désireuses d’accéder au podium composé de Friends, Frasier et Senfield.

Enfin la science-fiction va également entrer dans une grande période et plus particulièrement pour une de ses déclinaison. Initiée par le lancement en 1987 de Star Trek : The Next Generation (qui, après deux saisons guère intéressantes, entame sa grande période), la décennie qui suit va voir l’arrivée d’un nombre conséquent de space-opera. Citons notamment les spin-off de la série de Gene Roddenberry avec Star Trek : Deep Space Nine, Star Trek : Voyager et Star Trek : Enterprise, Lexx, la comédie Red Dwarf, la trop courte Firefly, la très martiale Space 2063, la suite télévisuelle du film Stargate qui deviendra elle-même une franchise importante (même si la série originale Stargate - SG1 est au lisière du genre), la grandiose Farscape ou bien-sur la queue de comète Battlestar Galactica. Tous forment une grande décennie que traverse également Babylon 5. L’histoire de cette station spatiale et de ses habitant pris dans les tourments de la guerre devenant par ses particularités et ses qualités une véritable clé de voute de la série télévisée.

Et justement est-ce qu’on n’exagère pas l’importance de ce tournant de 1993 parce les séries de 1993 et des années suivantes ont beaucoup marqué le public français ? Je dis 1993 pour simplifier mais on voit bien que c’est une séquence un peu plus longue en fait. Urgences n’est pas arrivée sur France 2 avant l’été 1996, Friends seulement en 1997, et X-Files n’a été diffusée qu’à partir de 1994 en France, sous le titre Aux frontières du réel.

G. Nicolas : Et encore, au début la série passait sur M6 le dimanche à 19h, pas vraiment la case horaire appropriée pour des épisodes horrifiques comme « Tooms » ! Mais oui, le milieu des années 1990, en France, c’est la naissance d’une sériephilie. Moi-même, je suis né au début des années 80 et j’étais déjà sériephage quand je regardais les séries de « La Une est à vous » et celles qui passaient sur M6 mais c’est dans les années 90 que je suis devenu sériephile grâce à des séries qui ont eu droit à une meilleure diffusion et qui sont devenues des rendez-vous: X-Files, Urgences et aussi en effet les séries de la Trilogie du samedi. Et à travers ces séries, c’est tout un art que moi et d’autres avons découvert, grâce aussi à des médias comme Génération Séries. Aux Etats-Unis, où la culture séries était déjà installée et reconnue depuis longtemps, 1993 s’inscrit davantage dans une continuité. Comme je le disais, NYPD Blue et Homicide doivent beaucoup à Hill Street Blues (série des années 1980) et ont fortement influencé The Wire (série des années 2000), et le public américain a été conscient de ces parentés. Mais en France, 1993 est un vrai marqueur générationnel et représente un changement d’époque.

Cet homme parle le vrai totalement véritable

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"L’intérêt de cette année, ou plus exactement de la période 1993-1994, n’est pourtant pas évident, et l’on serait tenté de lui préférer le tournant de la décennie, soit 1989-1991, marqué par un plus grand renouvellement formel et générique, du moins à la télévision américaine. Qu’on en juge: la fin des deux plus grands prime-time soaps de l’histoire (Dallas et Dynasty), l’extinction pour dix ans des mini-séries historiques de prestige après le semi-échec de War and Remembrance, les adieux de la dernière série notable de MTM (la sitcom Newhart). Inversement, le début des Simpsons, soit la série animée familiale de référence; celui de Beverly Hills 90210, le pionnier des teen shows ; celui encore d’un inédit double procédural (policier et judiciaire), Law & Order; ainsi que d’une sitcom détonnante par son nihilisme, Seinfeld, celui enfin de l’inclassable et si influente Twin Peaks.

En comparaison, les séries de 1993-1994 sont bien plus des héritières que des pionnières, en tout cas du côté du drama. NYPD Blue et ER [Urgences] doivent beaucoup aux séries chorales qui les ont précédées dans les années 1980, respectivement Hill Street Blues et St. Elsewhere, tandis que The X-Files peut être présentée généalogiquement comme le rejeton de The Invaders [Les Envahisseurs] pour la quête paranoïaque, de Kolchak: The Night Stalker pour la traque du monstre de la semaine et, justement, de Twin Peaks pour l’attention portée à l’esthétique visuelle et musicale. De leur côté, les chroniques d’adolescence ou de début de vie d’adulte (My So-Called Life, Party of Five) profitent du nouvel engouement pour les teen shows tout en reprenant l’approche adoptée pour les trentenaires par Edward Zwick et Marshall Herskovitz dans leur première série: Thirtysomething (1987-1991). Enfin, le succès de Star Trek: The Next Generation, qui marquait le retour de cette franchise sur petit écran presque vingt ans après l’arrêt de la série originale, facilite évidemment, en 1993, le lancement de Star Trek: Deep Space Nine mais aussi celui de Babylon 5.

Pourtant, ce sont bien ces programmes qui vont retenir notre attention, plutôt que leurs audacieux prédécesseurs, et pas seulement parce que l’exposition médiatique et les audiences qui furent les leurs en France (en particulier pour Urgences et celle qu’on appelait encore à ses débuts Aux frontières du réel) contribuèrent à commencer de légitimer les séries américaines de ce côté-ci de l’Atlantique. Et pas seulement, non plus, parce que deux acteurs emblématiques de cette séquence sont récemment décédés, même si les disparitions de Matthew Perry (Friends) puis d’Andre Braugher (Homicide: Life on The Street) ont assurément ravivé les souvenirs des sériephiles.

