CRISTAL t.1-8 (Raymond Maric / Carlo Marcello)

Discutez de Cristal

Je connais la série Cristal, de Maric et Marcello, depuis longtemps, mais je n’avais jamais lu les tout débuts. Lacune désormais réparée, puisque j’ai trouvé le premier tome au vide-grenier de mon village, ce week-end.

C’est très sympa, même si le classicisme du récit pourrait l’apparenter à du manque d’ambition. Tout commence avec l’apparition d’un vaisseau extraterrestre au-dessus de l’Arc de Triomphe, d’où sortent deux visiteurs mal en point. L’un d’eux meurt, l’autre survit avant d’être hospitalisé.

Dans la confusion, le jeune Alain Plessis perd ses papiers, que l’extraterrestre, bientôt surnommé Cristal par le passant, récupère avant de s’évanouir. Cela attire l’attention de la police et Alain devient le correspondant des messages mentaux du visiteur. Le jeune homme et l’étranger se retrouvent pris dans un engrenage qui les conduit à fuir l’hôpital, la capitale et bientôt le pays. Le reste de l’album est un récit de fuite qui emprunte beaucoup aux séries télévisées des années 1970, avec un héros incompris (et qui ne fait pas beaucoup d’efforts pour se faire comprendre et bien voir, faut l’avouer…).

C’est sympa, assez léger, sans guère d’aspérités, autant dire inoffensif. Les dialogues sont fluides mais un peu fonctionnels et sans caractère, et les dessins sont beaux, élégants et limpides, même si l’enchaînement des cases n’a jamais été la préoccupation première du dessinateur de Doc Justice. C’est bien, c’est divertissant, c’est cependant très oubliable, si ce n’est ce potentiel de super-héroïsme inassumé (ça pourrait faire penser à certaines productions de Mitton de la même époque, ce dernier parvenant à se montrer plus audacieux sur le thème de « l’étranger en terre étrangère »).

Jim

L’aventure continue dans le deuxième tome où les lecteurs découvrent que Cristal est poursuivi par d’autres extraterrestres, qui ne lui ressemblent pas et qui semblent vouloir lui régler son compte. Ils le retrouvent au Canada, où Alain et le visiteur amnésique tentent de passer inaperçus dans la petite communauté (c’est cocasse quand ils essaient de trouver un boulot de bûcherons, Cristal conservant son costume spatial sous sa grosse veste).

Maric recourt au dédoublement de conscience déjà évoqué dans le tome 1, afin de projeter Cristal loin du lieu où il se planque, mais les variations sur ses capacités sentent un peu la progression au doigt mouillé. Si Alain et son alliée Martine (Marcello dessinant très bien les jeunes femmes, c’est un festival !) se mélangent dans leurs connaissances sur les envahisseurs, on se doute que ça sert aussi au scénariste de prétexte pour inventer des capacités et des particularités au gré du récit.

Bref, là encore, du divertissement sympathique mais sans réelle ambition, assez agréable à suivre mais un brin planplan, surtout si l’on compare avec d’autres extraterrestres relevant de la tradition comics. Et à bien y repenser, ce deuxième tome invite à la comparaison : son héros albinos au costume dominé de bleu, ses poursuivants aux oreilles pointues provenant d’un empire conquérant, ce grand adolescent devenu le complice et le confident du visiteur, tout renvoie vers les aventures de Mar-Vell. Mais bien entendu, ça n’a pas le souffle des péripéties vécues par le capitaine kree.

Jim

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Au début du troisième tome, Cristal et Alain franchissent la frontière entre le Canada et l’Amérique et se font arrêter. Après quelques palabres, ils sont transférés dans un centre de recherches en Floride où l’extraterrestre amnésique est étudié sous toutes les coutures, mais avec délicatesse, tandis que son équipier terrien est logé confortablement sans surveillance oppressante.

Dans cette atmosphère de grande naïveté, Cristal est pris de comportements étranges qui n’émeuvent plus Alain, ce dernier en ayant vu d’autres, mais pas non plus leur contact américaine, qui devrait pourtant se montrer paranoïaque. L’album s’articule sur quelques fugues nocturnes du héros, qui ne fournit aucune explication aux dégradations qu’il commet pas plus qu’il ne semble encourir de sanction, sur la rencontre avec un autre vaisseau extraterrestre et sur la possibilité d’un double (déjà bien éventée par la couverture, spectaculaire mais trop révélatrice), qui semble évidente au lecteur mais pas aux alliés de Cristal.

On a donc un récit cousu de fil blanc, prévisible, un peu mollasson et un brin répétitif, qui ajoute une énigme supplémentaire au mystère entourant l’amnésie du héros, et une baston qui est passée sous silence au prétexte de créer un suspense peut-être pas réellement nécessaire. On a connu Maric plus inspiré, et si Marcello dessine superbement (la nouvelle venue est très jolie), ses enchaînements de cases et ses placements de bulle ne sont pas toujours des plus heureux. On sent aussi que les auteurs avancent un peu au doigt mouillé : l’allergie à l’eau du tome précédent devient une allergie à la pollution, signe qu’ils se rendent compte des pièges qu’ils tendent eux-même, sans pour autant profiter de l’occasion pour donner une tonalité (par exemple écologique) à leur récit. On continue à voir s’agiter un pseudo-Captain Marvel, qui arrive environ vingt ans après celui de Marvel et qui fait beaucoup moins bien.
Petite série sympathique, mais… petite série.

Jim

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