CRUSADES t.1-3 (Izu, Alex Nikolavitch / Zhang Xiaoyu)

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Il se dit que dans le milieu que ça se prononce “Crouzadès” … un peu barrée, cette croisade ! Faudrait que je relise, tiens !

Trilogie mélangeant histoire, fantasy et science-fiction, Crusades est une trilogie dont le scénario est signé Izu et Nikolavitch, le dessin étant assuré par le chinois Zhang Xiaoyu.

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L’action se déroule au treizième siècle, entre deux croisades. Derrière la peste ayant décimée les armées chrétiennes se cache un lourd secret que le templier Guillaume de Sonnac tente de percer. Alchimie, pacte avec les démons, il ne sait, mais parvient à convaincre l’autorité papale (un peu réticente pour des raisons politiques) de le mettre à la tête d’un commando de choc dont la mission consistera à découvrir de quoi il retourne.

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Le premier tome est donc consacré à la constitution d’une équipe (à laquelle se joint le frère de Guillaume, Gautier, la fratrie ne s’appréciant guère) et au lancement de la mission. Les Templiers refont donc le parcours que le lecteur connaît bien pour l’avoir suivi dans les premières pages, jusqu’à un massacre des plus spectaculaires. On a donc droit à une scène d’action à mi chemin entre Le Temple maudit et Aliens, avec drame et sacrifice à la clé. À l’issue de quoi les membres du commando se retrouvent dans… un décor de science-fiction, que l’on imagine être l’intérieur d’un vaisseau spatial. Fin du premier tome.

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Le trait de Ziaoyu, très dynamique, évoque parfois un peu celui Serpieri, à cause des hachures omniprésentes. Cela lui permet de donner de la matière et de la profondeur à ses décors. On imagine, à regarder ses cases, qu’il lit également des comics, ses planches évoquant ici et là John Buscema ou Marc Silvestri. Enfin, ses expressions faciales, dominées par de grands yeux et des bouches ouvertes, rappellent un peu les mangas en général et Otomo en particulier. Bref, un style composite, dont la narration est efficace à défaut d’être limpide : les scènes d’action font leur office, mais parfois les contre-champs ne sont pas évidents.

Le lettrage évolue au fil de l’album. Visiblement, le dessinateur a fait ses propres bulles sur une grosse trentaine de planches, occupant un espace colossal où les textes s’agitent dans des phylactères trop grands pour eux. De même, le bullage semble passer à l’informatique par la suite, mais le calage des bulles sur les bords de cases et des blocs de textes dans les bulles n’est pas optimal. Ça aurait bien mérité un peu plus de finition.

Jim

Le début du tome 2 prend soin de ne pas répondre tout de suite aux questions posées à la fin du volet précédent. Les scénaristes choisissent de dévoiler ce qui s’est déroulé en 1219, puis de reprendre l’action non du point de vue du commando, mais de ses poursuivants.

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Ainsi, ils ménagent la surprise : le lecteur retrouve donc Guillaume et son équipe, qui découvrent alors qu’ils sont transportés à Alexandrie, sans explication, si ce n’est quelques dialogues qui permettent au lecteur d’aujourd’hui de deviner qu’ils ont été téléportés en passant par un vaisseau extraterrestre. Ils cherchent alors à reprendre contact avec des Juifs de leurs connaissance, mais les retrouvailles réveillent de lourds secrets et ne se passent donc pas aussi bien que prévu. S’ensuivent quelques scènes d’action qui permettent de retrouver Ulric, leur compagnon précédemment blessé, et transformé en golem de guerre ou en zombie colossal. Parallèlement, Guillaume a tenté de recontacter les autorités chrétiennes, mais là aussi, des mauvaises surprises l’attendent.

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Le dessin, moins tourné vers le spectaculaire, s’attache à suivre les personnages, à mettre en scène les sentiments qui les animent. Les scènes d’action demeurent spectaculaires, et un certain soin a été accordé au lettrage : on note entre autres une volonté d’habiller les bulles, afin de gagner de l’espace sans trop déborder. C’est surtout sensible au début de l’album, la fin témoignant d’un certain manque de temps.

Jim

Le troisième tome fait un léger bond dans le temps, premier d’une longue liste (puisque la fin du tome détaille, en trois pages, les suites et conséquences jusqu’au XXe siècle).

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Les différents protagonistes (la chrétienté divisée, les Juifs, les Musulmans) courent donc après un secret tombé des étoiles, en espérant pouvoir en faire une arme utile à leur cause. Le récit se déplace donc cinq ans plus tard, à l’occasion d’une nouvelle croisade, durant laquelle les survivants de l’intrigue précédente devront choisir leur camp. Guillaume et Gautier, les deux frères, chacun exposé au « sang de Wathan » (ou au « miroir liquide » précédemment nommé), se retrouvent pour une dernière confrontation.

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Dans ce jeu d’explications de l’histoire (établissant un rapport entre les « vrais faits » que la trilogie nous révèle et « l’histoire officielle », ce qui n’a pas été sans me rappeler, d’une autre manière, Le Grand secret, de Barjavel), ce troisième tome va assez vite. Les tunnels d’explication sont plus courts que dans les précédents, ce qui est assez normal pour un chapitre de conclusion. L’action est rapide, Xiaoyu recourant à moins de hachures. Son encrage évolue, d’ailleurs, c’est remarquable sur les gros plans et les portraits : il mélange coups de plume minces et épais, ce qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler le travail de Frank Miller. Enfin, le lettrage, sans être éblouissant, fournit une lecture agréable. Une très chouette conclusion pour une série bourrée d’idées.

Jim

L’éditeur publiera une intégrale en 2012.

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