DANS L'OMBRE DE MARY - La promesse de Walt Disney (Hancock)

Le biopic Saving Mr Banks est basé sur la vie de l’écrivain Pamela Lyndon Travers, la créatrice de Mary Poppins, de sa jeunesse dans le Queensland, à sa collaboration houleuse avec Walt Disney, qui mit près de 20 ans à convaincre la romancière à lui vendre les droits de son oeuvre en vue d’une adaptation cinématographique.

Emma Thompson incarne P. L. Travers. Le rôle de Walt Disney a été confié à Tom Hanks.

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[quote]DATE DE SORTIE FRANCAISE

5 mars 2014

REALISATEUR

John Lee Hancock (Alamo)

SCENARISTE

Kelly Marcel

DISTRIBUTION

Emma Thompson, Tom Hanks, Colin Farrell, Ruth Wilson, Paul Giamatti, Jason Schwartzman, Kathy Baker…

INFOS

Long métrage américain/britannique/australien
Genre : biographie/comédie dramatique
Titre original : Saving Mr Banks
Année de production : 2013

SYNOPSIS

Lorsque les filles de Walt Disney le supplient d’adapter au cinéma leur livre préféré, “Mary Poppins”, celui-ci leur fait une promesse… qu’il mettra vingt ans à tenir !
Dans sa quête pour obtenir les droits d’adaptation du roman, Walt Disney va se heurter à l’auteure, Pamela Lyndon Travers, femme têtue et inflexible qui n’a aucunement l’intention de laisser son héroïne bien aimée se faire malmener par la machine hollywoodienne. Mais quand les ventes du livre commencent à se raréfier et que l’argent vient à manquer, elle accepte à contrecoeur de se rendre à Los Angeles pour entendre ce que Disney a imaginé… [/quote]

La bande-annonce :

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Interviews et extraits (V.O.) :

Ça m’intéresse cette histoire, j’en serai si tout va bien.

Alors c’est pas mal du tout, cette petite chose-là.
Les acteurs sont formidables (Emma Thompson tient le film à elle seule, Giamatti fait une prestation extraordinaire, Colin Farrell ça faisait une éternité que je ne l’avais pas vu si convaincant, et Tom Hanks est sur la réserve, discret mais efficace…), le montage est au cordeau, la comédie musicale dont les coulisses sont évoquées est à peine esquissée et n’envahit pas le récit, bref, c’est superbement équilibré et c’est pété de cadrages ingénieux sans esbroufe.

Et le choix de l’angle est à l’aune du reste.
Car on se doutait bien que, le film étant produit par Disney, on n’aurait pas un portrait honnête de Walt Disney lui-même. Du coup, le scénario choisit de ne rien évoquer qui puisse faire polémique. On se contente d’évoquer l’enfance de Walt lui-même dans une scène de dialogue et de montrer un chef qui n’admet aucune contestation et qui cache sa tabagie (ce qui est déjà pas si mal, si on y réfléchit).
Et le film se concentre sur P.L. Travers, s’appuyant sur les bouquins de Valerie Lawson. Le biopic lui-même évoque une enfance heureuse brisée par des souvenirs difficiles (visiblement remis dans un ordre servant à la dramaturgie…), et alterne le 1967 de la narration avec le 1906 des flash-back d’une manière vraiment très habile. Ça joue à fond sur le pathos, choix délibéré, mais c’est plutôt fructueux et pertinent.
Et comme il semble impossible d’évoquer le bras de fer de l’auteure et du producteur sans passer par la guerre entre deux psychopathes (et donc rentrer dans le polémique), le scénario déplace le conflit ailleurs, le film devenant la description de la lutte entre les mondes culturels : la littérature contre le cinéma, l’Angleterre contre la Californie, la Vieille Europe contre le Nouveau Monde, le rêve contre le pognon.

Et c’est justement là que j’ai trouvé le film touchant. Si tout le pathos est mis sur les flash-back et fera pleurer les chaumières, moi, ce qui m’a passionné au premier chef, c’est la partie 1961, qui parle du mystère de la création. C’est un sujet qui me fascine depuis Le Magnifique de de Broca (ce qui fait que les rapports de l’écrivain à son œuvre et de la réalité à la fiction m’ont poussé à regarder des films rien que pour ça : de Finding Neverland à the Secret Life of Ian Fleming, parmi mille autres trucs…).
Et là, le montage, mais aussi le jeu d’acteur, les dialogues (les deux compositeurs qui défendent leur travail, le scénariste qui essaie de ménager chèvre et chou…), il y a une succession de scènes formidables mettant en exergue la manière dont les personnages de fiction vivent dans l’imaginaire. C’est d’autant plus intéressant qu’il ne s’agit pas ici du mystère de la création ex nihilo, mais du mystère de la création une fois que celle-ci a déjà imprégné le cœur de ses lecteurs et de ses adaptateurs. Et comment ces derniers se la réapproprient pour prendre d’assaut de nouveaux spectateurs. Je mets au défi quiconque s’intéresse aux coulisses de la création, quelle qu’elle soit, de rester insensible à la scène du cerf-volant.

