CROYEZ-EN MOI (Vincent Ravalec / Yoann)

Discutez de Croyez-en moi !

Grand fan du dessin de Yoann, un peu moins des romans de Vincent Ravalec, j’ai été pris d’une évidence curiosité en découvrant l’album Croyez-en moi, sorti chez Albin Michel en 2007.

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Le récit propose de suivre les aventures de plusieurs inscrits à un séminaire sur le pouvoir politique (donné sur un imposant yacht baptisé « Le Président »), de jeunes apprentis décideurs qui lâchent des sommes considérables afin de fréquenter les seniors de la puissance publique et d’en absorber les enrichissements les plus pertinents censés leur permettre d’accéder à leur tour aux sphères qui comptent. Tour à tour, ils assisteront à des interventions données par un Jésus ressuscité par clonage, par un hologramme post-mortem de Mobutu et par l’acteur incarnant Jules César dans une série télévisée. Ils subiront l’attaque de pirates réclamant une juste répartition des richesses, croiseront le chemin d’une stagiaire de la Maison Blanche conservant en guise de relique sacrée un cigare sous cloche, profiteront de la sagesse dispensée par d’éminents grands anciens de la politique, dont un certain Jacques C qui envisage de briguer un troisième mandat en proposant de la tête de veau dans tous les foyers…

Le récit est construit de manière assez linéaire (invitation, arrivée, colloques, abordage, sauvetage, retour…), laissant à la fin nos prétendants à la fonction publique ragaillardis, mais toujours aussi cloches. Car le portrait que Ravalec et Yoann font des élites de la nation, c’est celui d’une caste incapable de penser par elle-même, se reposant sur sa richesse (personnelle ou frauduleuse) et craignant pour son image. Si c’est très drôle, c’est aussi le constat d’une élite navrante et peu compétente. Ce qui rajoute à la drôlerie.

La narration est assez étrange : en effet, une voix off parcourt l’ensemble du récit, zébrant les planches de blocs de textes de taille modeste qui composent des phrases longues mais dont la lecture fournit une perception décousue. C’est assez surprenant, avec un petit côté maladroit qui met en évidence la collision entre les habitudes littéraires du scénariste et les spécificités du langage BD, mais qui a aussi l’intérêt d’offrir un discours morcelé qui fait écho à la vacuité des personnages. Un peu plus dommage est le jeu constant de références à l’univers politique qui ne joue pas assez le principe du roman à clé : les personnages politiques évoqués ne sont pas dissimulés sous des pseudonymes, de sorte que le récit et ses allusions sont immédiatement datés. Un peu plus de finesse aurait sans doute permis de donner une atemporalité à un album qui vieillira hélas bien vite, prouvant s’il en était besoin que le conte politique est un genre bien souvent éphémère.

Enfin, on insistera sur la graphie du titre, et sur le trait d’union qui relie les deux premiers mots. Le titre ne signifie donc pas « Placez votre foi en moi », mais plutôt, comme on pourrait dire « croyez-en mes propos » ou « croyez-en Machin quand il vous dit que », quelque chose comme « placez votre confiance en ce que je dis ». Choix que l’on espère volontaire, et écho évident de la force de la parole politique, même si elle est creuse.

Jim