DOCTOR WHO (2005) - saison 1-11


(Jack!) #781

L’acteur Ralf Little nie qu’il participe à la prochaine saison de Doctor Who d’une manière… plutôt incroyable (littéralement) :


(Jack!) #782

http://imageshack.com/a/img921/416/Ff1s16.jpg

Le responsable Steven Moffat suppose qu’il n’écrira pas la scène de résurrection pour l’acteur Peter Capaldi l’année prochaine. Il s’agira pourtant du grand final de sa tenure sur la série Doctor Who après sept années de bons et loyaux services.

A ce stade de la production, on peut penser que le douzième Docteur restera en place lorsque le nouveau showrunner Chris Chibnall prendra la série en main. C’est déjà un aveu en soi, ne pas faire de la nouveauté pour le simple plaisir de la nouveauté.

[quote=“Moffat”]*“I have no reason to suppose that I’m writing out a Doctor! Peter is loving the role, and long may he do so.”

“The departure of a showrunner doesn’t mean anything to the audience. Most of the audience doesn’t know that I exist, so they’d go blank if I attempted to wave goodbye to them. Oh, the embarrassment that would be. So I’m damned if I’m imposing my departure on the show. I just want to do a good one, before I hand over to Chris [Chibnall].”*[/quote]

La dixième saison de Doctor Who démarre dans le courant de l’année 2017.


(artemus dada) #783

“Tenure”, j’ai aussi vu “dépicter”, Jack, tu es en train de lire un lexique d’ancien français ? :slight_smile: :wink:


(Valérian) #784

Steven Moffat, ou ce qui est arrivé de mieux au petit monde télévisuel et sa routine bien entamée. Enfin un scénariste qui exploite l’ensemble des caractéristiques d’un média (de son mode de diffusion à son système de communication) afin d’en tirer le meilleur.

Décrié, conspué, ou au contraire admiré, le scénariste écossais fait partie des rares à m’avoir fait comprendre la force et la portée du média, aux côtés des créateurs de Babylon 5, The X-Files et autres Buffy the Vampire Slayer. En bousculant les acquis, armé d’une écriture constamment ludique et déployant des idées folles à un rythme indécent, Steven Moffat fait indéniablement, pour moi, partie des plus grands scénaristes, tous médias confondus.


(Ben Wawe) #785

… il est juste dommage qu’il ait sacrifié la cohérence, la résolution des intrigues et le respect de ses personnages au passage.


(とり) #786

Et n’oublions pas, tout de même, le défrichage par Russell T. Davies…
En tout cas, à eux deux, ils ont fait beaucoup pour la TV britannique.

Tori.


(Valérian) #787

Oui, Moffat sans T. Davies c’est inconcevable, j’en ai bien conscience.

En ce qui concerne la cohérence et la résolution des intrigues, je ne vois aucune piste scénaristique mise de côté, c’est d’ailleurs une grande force de l’auteur, revenir sur des points que l’on pensait bouclés. De la même sorte, je ne vois vraiment pas un manque de respect envers les personnages et la mythologie de la série, au contraire, je décèle dans son écriture un amour sincère envers cet univers, une passion qu’il tente de communiquer constamment, à l’aide d’un patrimoine immuable qu’il exploite à merveille.

La saison neuf est, pour moi, la meilleure depuis le retour du personnage sur les écrans télévisés en 2005. Rien que cette manière d’écrire Twelve (gare aux spoilers), capable de défier les lois du temps, de l’univers et de son peuple pour accomplir ce que l’on sait, est d’une puissance évocatrice rare. Le personnage étant allé trop loin, seul l’oubli pouvait l’arrêter. Terriblement beau, et mois facile qu’utiliser l’artifice de la mort (ce qu’il nous a fait croire, avant de revenir sur cet acquis). Idem pour la conclusion offerte à River Song, au cours d’un succulent épisode de Noël à la fois très drôle et touchant. Il n’y a que l’épisode Sleep no more qui a manqué de me convaincre, le reste, c’est juste “fantastic”.


