BLACK LIGHTNING (Saisons 1-4)

Je n’ai rien contre l’acteur mais je n’aime pas sa dégaine.

Black Lightning, c’est l’afro-classe après Black Panther. Bien taillé, athlétique mais pas mastoc.

Bon là…

Un premier aperçu de Nafessa Williams (qui joue Anissa Pierce, l’une des filles de Black Lightning) dans son costume de Thunder :

Wow, wow, wow. Eh ben, je n’attendais pas forcément grand chose de cette nouvelle série, d’autant que les visuels promotionnels ne faisaient pas particulièrement rêver. Pourtant à l’arrivée de ce premier épisode, même si ce n’est pas exempt de défauts, la chose s’avère être une très bonne surprise. Ce premier épisode semble bien annoncer un show qui ne ressemble pas aux autres séries de l’Arrowverse… et a fortiori après les reprises poussives de mi-saison de Supergirl et Flash, on ne s’en plaindra pas.

L’impression bizarre, effectivement un peu balourde, que Cress Williams donnait dans les photos (comme pointé par Ben, Hush et Soyouz) fait totalement sens dans le cadre de la série, et l’acteur est, à l’écran, tout à fait convaincant dans cette approche particulière du rôle. Bon, alors, attention, encore une fois : c’est pas Watchmen non plus, hein… mais c’en est étonnamment plus proche que ce à quoi on aurait pu s’attendre de la part de la CW.

Le Jefferson Pierce de la série n’est justement pas un athlétique perdreau de l’année qui se découvre des pouvoirs. Le bonhomme a raccroché le costume depuis près de dix ans (mais son portrait-robot est toujours sur le mur du commissariat local). Il se souvient surtout de ce que sa précédente “carrière” lui a coûté : des nuits et des nuits à rentrer chez lui en sang – retour de “mission” aux objectifs de plus en plus flous --, et son mariage – son épouse préférant le quitter que de continuer à le voir comme ça. Pierce s’est tourné vers d’autres voies, moins violentes, plus légales, et (ou au moins le croit-il) plus efficaces, d’aider sa communauté : en tant que principal de lycée. Ses objectifs sont désormais de prendre soin de sa famille (ses filles surtout, peut-être convaincre son ex-femme de revenir), et de prendre soin des élèves de son établissement, en faisant de celui-ci un “oasis”, un havre au milieu du marasme ambiant. Quitte à fermer les yeux sur le reste. À faire le dos rond. À pactiser. Jusqu’à ce que l’illusion se craquelle, jusqu’à ce qu’elle lui éclate au visage.

Il faut dire aussi que pour ce qui est de l’aspect “black” de Black Lightning, Salim Akil et Mara Brock Akil, le couple de showrunners, ont clairement (si j’ose dire) décidé de ne pas y aller à moitié. Le résultat ne brille pas forcément par sa subtilité, mais ses effets d’échos à l’actualité sont indéniables, entre allusion au type d’évènements à l’origine du mouvement Black Lives Matter, discussions entre père et fille sur la question de l’activisme, du militantisme et de l’engagement (il lui cite Martin Luther King, elle répond par Fannie Lou Hamer), voire mise en parallèle semi-implicite de la parenthèse dans les activités héroïques de Jefferson avec le mandat présidentiel d’Obama. Le tout avec un casting presque intégralement noir (il y a deux rôles tenus par des blancs égarés au milieu). [Edit : correction, il s’avère que l’un des deux est un Afro-Américain albinos, en fait.]

Tout cela donne à la série une dynamique et un propos assez singuliers, et même si à côté de ça, ni la qualité de la réalisation, ni celle du jeu de la plupart des acteurs, ne s’élèvent particulièrement au-dessus de la moyenne des autres séries du créneau, cet aspect à part donne déjà de sérieux atouts à Black Lightning pour retenir l’attention.

Je suis innocent : c’était une boutade, un mauvais jeu de mot facile !

Intéressant, ton retour sur ce premier épisode.
J’avais pas forcément envie de tenter le coup, mais après la bonne surprise “The Gifted” (même s’il reste deux épisodes pour boucler la première saison), pourquoi pas ?

