CRITICAL ROLE VOX MACHINA - ORIGINES (Matthew Mercer / Olivia Samson)

Critical Role Vox Machina – Origines

Auteurs

Matthew Mercer , Olivia Samson

Date de parution

Janvier 2020

Série

Critical Role

Genre

Aventure, Action, Fantastique

Couverture cartonnée – 170×260 – 168pages – 9782355744648 – 19€

Résumé

La bande d’aventuriers connus sous le nom de Vox Machina sauvera le monde. Un jour. Mais avant d’en arriver là, il a bien fallu qu’ils commencent quelque part…

Une mystérieuse malédiction sévit dans la ville côtière de Stilben. Six héros en herbe venus d’horizons différents voient leurs chemins se croiser alors qu’ils enquêtent sur des évènements douteux. S’ils commencent par se battre entre eux, ils devront très vite rassembler leurs armes et leurs têtes pour comprendre ce qui se passe … et éviter de se faire tuer par la même occasion.

Ohhh.

J’aime bien la couv’ de Stjepan Šejić.

J’avais déjà parlé de Critical Role il y a quelques mois, dans un autre topic qui avait viré en discussion générale sur le jeu de rôle.

Pour ceux qui n’ont pas suivi… au commencement était Matthew Mercer, voice actor (doubleur de dessins animés et de jeux vidéos) et MJ (maître de jeu) passionné de Donjon & Dragon depuis le lycée. En 2012, il convainc Liam O’Brien, qui dirige le doublage du jeu Resident Evil 6 où il officie également, d’organiser une partie d’initiation pour son anniversaire, avec d’autres amis travaillant dans le même secteur. Partie d’initiation qui se transforme bientôt en campagne au long cours, les joueurs se retrouvant tous les mois pour incarner autour d’une table un groupe d’aventuriers surnommés dans un premier temps « the SHITs » (Super High Intensity Team), puis « Vox Machina », sur le continent, imaginé par Matt, de Tal’Dorei.

Felicia Day entend parler de la tablée par Ashley Johnson et leur propose de filmer en studio et diffuser en streaming leurs parties, hebdomadairement, via sa plateforme Geek & Sundry. Le groupe accepte mais, peu désireux d’abandonner les personnages et les histoires qu’ils jouent alors depuis deux ans — et peu confiants dans le fait que passer trois ou quatre heures chaque semaine à les regarder lancer des dés va attirer grand monde —, ils obtiennent de continuer leur campagne en cours. Critical Role (« where a bunch of us nerdy voice actors sit around and play Dungeons & Dragons ») naît ainsi en mars 2015. Après des premières semaines un peu hésitantes, la série trouve son rythme de croisière… et commence à amasser un large fandom.

La suite, on la connaît : 115 épisodes (d’une durée oscillant entre 3h et 5h45) pour boucler la campagne de Vox Machina, cumulant 67 millions de vue sur Twitch et Youtube, une seconde campagne (87 épisodes à ce jour), encore plus populaire, lancée début 2018 avec les mêmes acteurs mais un nouveau groupe de personnages (les « Mighty Nein ») sur un autre continent, des grand-messes en live devant des foules déchaînées lors de conventions, un Kickstarter pour une adaptation animée ayant cassé tous les records (750 000 dollars demandés, plus de onze millions récoltés, et la précommande d’une deuxième saison par Amazon)…

L’émission fait figure d’étalon-or parmi la vogue des JdR en streaming, et participe largement au large regain d’intérêt, ces dernières années, pour le naguère ringardisé Donjon & Dragon. Chaque nouvel épisode rassemble désormais chaque semaine plusieurs centaines de milliers de fidèles — dont votre serviteur et sa compagne — pour suivre les aventures tour à tour épiques, hilarantes, haletantes, ou émouvantes, d’une bande de bras cassés charriant avec eux leur lot de traumas et de complexes, nouant progressivement entre eux les liens d’une famille de cœur… et se retrouvant en position de devoir sauver le monde, bien sûr.

Vox Machina - Origines, dont le premier arc est ici collecté et traduit, revient sous forme de BD sur les débuts de la première campagne, avant, donc, la partie ayant donné lieu à une diffusion publique. Vex’ahlia et Vax’ildan, jumeaux demi-elfes frais émoulus d’une école d’assassins, Keyleth, druidesse demi-elfe naïve, et Tiberius, sorcier drakéide pédant, enfin Grog, barbare goliath toujours partant pour une bagarre, et Scanlan, barde gnome toujours prêt pour en tirer profit, arrivent chacun de leur côté à Stilben, une ville en bordure de marécage, quasi littéralement en train de mourir sur pied. On parle de malédiction, d’empoisonnement des eaux. Pour venir à bout de ce mystère (et en sortir vivants), ils devront s’associer malgré leurs différences initiales de motivations et de caractères.

Les fans apprécieront sans doute de retrouver là du rab’ avec quelques-uns de leur personnages préférés. La question se pose, évidemment (et comme pour toute franchise transposée en comics), différemment pour le lecteur « lambda », ignorant du show et n’ayant pas déjà un certain degré d’attachement auxdits personnages, ou simplement la perspective de la façon dont ils sont appelés à se développer au-delà de ce que les pages donnent à voir.

Force est de reconnaître que l’exercice laisse assez peu de place ici au character development. Par ailleurs, même si l’histoire a sans doute fait l’objet d’une adaptation par rapport à ce qui a effectivement été joué, un scénario de JdR n’est pas tout à fait comparable à un scénario de tout autre médium narratif « fixe ». Il répond à d’autres attentes. De ce point de vue, je n’ai par exemple pas pu m’empêcher en lisant les numéros en V.O. de faire la comparaison avec Night Dominion de Ted Naifeh, qui s’inspire aussi clairement d’aspects rôlistiques mais les intègrent dans une histoire conçue pour la BD, à la fois plus complexe et plus satisfaisante.

Malgré ces limitations, ce premier arc d’Origines reste, il me semble, une lecture potentiellement assez sympathique même pour des non-aficionados. Les chamailleries de Vex et Vax, la candeur de Kayleth et la rouerie de Scanlan fournissent leur lot de bons moments, le rythme est bon (l’arc suivant, en cours de publication aux U.S., me semble en revanche aller un peu vite, à vouloir condenser sans doute de plus larges séances de jeu initial), et la jeune dessinatrice danoise Olivia Samson a un certain talent pour croquer les expressions. Ce n’est pas un chef-d’œuvre, et ce n’est pas non plus une lecture indispensable pour se lancer dans le visionnage de la web-série, mais les « Critters » pourront s’en faire un fix bienvenu entre deux séances de leur addiction, tandis que les simples amateurs de fantasy souriante (façon Rat Queens, par exemple) ne passeront pas un mauvais moment.