Seaguy vol. 2 - Slaves of Mickey Eye (Grant Morrison / Cameron Stewart)
Manifestement, pas de nouvelles fraîches de « Seaguy Eternal », le dernier volet de la trilogie initié par Morrison et Stewart pour le compte de Vertigo. Il faut dire que « Seaguy » est un titre éminemment peu vendeur, et Morrison, apparemment vraiment très attaché à cette création, a du mettre sa participation à « 52 », l’excellent titre hebdomadaire collectif de DC, et peut-être même, dit-on, à « Final Crisis » dans la balance pour avoir gain de cause quant à la publication de cette suite. Maintenant que l’écossais s’est libéré de ses obligation sur les « monthlies » de DC, quelles billes a-t-il pour imposer la publication du troisième volet de aventures de Seaguy ? L’étrange décalage de publication dont semble être frappé le très attendu « Multiversity » est-il lié à ça d’une manière ou d’une autre ?
A suivre donc, et en attendant, un retour rapide sur le volume 2 « Slaves of Mickey Eye »…
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On l’a vu, Morrison présente la saga « Seaguy » comme les trois âges de la vie d’un personnage fictif, l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte. Nous voici donc aux côtés d’un Seaguy adolecent : attention, ça ne signifie pas que le perso est à l’âge de l’adolescence, pas plus que le premier volet ne présentait un personnage enfant. Cela signifie plutôt que le titre lui-même en est au stade de l’adolescence, Seaguy demeurant un éternel jeune homme adulte au visage poupin. C’est précisément cette permanence qui permet à Morrison de déployer son discours sur les différents âges d’un personnage de fiction (encore que Stewart, très finement, figure ici un visage plus affûté que celui du premier volet, un peu moins « joufflu »).
Nous retrouvons donc Seaguy prisonnier à New Venice de ce monde aseptisé faussement idyllique, où le temps semble s’être figé et les problématiques existentielles dissoutes. Mais on l’a vu à la fin du précédent volet, Seaguy n’est pas de ceux qui se laissent endormir, et petit à petit, sa conscience va s’élever jusqu’à défier les tenants de l’autorité, représentés par l’impalpable Mickey Eye (un Mickey Mouse diabolique), dont la Lune elle-même figure l’oeil omniscient…
L’adolescence, c’est l’âge où l’on se met à s’affirmer et à défier l’autorité, c’est l’âge « punk rock » des pulsions destructrices des valeurs sociétales, mais c’est aussi un âge ingrat où le monde se met à se désenchanter un peu, à devenir un peu plus étrange, à devenir un peu plus effrayant. Pour les garçons c’est aussi l’âge où l’on affirme sa virilité et l’on emballe des filles pour la première fois. C’est enfin l’âge où l’on cherche et l’on teste différentes combinaisons pour constituer son « identité »…
Voilà très exactement le programme auquel nous convie le scénariste ultra-glabre, sa veine surréaliste infusant chaque pan de son exploration de l’adolescence. Le pompon est décroché en la matière pour l’incroyable séquence de corrida du deuxième des trois épisodes de la mini, une mise en boîte impayable de la masculinité dans ses atours les plus risibles, tout cela demeurant parfaitement raccord avec les opinions de Morrison sur les traitements réservés aux animaux déjà exprimés par ailleurs (notamment « Animal Man » et « WE3 »).
Morrison appuie un peu, et logiquement, sur certaines références déjà présentes dans le premier volet, au premier rang desquelles « Le Prisonnier », dont l’ambiance est vraiment proche de cette séquelle, sans compter que le bad guy trône dans un siège identique à celui célèbre des numéros 2 du Village…
Tout aussi logiquement, Morrison fait également retour sur des thématiques anciennes chez lui, mais pleinement développées en parallèle dans son run sur Batman, comme la réflexion sur le statut des icônes populaires aux mains de corporations de l’entertainement, et son corollaire, la réflexion sur la duplication, les ersatz, etc… (voir à ce titre les trois copies multicolores du héros). Sans oublier la question de l’héritage et de l’affrontement inter-générationnel, représenté ici par le duel entre le héros et sa version « patriarcale », le buriné Seadog…
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Je suis surpris, malgré le niveau très faible des ventes, du peu d’échos suscités, même au sein du lectorat mordu des travaux de l’écossais, par ce travail d’une simplicité et d’une puissance désarmantes. Il se pourrait bien pourtant que ce récit devienne le favori des lecteurs intéressés par le discours morrisonien, mais lassés des circonvolutions scénaristiques de ses sagas au long cours et de ses expérimentations jugées parfois « gratuites ». Délesté de tout son gras, « Seaguy » est une des expressions les plus pures du talent de l’écossais, qui considère ce travail comme son « definitive statement » sur les super-héros…
Pourvu qu’il se montre suffisamment convaincant et puisse mener à bien cet ultime volet, annoncé logiquement comme le plus sombre, car même à l’adolescence dans ce second volet, la Mort déguisée en canotier vénitien guette son heure…