BLACK PANTHER Vol.3 #1-5 (1998-1999) :
Christopher Priest (2002) : « The fact is, not enough people have the same warm spot in their heart for BLACK PANTHER as they do for SPIDER-MAN, or THOR. That’s just the way it is. I’m black, and I did not have the warm spot for PANTHER. Growing up, I found Panther incredibly dull, and he got his ass kicked a lot, and Joe and Jimmy had to overcome that stigma, that net impression, to get me to suit up. Now Sal and Bob and The Two Mikes and I have to overcome that stigma with Marvel’s larger fan base, a stigma that is real and visceral because I personally experienced it. These days we sell BLACK PANTHER one new reader at a time. »
Lorsque Joe Quesada (alors pas encore promu au rang d’EIC) contacta Christopher Priest (ex-James Owsley) un beau jour de 1998, celui-ci était loin de se douter qu’il ne s’agissait pas d’une offre à propos de son Graal (soit la relance du titre Daredevil, déjà réservé par Kevin « Clerks » Smith & Joe Q), mais plutôt d’un projet de relaunch de l’ongoing de la Panthère Noire (privée d’adventures solo depuis depuis la fin de la trilogie « Panther’s Rage/Quest/Prey »).
Une perspective qui était loin d’emballer Priest au départ de son propre aveu (malgré sa véritable appréciation du run de McGregor, en particulier la fameuse saga « Panther’s Rage », qui marqua les débuts de Killmonger). Et cela en dépit de l’insistance de Joe Quesada & Jimmy Palmiotti (les papas du label Marvel Knights), qui lui conseillèrent au passage de s’inspirer du film Un prince à New York (avec Eddie Murphy dans le rôle d’un prince africain voyageant à New York), privilégiant ainsi de prime abord la jungle urbaine des États-Unis à celle du Wakanda pour le 1er arc.
Bien conscient des difficultés commerciales concernant les titres consacrés aux super-héros noirs (Priest ayant été après tout l’un des premiers afro-américains à bosser dans cette industrie), et plutôt que de pousser le lectorat US (majoritairement blanc) à s’identifier d’entrée de jeu à un super-héros noir (un monarque africain d’un pays fictif qui plus est, et surtout éloigné de l’aspect « justicier urbain » assez prédominant chez les super-héros), Priest fit alors le choix de créer un personnage blanc dont la principale fonction narrative serait de servir de référent au lecteur (la figure éprouvée du nouveau venu). Ce qui n’empêche pas pour autant d’avoir aussi quelques scènes ici et là qui épousent le point de vue de T’Challa durant cet arc (les machinations de Méphisto permettant par exemple de revisiter l’origin story du héros selon sa perspective).
C’est ainsi que naquit Everett K. Ross* (basé sur le sarcastique Chandler Bing de Friends, interprété par feu Matthew Perry, mais avec une apparence physique lorgnant plutôt du côté de Michael J. Fox), un poisson hors de l’eau loin d’être intimidant, soit une manière de renforcer par contraste l’aura énigmatique de la Panthère. L’occasion aussi pour Ross et le lectorat de découvrir l’univers de la Panthère en même temps, quitte à ce que cela donne parfois l’impression (d’après les détracteurs de ce run) d’un T’Challa quasiment relégué au rang de guest-star dans propre série (tel un Genis-Vell ayant eu plus ou moins tendance à se faire voler la vedette par le couple Rick Jones/Marlo Chandler chez l’excellent Captain Marvel de Peter David & ChrisCross).
*apparu pour la première fois dans un N° fill-in de Ka-Zar (post-Waid/Kubert) écrit par Priest
C’est aussi l’occasion pour Christopher Priest d’imposer sa version de T’Challa (assez différente des précédentes, tel le Black Panther nettement plus bavard et faillible de McGregor* ou le T’Challa « américanisé » de Roy Thomas), lorgnant du côté de la concurrence (car inspiré par le Ra’s al Ghul de Denny O’Neil). Un stratège hors-pair et difficile à cerner par ses adversaires, afin de le rendre hyper-cool (mission réussie au final, tant il y a un avant et un après Priest en ce qui concerne la caractérisation du personnage). Une « coolitude » si prononcée (digne du « über-Batman » d’en face), qu’elle soit en mesure selon Priest de transcender les barrières de l’âge, du genre et de l’ethnicité (le succès mondial du film Black Panther a depuis lors eu tendance à lui donner raison).
*Don McGregor étant connu pour être encore plus prolixe que Claremont, ce qui relève de l’exploit
Priest utilise aussi une dynamique façon buddy movie qu’il maitrisait alors par coeur (après avoir écrit Power Man & Iron Fist puis Quantum & Woody), via une association jouant donc la carte du contraste (le team-up du taiseux T’Challa et du bavard Ross), de l’humour et de l’irrévérence par le biais de la voix très distincte de Ross (avec un point de vue sur l’univers Marvel qui lui est propre). Un duo vite rejoint par Nikki Adams (patronne/copine de Ross et ex de T’Challa), qui incarnera le principal lien entre les deux hommes (sa mort étant la source d’un clash entre les deux hommes, lors d’un des meilleurs moments de ce long run, durant le crossover Maximum Security).
Ce 1er arc met aussi en avant le nouvel apport que son les redoutables Dora Milaje (inspirées par le 1er run de Don McGregor, l’autre scénariste phare du personnage), une manière d’avoir à la fois un pied dans la modernité (leur fonction de gardes du corps aux allures de top model plantureuses) et dans la tribalité (les traditions propres au pays du Wakanda concernant les diverse tribus rivales). Si Priest se concentre de prime abord sur ses ajouts, (Dora Milaje, Zuri, Achebe, Hatut Zeraze, White Wolf, etc), les anciens personnages ne sont pas ignorés pour autant (Ulysses Klaw, Monica Lynne, Ramonda), dans un effort louable de synthèse de sa part (de Killmonger à Storm, en passant par les grenouilles dorées du run de Jack Kirby ; Priest prend en compte tout ce qui a précédé).
Tout est ici réuni pour produire un relaunch inspiré, ainsi qu’un pur concentré du style Priest (narration puzzle, un sens de l’humour bien à lui, moults références pop-culturelles bien en phase avec le zeitgeist des 90’s*), débordant de nouveaux apports sans pour autant ignorer ceux de ses prédécesseurs. Le tout avec un choix d’antagoniste parfois surprenant (Méphisto, étalé d’un seul coup de poing, tel un équivalent du fameux « one punch ! « entre Batman & Guy Gardner, période JLA/JLI). Et cela alors même que Priest ne joue pas forcément la carte de la facilité, avec Intrigue aux détours volontairement alambiqués, rendue plus complexe qu’elle n’est vraiment par une narration puzzle parfois exigeante à suivre (Nikki, la patronne/copine de Ross, ne cache pas son agacement à l’encontre de ce style de debriefing assez chaotique, à force de sauter du coq à l’âne).
*Priest doit être probablement fan de la sitcom Frasier (1993-2004) vu la façon dont les scènes sont chapitrées avec des encarts humoristiques sur fond noir entre elles (« It also uses the little scene setting cards that the TV show Frasier uses to comment on what happens next. »)
Pas étonnant au final que cette ongoing se soit imposé comme la 2ème relance la plus durable (après un Daredevil Vol.2 ayant atteint le seuil des 100 numéros) de la première vague des titres Marvel Knights (et cela alors même que le danger de l’annulation a plané tout au long du run).