COLT & PEPPER t.1-2 (Darko Macan / Igor Kordey)

Quelle excellente surprise que ce nouveau projet de l’équipe Macan / Kordey. On sait les deux bougres capables de réinventer les zombies, et les voilà qui s’attaquent à la fantasy, dans une veine à la fois subtile, raffinée… et rentre-dedans.

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On suit donc le périple de Salomon Culpepper, capitaine de la garde qui a servi quatre tyrans et qui s’apprête à savourer une retraite qu’il estime, et qu’on imagine, bien méritée. Oui mais voilà, son propre neveu, Coltrayne, est mêlé à la dernière insurrection en date, et le vieux soldat choisit de le sauver, de tuer le despote et de fuir la ville marchande de Paragusa, peuplée de créatures fantastiques, souvent hybrides, que l’on pourrait croire tirées des bestiaires médiévaux.

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Le deuxième acte montre comment les deux fuyards parviennent à sortir de la cité, en profitant de l’aide d’un vieux pirates victime d’une malédiction de sorcière. Le troisième les montre arpentant la campagne avant d’aller visiter le Bois des Bouleaux où ils sont confrontés aux fantômes de leurs anciens amis et ennemis… Sauf que Colt y fait une drôle de rencontre, à l’issue de laquelle il comprend qu’il leur faudra revenir à Paragusa.

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Il y a beaucoup à dire sur l’album, tant ses qualités sont nombreuses. Par exemple, Macan y utilise une voix off de narrateur omniscient qui colle très bien avec le monde pseudo-médiéval mis en scène, et donne à son récit des allures de chroniques. Autre prouesse, la description d’une magie omniprésente, dont les manifestations sont subtiles et complexes, laissant entendre une cohérence et une grande richesse internes.

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On retrouve l’ironie du scénariste, ainsi que cette forme de poésie désespérée qui teinte ses créations depuis que je connais son travail (donc depuis ses Grendel dessinés par le regretté Biukovic). Il dispose des éléments d’information de manière pertinente, ce qui permet à son lecteur de comprendre comment le monde dans lequel se déroule l’action est advenu (une page suffit à Macan et Kordey pour tout rendre clair). Il sait également construire son récit en laissant des indices sur d’éventuels développements à venir, et laisse le lecteur sur une attente assez oppressante.

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Bref, une très belle réussite, où Igor Kordey fait encore la démonstration de son talent (même si parfois quelques bulles ne sont pas placées de la manière la plus efficace qui soit). Une excellente surprise pour ma part, et j’attends avec impatience le tome suivant.

Jim

Je ne sais pas si je l’ai déjà dit, mais je me demande s’il n’y a pas une filiation entre Kordey et Corben.

Je le pense aussi.
J’y ai repensé récemment en lisant mon intégrale noir & blanc de Nuit Noire, de Chauvel et Lereculey, où je trouvais que le travail de celui-ci m’évoquait ces deux auteurs. Je parie que Kordey et Lereculey ont bien regardé Corben. Mais je me trompe peut-être.

Jim

Comme mon éminent prédécesseur, cette Fantasy « Grand Siècle » sensée se dérouler sur une terre des Indes occidentales©, a tenue les promesses que la présence de ses deux auteurs engageait.

Comme souvent chez Kordey, toute une théorie de Quasimodos magnifiques s’y disputent la plus grande case. Macan, sur la même longueur d’onde, risque comme son compatriote, d’attirer les foudres des sensitivity readers toujours en état d’alerte.

Bref, comme je le dis sur mon blog [Pour en savoir +] ; « Anubis à la couleur et Fanny Thuillier à la traduction, parachèvent de faire de cette entrée en matière une étape inoubliable, qui pour le pire ou le meilleur, ne sera pas la dernière. »

En ce qui me concerne tout au moins !

Il vient d’arriver à la maison … mazette !
C’est encore autrement plus précis que son travail dans Jour J.

C’est trop bon, ça. J’aurais bien pris la suite de suite, comme un goulu.
Kordey livre de superbe planche, pleines de vie en premier plan, comme en arrière plan (les deux premières planches sont magnifiques à ce sujet). Y a un multitudes de perso avec de super designs, nés de mélanges, comme le veut l’histoire. j’en ai pris plein les mirettes, sans pour autant que ça fasse des clins d’oeil à tout va pour le lecteur.
Pour l’histoire, je ne savais pas trop à quoi m’attendre et je ne suis pas déçu. La construction de l’histoire permet à l’auteur de développer différentes facettes de son monde et d’avoir aussi des genres différents. Y a un paquet de pistes à explorer.
Vraiment, du très bel ouvrage.

Le tome 2 est prévu pour le 26 mai.

Ah, cool !