(Jack!) #788

Je suis l’ancien français. :wink:


(Ben Wawe) #789

Pour m’expliquer : je ne vois pas la cohérence dans le trop long déroulement sur le Silence, où Moffat se perd trop souvent et trop longtemps dans de multiples rebondissements ; idem pour River Song, dont le concept a été entièrement brisé par une transition trop rapide dans Let’s Kill Hitler. Et je n’ose pas parler des TimeLords, dont je n’ai toujours pas compris comment ils ont pu communiquer avec Clara, comment ils ont pu donner de nouvelles régénérations, comment Missy s’est échappée, comment le Master est devenu une femme, comment Davros a survécu… OK, Dr Who est une série fantastique, avec toujours des transitions un peu “faciles”, mais il faut qu’il y ait au moins l’effort d’en proposer.
Concernant la résolution des intrigues, le principe du deus ex machina permanent m’est devenu insupportable, surtout qu’on en devient constamment à la même chose : le Dr est la proie d’une machination, ou l’objet d’une quête, ou pourchassé. Toujours la même chose, d’autant plus qu’il s’en sort par une pirouette habituelle, soit par un timey wimey stuff humoristique et enfantin (avec Matt Smith), soit avec un cynisme exacerbé ou une pointe de “méchanceté” (avec Capaldi). Oui, vraiment, Moffat finit toujours par des pirouettes, mais sans s’occuper des détails.
Concernant le respect des personnages, je considère que, une fois que Moffat a dépassé leur “utilité”, les personnages secondaires n’ont plus d’âme ou d’intérêt (The girl who waited, le centurion millénaire qui gardera toujours son amour, The impossible woman) : ils ne vont pas au-delà, ils restent coincés jusqu’à ce que Moffat les remplace. Et je ne parle pas non du 12e Dr, qui aide “par obligation”, qui se force, qui fuit, qui n’a strictement rien d’héroïque et n’a aucun intérêt pour l’humain ; c’est, à mon sens, une trahison totale du 9e, 10e et 11e Dr.


(Valérian) #790

Je comprends tout à fait ton point de vue, sans y adhérer.

En ce qui concerne les personnages-fonctions, je trouve qu’il s’est très bien débrouillé avec Clara, qui de mystère ambulant en saison sept se retrouve au centre du fil narratif principal en saison huit, avant de subir une évolution de sa personnalité (en rapport avec les tristes événements de cette saison donc), qui la pousseront à prendre des risques insensés. Jusqu’à l’issue que l’on connaît. C’était pas gagné de la faire évoluer sur trois ans, il a réussi selon moi.

Je reviens juste sur ta dernière phrase : oui, Twelve est une trahison des incarnations modernes, c’est un fait. Mais pas une trahison de Doctor Who (il suffit de voir les premiers Docteurs). Emmener le personnage sur cette voie permet un renouvellement de la série, un changement que tout le monde n’a pas soutenu. Il suffit de voir les réactions sur la toile à l’annonce de Peter Capaldi : les groupies qui le trouvaient trop vieux, pas assez mignon, etc, le délire ! Non seulement ils écrivent un personnage qui s’éloigne considérablement de ce que la fanbase attendait, mais en plus, ultime pied de nez, ils en font un vieux râleur égoïste aux antipodes de toute notion d’humanité. Ils ont même dû demander à Smith de rempiler lors du premier épisode de Capaldi (Deep Breath) pour assurer un passage de flambeau et rassurer les fans : oui, c’est le même personnage, apprenez à le connaître avant de juger.

Après, j’avoue que je ne serai jamais objectif sur la série moderne, et plus précisément sur le travail de Steven Moffat, tant son boulot m’a influencé.

:wink:


(Jack!) #791

Le problème de Steven Moffat c’est que ses “idées folles” sont aussi d’une folle répétitivité. Globalement, il a étiré les mêmes concepts en long, en large et en travers au point de briser leur spécificité ou leur intérêt. Ça se voit très bien avec les Anges Pleureurs, par exemple, dont on a déjà gommé l’attrait dès la deuxième apparition.