On n’aura bien entendu pas de grand choc de personnages. Mais au final, cela évitera aux acteurs de faire assaut de moments d’anthologie, et cela servira un film sur les coulisses d’un film, et un portrait doux-amer d’une industrie hollywoodienne qui, même idéalisée dans la Californie des années 1960, n’en demeure pas moins une machine à remâcher les idées.
Bref, dans les contraintes imposées par l’exercice (parler de Walt Disney dans la maison Disney, c’est déjà une contrainte en soi, et là, ils évitent l’hagiographie, c’est aussi un exploit en soi…), les scénaristes ont trouvé un angle redoutablement efficace et ont réussi le pari d’évoquer une création douloureuse et une naissance mémorable. Une renaissance, même, mais je vous laisse découvrir ça.

Jim

Bien d’accord avec toi. :wink:

J’ai trouvé cette scène absolument puante d’hypocrisie. Totalement affligeante. Qu’on décide de dresser un portrait polissé de Disney est quelque chose qu’on accepte facilement compte tenu de la nature de l’oeuvre et surtout de sa production mais pourquoi montrer un chose qu’on sait pertinemment fausse et appuyer dessus. Ha putain on y faisait pas référence et ça passer comme une lettre à la poste tellement on s’en fout mais là ça m’évoque le même genre de comportement hypocrite qui conduit à censurer des affiches dans le métro.

Aflligeant

En dehors de ça le film est vraiment bien de par sa nature et son angle d’attaque. Gros coup de gueule pour le titre en VF qui évacue tout de suite la véritable thématique du film

Tu parles de la scène de la clope ?
Ça n’a rien à voir avec les images retouchées, on sait très bien que Walt Disney façonnait une image fausse de lui-même, jusques et y compris dans ses propres locaux. De là, je trouve intéressant que le mec qui crache ses poumons en réunion ou au téléphone soit montré comme le dissimulateur d’un secret de polichinelle. L’hypocrisie n’est pas dans la scène, mais dans le personnage.

[quote=“Lord-of-babylon”]
En dehors de ça le film est vraiment bien de par sa nature et son angle d’attaque. Gros coup de gueule pour le titre en VF qui évacue tout de suite la véritable thématique du film[/quote]

J’ai failli dire la même chose.
Et puis je me suis dit que si les mecs n’avaient pas l’effort de chercher un truc, on aurait eu droit à un “Saving Mr Banks” direct, voire un “Il faut sauver Monsieur Banks”.
Donc on a échappé au pire.
Et en poussant plus loin, je dirais même que c’est plutôt pas mal. Parce que le titre anglais dévoile quand même pas mal un petit twist psychologique, et surtout la confrontation (presque) finale. Passer de ce personnage à un autre personnage de la série de romans est plutôt bien vu. D’autant que le titre ne dit que “Mary” et laisse planer un peu de mystère sur ceux qui ne connaissent pas, tout en jouant le clin d’œil pour ceux qui connaissent. Enfin, elle est nommée “Mary”, ce qui n’aurait pas manqué d’agacer Travers, et cela donne du coup au titre VF une petite connotation ironique, qui laisse même entendre que les distributeurs français savent de quoi parle le film.
Donc l’un dans l’autre, je trouve ça pas mal.

Jim

[quote=“Jim Lainé”]
Donc l’un dans l’autre, je trouve ça pas.[/quote]

Ah bon, moi je trouve ça. C’est mieux que.

Je suis pas fan du titre non plus, mais je pense que le titre VO ne parlerais pas nécessairement au publique français. Marry Poppins est connu Mister banks beaucoup moins. Moi qui ai vu le film je ne me souvenais absolument pas de son nom.

Sinon j’ai comme Jim beaucoup aimé le film et surtout la bobine à la fin ou on entend les vraies conversations entre Travers, les deux frangins qui font la musique et le scénariste.