CLIFTON (Macherot / Turk / De Groot…)

Discutez de Clifton

J’ai connu Clifton dans Tintin, alors que la série était animée par De Groot et Turk. J’aimais beaucoup cette série, qui présentait un dessin semi-réaliste avec des péripéties plutôt musclées.
Et si je savais que c’était Macherot le créateur, je crois n’avoir jamais lu les aventures qu’il a réalisées avant… l’achat, il y a quelques jours, de l’intégrale noir & blanc parue chez Niffle. Les trois volets, de trente pages chacun, ont été réalisés entre 1959 et 1961.

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Et c’est un régal. Macherot déploie un style énergique, épuré, recourant à un arsenal narratif emprunté à Hergé mais avec un trait “moderne”, au sens où les Modeste & Pompon de Franquin étaient modernes : très design, très fluide, très élancé. L’édition Niffle, de petit format, propose une version noir et blanc sur papier brillant, rendant hommage au trait enlevé.

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Les péripéties ne traînent pas (les histoires font trente pages, faut pas traîner), mais le personnage n’est pas encore bien définie dans le premier récit. Dans le deuxième, qui se passe en Amérique, les multiples rencontres permettent un contraste évident qui joue en faveur de l’enquêteur à moustaches.
Ça donne envie de tout relire.

Jim

Oh, purée, oui, tu m’en donnes envie !
Je connais Clifton, comme toi, principalement par la prestation de Turk et De Groot que j’ai, toujours comme toi, découverte dans Tintin. Je crois avoir lu une des histoires par Macherot, mais c’était il y a fort longtemps.

Les intégrales sont, depuis un moment, dans ma liste de trucs à acheter un jour (comme beaucoup d’autres intégrales chez Le Lombard ou Dupuis, d’ailleurs).
As-tu pu comparer ton intégrale Niffle à la première intégrale du Lombard ?

Tori.

Non, pas encore : sur Clifton, j’ai envie de tout me refaire, mais je me tâte encore sous quel format. Sans doute l’intégrale, mais bon…

Jim

Ce qui m’a surpris en lisant ces trois aventures, c’est le format : n’ayant pas compté les planches avant d’entamer la lecture, j’ai été surpris que ça se finisse si vite. Et pour cause, trente pages, c’est très court pour du franco-belge.

Jim

Ce qui est intéressant, à bien repenser à ces trois épisodes, c’est que la série trouve son identité (seulement) dans la troisième.

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Les deux premiers récits sont des aventures rocambolesques jouant sur le schéma de la poursuite, avec son lot de hasards et de maladresse : Clifton y est présenté comme un détective légendaire, mais ce qui le sauve en réalité, c’est son opiniâtreté, qui fait qu’il retombe régulièrement sur la piste que la malchance lui a fait lâcher. On a donc le droit à des jeux de couloirs et de portes où se croisent poursuivis et poursuivants. Ça fonctionne super bien, mais c’est encore un peu creux, même si le deuxième épisode, “Clifton à New York”, qui envoie le britannique moustachu en Amérique à la rencontre de figures diversement exotiques, permet de brosser son portrait en creux.

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Le troisième, “Clifton et les Espions”, en revanche, commence à établir la recette. Toujours aussi rythmé, le récit implique une véritable enquête, qui met au jour un complot (ce qui fait déjà deux niveaux). De plus, l’intrigue implique un ami du héros, ce qui donne une implication plus intense, un véritable enjeu. Enfin, le passé de Clifton, légèrement évoqué dans les deux premières aventures, revient franchement à la surface avec le surgissement de son ennemi Otto Kartoffeln. Le sentiment de danger y est donc plus présent et annonce d’autres récits à venir. C’est vraiment l’aventure qui définit tout, durant laquelle la série trouve son esprit.

Jim

La vague d’intégrales m’a permis à l’époque de découvrir Macherot dont j’ignorais tout. Vu mon pseudo, vous pouvez deviner que ça a laissé des traces…

En ce qui concerne Clifton, j’avoue n’avoir jamais réussi à m’intéresser à ce que la série est devenue par la suite. Je possède le premier volume de l’intégrale Lombard qui regroupe les trois titres de Macherot ainsi que le décevant “Les Lutins diaboliques” par Greg et Azara.

Cette différence de perspective, sans doute, fait que je ne pense pas avoir jamais pensé à la “trilogie” cliftonnesque version Macherot en termes de recette à établir (pour la suite). Du coup, si je suis certes tout à fait d’accord pour dire que le troisième tome est nettement supérieur au premier, ma préférence va tout de même au deuxième. Je crois me souvenir avoir lu que ces aventures new-yorkaises avaient été en grande partie improvisées, sans plan directeur pré-établi, et si c’est bien le cas, ça se sent, mais pour le meilleur : on a là un chef-d’œuvre de burlesque en roue libre. :grinning:

Les trois ont des qualités. On sent que Macherot cherche, et s’amuse en cherchant.
Le troisième volet de sa trilogie m’évoque fortement les souvenirs de lecture de la période De Groot & Turk, et même s’ils remontent loin, ils m’avaient marqué à l’époque. Et c’est sans doute cette « recette » que j’ai retrouvée a posteriori. Je pense qu’ils se sont calés sur la tonalité de Clifton et les Espions, peut-être par respect intimidé, peut-être aussi à la suite de consignes de la part de Greg.

Jim