CRUSADERS t.1 (Bec / Carvalho)

Crusaders 01 - La Colonne de fer

Date de parution : 09/05/2019 / ISBN : 978-2-302-07640-2

Résumé

La colonie humaine installée sur Titan reçoit, via un étrange signal, les plans de constructions de fabuleux vaisseaux spatiaux et les coordonnées d’une galaxie lointaine et primitive. Après plusieurs mois de fabrication, le Crusader 1 prend la tête d’une armada prête à rejoindre les créateurs du signal.

Propulsés à travers des trous de ver, les vaisseaux arrivent en vue d’une giganstesque structure extraterrestre tendue entre deux astres: “La Colonne de fer” ! Dans quel but a-t-elle été bâtie? Pour contrer quelle menace?

Sacré couv

oui, ça a de la gueule. Si l’intérieur est pareil, ça va faire mal.

Jim

Extrait :

Ah, ça ne rigole pas.

Jim

Les Terriens, qui ont commencé à coloniser le système solaire, reçoivent un message d’une intelligence extraterrestre (“extratitanienne”, comme le rappelle l’un des personnages), qui leur permet de fabriquer des vaisseaux à la technologie avancée et de se rendre à un point de rendez-vous. Sur ce postulat déjà exploitée par la SF de cinéma (notamment Contact de Zemeckis), Bec construit une histoire intéressante, qui affiche de gros défauts de narration.

Tout d’abord, le scénariste commence par une séquence se déroulant “plus tard”, in medias res. Pourquoi pas, il est après tout rompu à l’exercice consistant à ouvrir un récit par une situation inexpliquée, afin de titiller l’intérêt de son lecteur. Mais il ne donne aucun indice sur les ruptures de temporalité, sur le “retour dans le passé”, et les sauts d’un moment à l’autre sont plutôt brutaux. D’autant qu’il glisse dans le récit des flash-backs liés à l’enfance de l’héroïne principale, ce qui rajoute à la confusion des allers-retours entre début de l’action, présent et passé. Tout s’explique au fil des pages, mais l’amorce est laborieuse.

La construction du tome pose quelques soucis également. Les premières pages donnent à voir une scène mêlant plusieurs races, et se “concluant” par une magnifique double page, ne contenant que deux bulles. Or, plus tard, dans les séquences destinées à présenter les péripéties des personnages et le chemin qui les a conduits jusqu’ici, il y a des pages d’une densité effroyable, horriblement bavardes et complètement encombrées. Sachant que l’album contient quatre doubles splash (toutes plus belles les une que les autres, c’est certain), on peut légitimement reprocher au scénariste de ne pas avoir équilibré plus habilement le rythme de son récit (ou de ne pas s’être résolu à raccourcir des dialogues trop longs).

Question dialogues, c’est également assez lourd. Dans les scènes de flash-backs, une jeune gamine explique à son père que son professeur emploie des mots compliqués. Mais quand le père décide de lui éclairer la lanterne concernant le big bang ou la formation des atomes, il use d’un vocabulaire pointu et de tournures qui ne dénotent aucun effort de pédagogie. En bref, les dialogues père-fille sont du même acabit que ceux que s’échangent les scientifiques de bord. Aucune caractérisation. Quant aux dialogues censément restituer une ambiance virile de chambrée au sein du corps d’élite de gradés que l’on suit, ils sonnent faux. La scène de rupture avant le départ est particulièrement bancale. Les textes sont donc trop longs et trop alambiqués, et le lettrage, effectué par l’effroyable studio Charon, déjà responsable de quelques horreurs dont mon esprit douloureux cherche à masquer le souvenir, rajoute à la lourdeur : bulles carrées, mal placées, débordant de manière maladroite, bref un manuel des choses à ne pas faire.

C’est d’autant plus dommage que le sujet de base, ses développements, l’enchaînement des séquences et le dessin rendent cette épopée stellaire passionnante. Le dessin de Carvalho est fichtrement inspiré du travail de Bryan Hitch, avec un zest de Mathieu Lauffray ici et là. Bec a sans doute eu la bonne idée de lui montrer certaines de ses participations précédentes (genre Zéro Absolu), et grand bien lui en a pris : le dessinateur a un style photographique mais il sait dépasser sa documentation et rendre l’ensemble très vivant.

Il manque à ce tome une “post-production” de qualité, notamment en termes de lettrage. Ça en aurait fait l’un des chocs SF du moment.

Jim

En effet, je crois qu’on a les repérés !

Je sais pas comment t’as fait pour le lire. bec m’a perdu au bout de 15 pages du coup j’ai laissé tombé. Du gros caca.

J’ai un estomac mieux blindé que le tien.
Et pas d’obligation de tout lire pour conseiller les clients, non plus…
:wink:

Jim

je dirais un cerveau, car j’ai vraiment lutter pour comprendre, le fait qu’il n’y ait pas de précision sur les flashbacks que ce soit graphique ou textuel font que j’ai été perdu dès le début, et surtout j’ai trouvé le vocabulaire utilisé volontairement abscons.

Je suis d’accord avec toi sur tout. Après, le fait que le scénario ne donne aucune clé, je me dis “pourquoi pas” : ça peut éventuellement servir à quelque chose, ça a un effet immersif qui n’est pas désagréable, on avance dans l’histoire en se disant qu’on finira par raccrocher les wagons. Sauf que ça ne mène précisément nulle part et que, au final, c’est gratuit. Donc ouais, il aurait mieux valu placer des marqueurs de temps.
Après, l’équilibre foireux est très gênant : quel intérêt d’avoir des doubles pages si c’est pour mettre trente bulles par planche dans les séquences de blabla ? C’est une faute de scénario et un manque de contrôle éditorial.
J’ai feuilleté le dernier Prométhée, et il n’y a pas ce genre de déséquilibre, malgré la présence d’au moins une double page. Et le lettrage est très correct, pourtant réalisé par le même studio. Donc j’en conclus que Crusaders n’a pas bénéficié du même sérieux. Et c’est dommage.

Jim