Comme le disent chacun à sa manière Sullivan Le Postec et Guillaume Nicolas, les grandes séries de 1993-1994 marquent un apogée avant le déclin, celui des longues séries fédératrices de networks qui synthétisent et parachèvent les évolutions des décennies précédentes pour un public international de plus en plus synchrone du fait de l’essor d’internet."

"Les séries dramatiques et les dramédies de 1993-1994 s’épanouissent dans le « semi-feuilletonnant formulaire » (Claire Cornillon) qui sied si bien à la télévision de rendez-vous. On y goûte le plaisir de retourner dans un lieu familier sans pour autant savoir tout à fait ce que chaque nouvelle visite nous réservera. On a beau avoir compris d’emblée quelle frénésie règne aux urgences du Cook County Hospital de Chicago, et quels dangers recèlent les rues de Baltimore, on n’est pas préparé à la tragédie de « Love Labor Lost » ou de « Bop Gun« . On a beau s’être habitué aux monstres et aux mystères hebdomadaires avec Mulder et Scully, on ne s’attend pas à la montée en puissance et en ambition de « Duane Barry » / « Ascension ». Cet art de l’équilibre entre répétition et nouveauté, entre prudence et prise de risque, s’observe déjà dans des séries plus anciennes et, dans celles qui sont lancées en 1993-1994, il continue encore de produire, parfois, de simples « very special episodes » portés par une guest star illustre et un sujet de société préoccupant. Souvent, cependant, il tire profit de distributions élargies et du grand nombre d’épisodes produits chaque saison pour s’offrir le luxe d’explorer une diversité de genres et de thèmes d’un épisode à l’autre, d’une storyline à l’autre, d’une scène à l’autre. Certes, les escapades stylistiques les plus hardies (le musical, le pastiche voir l’auto-pastiche, le noir-et-blanc, l’épisode tourné et diffusé en direct…) restent rares et n’ont pu être accordées qu’à des séries au succès bien installé. Ce fait même (que des grosses séries au public mondialisé comme ER ou X-Files s’amusent ainsi, expérimentent) est d’ailleurs un signe supplémentaire de la maturité d’un certain modèle sériel : dans les années 1980, c’est plutôt dans une série plus modeste et un peu folle comme Moonlighting qu’on trouvait une telle liberté. Mais surtout, à côté de ces coups d’éclat, c’est l’inventivité hebdomadaire qui séduit, malgré ou à cause du cadre rigide de l’économie de network : durée fixe des épisodes, coupures publicitaires, limites posées à ce qu’on peut dire et montrer… C’est aussi l’importance des questions sociales, présentées d’une manière qu’on peut juger timorée ou conformiste du fait des contraintes de la télévision commerciale de masse, mais qu’on peut aussi qualifier d’équilibrée si l’on garde à l’esprit, précisément, la masse de téléspectateurs impliqués: durant ses premières saisons, ER réunit chaque jeudi soir 30 millions de personnes devant le téléviseur, un nombre inatteignable aujourd’hui.

Dans la seconde moitié de la décennie 1990, ce modèle rayonne encore, que ce soit dans des séries « professionnelles » (The Practice, Third Watch), fantastiques (Angel), ou teen (Freaks and Geeks) mais pour un public déjà plus réduit."

"Dans les années 2000, il est rompu, ou du moins un terme est mis à sa domination. Hormis les trois grandes séries de la rentrée 2004 (Desperate Housewives, Lost, et House), les nouveaux succès des networks au début du XXIe siècle privilégient les enjeux politico-sécuritaires (24, The West Wing, Alias) et magnifient les prouesses technoscientifiques (la franchise CSI [Les Experts], Bones, Numbers). D’un point de vue narratif, la recherche de la meilleure synthèse entre feuilletonnant et sériel laisse place à un prudent retour au procédural (CSI [Les Experts], NCIS, Without a Trace [FBI: Portés disparus], Criminal Minds…) ou au contraire à un plongeon dans la frénésie du « à suivre » (24 et dans une moindre mesure Heroes, Alias, Lost…). L’alliance des thématiques psychosociales et de la formule narrative souple qui avaient fait la grandeur des séries des années 1990 se retrouve désormais sur le câble. Six Feet Under, par exemple, allie avec habileté une formule simple (chaque épisode tourne autour des funérailles dont le décès ouvre l’épisode), une évolution notable des personnages principaux au cours de la série, et des épisodes hors-norme comme « That’s my Dog ». D’une décennie à l’autre, on peut pointer des passages de témoin : en les dramatisant davantage, Oz reprend les études de caractère de Homicide et The Shield les problématiques morales de NYPD Blue (ainsi qu’une partie de sa grammaire audio-visuelle). Sur HBO, The Sopranos pousse l’exploration de la psyché à un point rarement atteint tandis que The Wire ambitionne de dresser l’état des lieux économique, social et politique des grandes villes états-uniennes.

Si elles ont permis l’avènement de fictions plus ambitieuses, parfois de chefs-d’œuvre, que regretter des séries de 1993-1994? Les réponses apportées par Guillaume Nicolas et Sullivan Le Postec à cette question ne visent pas (seulement) à susciter la nostalgie. Elles rappellent simplement l’existence, pas si lointaine, d’un autre rapport des créateurs et des publics aux séries."

Et donc comme a priori les habitudes ont changé (j’ai vu des jeunes regarder des séries en accéléré dans le train, bretzel de merle… en accéléré !), difficile de dire si cela reviendra un jour ?