Oui, tu m’intrigues. Je vais profiter de la diffusion sur Netflix dans quelques jours.
Merci !

Après un deuxième épisode un peu moins immédiatement remarquable (mais qui rétrospectivement semblait surtout avoir un rôle de mise en place pour le suivant), l’épisode 3 est encore une fort bonne surprise. Et je ne parle pas que de la scène du repas de famille qui m’a plongé dans deux minutes de franche hilarité.

Je parle du fait que la série prend le temps d’explorer les implications de la présence d’un super-héros dans une communauté et de son impact, positif et/ou négatif, en développant les points de vue. C’est peut-être pas du HBO non plus, évidemment, mais par rapport aux standards du genre et notamment sur la même chaîne, il est difficile de ne pas comparer mentalement aux lignes de dialogue ponctuant les bouderies pseudo-introspectives d’Arrow entre deux séances de rentre-dedans – et de ne pas grimacer.

Je parle du fait que la série prend le temps de développer la vie privée et familiale des personnages (oui le costume du héros reste trèèès moche, mais on le voit vraiment peu !), et que ces personnages sont capables d’avoir des conversations sensées et raisonnables, reconnaître leurs torts respectifs et avancer.

Je parle du fait qu’après avoir, dans le premier épisode, mentionné que la série se passe dans un univers où d’autres (super-?) héros costumés défendent d’autres villes (sans qu’il s’agisse de l’arrowverse pour autant), le troisième nous agite soudain ceci sous les yeux :

(Outsiders vol 2 #16 par Mike Barr et Paul Pelletier, 1995, une série dans laquelle plusieurs des personnages du show ont d’ailleurs évolué). Ce qui, avec la discussion qui s’ensuit entre Anissa Pierce et Grace Choi, et la soirée costumée qui en découle, pose la question de l’aspect méta de la série.

Mais oui, oh oui, je parle aussi de la scène de la discussion lors du repas de famille. Oh bon sang. Les dialogues, le jeu… Il y a du potentiel culte, là. Et de la discussion dans le couloir du lycée un peu plus tard avec le boyfriend n’est pas mal non plus ! :sweat_smile:

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Largement inspiré de l’écosystème inventé en 1977 par le scénariste Tony Isabella et Trevor Von Eeden, un jeune dessinateur de 16 ans né au Guyana, arrivé aux U.S.A en 1970 et recruté grâce à ses dessins envoyés par courrier à la maison d’édition DC Comics ; leur personnage, Black Lightning, rejoint l’écurie de la chaîne CW.
Premier super-héros africain-américain a avoir une série à son nom chez cet éditeur, il est aussi un personnage qui brise le stéréotype qui a longtemps prévalu, et qui n’est jamais bien loin lorsqu’il s’agit d’un personnage Noir.
En effet si Jefferson Pierce est un athlète, c’est aussi un professeur de lycée. [Pour en savoir +].
Un premier épisode qui m’a donné envie d’en voir plus.

La suite donne envie d’en voir moins, hélas.
Déjà, je trouvais la violence de la fin de l’épisode 1 improductive. Les séries où les héros tuent à tour de bras - en particulier un proviseur, bordel ! - je n’adhère pas.

Ça fait deux fois que je te lis sortir cet argument. Je me suis repassé la fin de l’épisode 1 pour voir si ma mémoire me jouait des tours, et je confirme que le gars ne tue personne. Il y en a un (le kidnappeur de sa fille) qui finit dans un plus mauvais état que les autres, inconscient sur un capot de bagnole et le cuir un peu roussi à l’arc électrique, ok, mais il ne meurt pas ; la preuve il est encore vivant à l’épisode suivant (bon par contre là il se fait tuer par son boss mafieux…).

En revanche quelques épisodes plus tard le héros veut effectivement tuer quelqu’un, le méchant de service Tobias Whale qui lui-même a tué son père sous ses yeux quand il était môme. Et là, son entourage l’adjure de ne pas le faire, que c’est une ligne rouge qu’il ne doit jamais franchir.