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Colt et pepper T02: Et in Arcadia ego

L’étrange duo débarque en ville pour trouver Lytha, une jeune femme que Pepper s’est mis en tête de présenter à son neveu Colt. Il devient rapidement évident que l’objet de tous les désirs adolescents du neveu n’est pas une jeune femme ordinaire. A la tête d’un gang uniquement composé de femmes elle a, malheureusement pour elle, provoqué tant et tant de grabuge que Theophrastus Levi l’a vendue…

  • Éditeur : Delcourt (26 mai 2021)
  • Langue : Français
  • Relié : 56 pages

C’est peut être volontaire mais je trouve dommage que cette couverture ressemble tant à celle du tome 1.

Ca m’a sauté aux yeux comme jamais à la vue des planches intérieures ! Je connaissais Kordey à travers ses passages sur les titres mutants de Marvel, où il a eu les déboires que l’on connaît qui ont impacté son style et ont empêché le jeune lecteur que j’étais alors de bien l’apprécié. J’ai vraiment redécouvert le bonhomme sur Smoke et Taras Boulba où j’ai appris à apprécier son style souvent volontairement grotesque - et bien meilleur quand des deadlines insoutenables et un encrage grossier (ou même grotesque, mais pas dans le bon sens ce coup-ci) ne venaient pas gâcher son art. Son style sur Taras Bulba est également très cobenien, le fait qu’il s’encre lui-même (et que ce sont des oeuvres postérieures à son expérience sur le marché américain) doit jouer.
Merci pour la découverte, je vais profiter de la sortie du tome 2 pour me prendre le premier, et peut-être aussi enfin prendre le second opus de Taras Boulba dont le premier trône bien seul dans ma bibliothèque depuis le jour où je l’ai acheté et fait dédicacé par l’auteur de passage à Strasbourg, rencontre que j’ai fait en compagnie d’un certain B.W. présent sur ce forum !
J’avais profité de l’occasion pour lui faire signer (à Kordey hein, pas à B.W.) quelques comics, et il était plutôt agréablement surpris que Storm - The Arena soit sorti chez nous, et en plus en un seul tome (un X-Men Hors-Série). Si son expérience sur les mutants a été plutôt mouvementée, il me disait être assez fier de son travail sur cette mini dont il appréciait également l’histoire que lui avait demandé de conter Chris Claremont.

L’âme de Bernie Wrightson ?

Lecture désarçonnante que celle de ce deuxième tome.

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Nos héros sont de retour à Paragusa, mais séparés : Colt est hanté par les révélations du tome précédent, et Pepper découvre l’état de la ville seul. La cité semble être désormais dépourvue de ce qui en faisait le charme, au moins aux yeux du vieux bretteur, qui ne voit plus les petits larcins, les farces des gamins des rues, l’irrévérence et la solidarité qui y régnaient naguère. Il découvre bien vite que les habitants ont avalé une pièce noire, ce qui les a mis sous la coupe d’Ossus, le nécromancier. À partir de là s’articule un récit lorgnant à la fois sur l’heroic fantasy classique et sur le récit de super-héros (qui vient au secours d’une ville en affrontant un ennemi qu’il pensait avoir abattu, le tout avec son lot de révélations, de tentations, de retours et de métamorphoses, y compris physiques).

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Macan déploie son goût pour les belles astuces narratives, qu’il s’agisse des récits parallèles (par exemple le dragon des premières pages) ou des tics de langage. L’ensemble est plutôt bien tenu, avec une belle montée des enjeux… jusqu’à la fin, qui ressemble davantage à une mise en place pour des développements à venir qu’à une réelle conclusion. Le mot « fin » sanctionne la dernière page, la quatrième de couverture parle d’une conclusion de diptyque… Est-ce vraiment fini ? Il y a une grâce poétique et un sens de l’absurde qui se mélangent dans cette manière de boucler le récit, mais également tellement de questions posées et de pistes suggérées qu’elle semble annoncer une suite.

Alors, Colt & Pepper reviendront-ils ? Personnellement, je l’espère, parce que je reste sur ma faim, ici, ce qui n’était pas le cas pour Nous, les morts, par exemple. Quelqu’un aurait-il des informations ?

Ah, et signalons que l’album est dédié à Vladimir Colin, écrivain roumain auquel Igor Kordey est lié puisqu’il a adapté sa Saga de Vam sous forme de bande dessinée, il y a bien longtemps.

Jim

C’est pas dans le sujet Marshall Bass qu’il a été dit qu’ils alternerait les albums ?

Il me semble avoir lu un truc comme ça, mais je ne sais pas trop ce que ça concernait comme séries, et je préférais demander. J’espère que c’est bien le cas, parce qu’il y a tellement de choses à venir, de trucs à résoudre, que j’en redemande.

Jim

Je suis allé voir dans le sujet de Marshall Bass et ce n’est pas ce qui est dit en fait.
Bon, bah y a plus qu’à espérer.

Pris le 2, commandé le 1.

hannibal

Qu est ce que c est que cette affaire de fin ? !