Le recueil s’ouvre sur Nocturnes, un album transitoire, faisant office de tome 0, et correspondant au transfert de la série depuis les Humanoïdes Associés jusqu’à Delcourt. L’album est sorti en 1999 avant la reprise de la série au début des années 2000.
Le récit permet de situer l’univers : une Terre qui ne tourne plus sur elle-même à la suite de l’explosion de la Lune, réduite désormais à la forme d’une ceinture de rocs flottants, et qui n’offre à l’humanité survivante qu’une fine bande de terres, la « Limite », entre l’hémisphère glacé et l’hémisphère brûlant. On y suit Arkas, un guerrier dont les amourettes ont perturbé son tour de garde, si bien que son clan a perdu à la fin un enfant et une femme (ce qui, en des temps où la fertilité est un enjeu, est un péché). Abandonné, Arkas décide d’aller chercher lui-même les deux kidnappés.
Graphiquement, Caza renoue avec son style très matiéré, plaçant des effets de lumière sur toutes les surfaces, ce qui évoquera des souvenirs à ceux qui ont acheté les romans J’Ai Lu SF dont il ornait les couvertures. C’est bien raconté et bien découpé, avec de chouettes effets de couleur et d’atmosphère (les retrouvailles avec la femme enlevée, dans la partie glacée de ce monde, a une ambiance pesante très réussie). L’album fonctionne comme une préquelle à la série, ne s’intéressant qu’aux humains qui survivent dans une nature plus hostile que jamais (alors que les lecteurs des tomes chez les Humanos savent qu’il existe au moins une autre communauté, au cœur de la partie froide), et fonctionne merveilleusement en ouverture d’intégrale. En revanche, on peut presque lire ce tome indépendamment, tant il renoue avec la narration et les thématiques de certaines des productions précédentes de Caza. C’est un conte symbolique, et d’une grande noirceur avec une fin pessimiste.