Et quand par ailleurs d’autres personnes se font tuer d’une manière qui cherche à incriminer Black Lightning, l’inspecteur qui était plus moins cool avec lui l’informe que leur collaboration est finie et qu’il va maintenant tout faire pour l’envoyer en taule.

Tout ça n’aurait pas de sens si le héros passait son temps à “tuer à tour de bras”.

Confirmation explicite dans un dialogue de l’épisode 8 (j’avais un peu de retard sur la diffusion) : “Black Lightning n’a jamais tué personne.”

Bon, à part ça, et de manière un peu plus importante : l’épisode donne le fin mot du comportement bizarre de Gambi, et par la même occasion noue un petit paquet de sous-intrigues dans un joli petit emballage estampillé “SF paranoïaque des années 90”. J’avoue, j’aime.

Et ça nous vaut aussi une entrée dans la série du vétéran des seconds rôles Gregg Henry, alias “un de ces visages qu’on reconnaît tous immédiatement sans jamais pouvoir dire dans quoi on l’a vu avant” :

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Meilleure réplique de l’épisode :
Dad, you know how I feel about the woods. Black people die in the woods!
Yes, in horror movies. But only after the monster kills the white nerd, and we don’t have any of those with us,
so you’re good.

Ok. Je retire à tour de bras.

Mais désolé, quand Jefferson se sert d’un bad guy comme d’un bouclier humain, et que ledit bouclier se prend deux/trois balles, ça m’emmerde que le héros ne soit pas un minimum troublé. Parce que c’est un homme responsable, un proviseur. Il aurait pu balancer un éclair sur le tireur, mais non. Il sacrifie une vie. Pas d’état d’âme. Zob.
Alors après, tu tournes le truc comme tu veux. Perso, ça ne passe pas.

Et autant l’épisode 1 laissait entrevoir une approche différente - si ce n’est originale - du genre en abordant frontalement le problème du racisme, autant la suite…

Série renouvelée pour une seconde saison.

Je me suis fait les quatre premiers épisodes d’affilée, j’aime bien.
Le propos, centré sur l’antiracisme et la mouvance Black Lives Matter dans le premier, s’est rapidement centré sur la communauté, la famille et le vigilantisme plus classique, mais l’ensemble tient bien. Les personnages sont plutôt bons, les dynamiques aussi, et l’allure initiale de l’acteur est, en effet, un atout pour le propos général.
J’aime bien. Mais, clairement, le premier épisode promettait des thèmes plus courageux et originaux que ce qui arrive après.

J’ai fini la première saison ; c’est bien, à ma grande surprise.
Si j’avais été un peu déçu que le propos sur le racisme et la mouvance BLM avait disparu après le premier épisode, et si le ventre mou de la série se concentre sur autre chose (la lutte du justicier classique, l’avènement de Thunder, les relations familiales compliquées), l’épisode 11 qui voit l’arrestation de Jefferson et son traitement aux mains de la police est un coup de poing violent sur ces thèmes difficiles.
Fort, puissant, terrible, ce moment immense met mal à l’aise, et l’acteur joue extrêmement bien la rage contenue, la colère qui doit être refrénée à cause du pire qui peut arriver ; c’est bien fait, et révoltant.
Par la suite, la série se conclue sur du plus classique, mais a intelligemment surfé sur plusieurs domaines (les manipulations gouvernementales type 80s/90s, la famille dysfonctionnelle, le surnaturel, le vigilantisme classique), profitant de personnages solides et bien incarnés (les relations sont complexes et intelligentes, le personnage de Jen se révèle plus intéressant que la trop déterminée Anissa, Gambi & Jefferson ont une relation vraiment fine, etc.).

Une vraie réussite, qui tape sur plusieurs thèmes et s’en sort bien ; et, surtout, c’est une série positive !
Elle ne fait pas fi des difficultés, des drames, des échecs, mais l’idée est de montrer qu’on peut s’en sortir, qu’on doit essayer, qu’on doit faire les bons choix. Sans manichéisme, mais avec une volonté de prouver que c’est possible, la série est intéressante pour cette approche vraiment positive ; en ce sens, le monologue final est cliché, mais porteur et bien placé.
Une réussite, vraiment, et je ne l’attendais pas.