Moffat a eu un très grand run de Doctor Who, notamment parce qu’il joue avec les “va et viens” temporels comme personne avant lui. Mais c’est aussi un run qui inscrit le personnage dans une sorte de conformisme ambiant. Comme on l’entend, la période de Russel T. Davies était “Grunge”. Tout était encore possible, tout était à refaire, le Docteur pouvait être n’importe qui et il trainait d’ailleurs avec toutes les classes sociales (la blasée Rose, la bosseuse Martha, la malchanceuse Donna) et tous ceux qui pouvaient encore être considérés comme gentiment déviants à l’époque (le bisexuel Jack Harkness). Le Docteur de Davies est l’extra-terrestre d’un nouveau millénaire, en avance même sur les conceptions, en phase avec une nouvelle génération de travailleurs et de marginaux.
Même structurellement, la série pose le La en alternant avec des histoires en un ou deux épisodes. La preuve en est que cette structure ne sera plus jamais remise en question. Pire, elle sera hautement mécanisée par un Moffat qui ne fait pas dans la demi-mesure (“soit on fait une saison composée de récits uniques, soit on fait l’inverse avec seulement des doubles”). Un processus mécanique donc, qui ne se demande pas si l’histoire en question va avoir besoin de respirer ou, au contraire, d’être plus directe.

L’arrivée de Moffat sonne le début d’une ère de grand publicisme assumé. La série est plus populaire que jamais. La production a la chance de tomber sur Matt Smith qui marquera très vite le Docteur de son emprunte (c’était pourtant pas gagné après le départ de David Tennant) tout en ayant le physique et l’attitude pour plaire à une certaine tranche de spectateurs.
Globalement, si on devait faire une comparaison à la louche, le Docteur de Moffat est le Mickey “bon fils à marier” de Disney. Comme lui, il n’est plus vraiment libre de ses actes. Il n’est plus colérique (un choix que je mets sur le compte de la personnalité de l’acteur). On ne parle plus de sexe et encore moins d’homosexualité si ce n’est au détour d’une blague (hihihi). Petit à petit, Moffat en vient même à résoudre les erreurs passées du personnages, ses génocides (notamment la destruction de Galifrey), faisant des grandes diatribes sur l’imprévisibilité du Docteur quelque chose de moins en moins palpable (rappelez-vous : “il sera le sanguinaire, le boucher des mondes, le Valeyard”, etc.)

Le Moff’ entreprend donc une rénovation du personnage (on ne peut pas lui en vouloir, c’est le but de la série). Il concrétise sa vision d’une déité qui a toujours un atout dans sa manche et le Tardis au bout des doigts ; il le lave de tous ses péchés ; il le rend même anonyme au cosmos (et “mort” dans une moindre mesure), là où Davies en avait fait une figure politisée, capable de détruire un gouvernement en quelques mots. Le Docteur de Moffat parait plus grand par ses enjeux mais est en fait plus petit dans son affecte. Il n’est plus complexe dans ses dualités mais se présente seulement comme héros, un homme bon qui va en guerre.
On en viendrait presque à se demander parfois si Moffat ne gomme pas le travail de son prédécesseur (au point de qualifier le 10ème Docteur d’idiot dans Le Jour du Docteur) mais c’est un autre problème…

De plus, en faisant le jeu du grand public, Moffat définit un onzième Docteur qui perd sa dimension prolétaire. Il vise une certaine catégorie de compagnons, une catégorie à laquelle les “jeunes princesses” doivent aspirer. Toutes ses compagnes ont des spécificités qui les rendent attractives aux yeux du Docteur : Amy Pond est “la fille qui a attendu”, Clara Oswald est l’Impossible, River Song est “la fille du Tardis”. Elles ne sont plus des simples voyageuses mais des mystères à résoudre. Ce faisant, Moffat tue la nécessité d’identification. Le spectateur ne voyage plus aux cotés du Docteur, il ne découvre plus de nouveaux mondes, il est seulement témoin d’une intrigue qui s’étire.
Cette élévation des compagnes se fait au détriment de leur intérêt narratif. Par exemple, Clara ou Amy ne sont pas humaines (pas de famille, pas de travail, pas de fond en somme) et n’ont donc pas grand chose à faire si ce n’est d’être une extension du Docteur (ce sera encore plus flagrant chez Clara qui se présente comme telle). Au lieu de ça, elles vivent par à-coup entre les saisons (Amy et Rory s’installent ensembles, Clara devient professeur).
Au contraire, Rose, Donna ou même Martha restent essentielles et actives jusque dans leur dernière apparition car elles se réinventent dans la société comme de coutume.
Et même si on s’intéresse au physique, Amy et Clara répondent à des attentes esthétiques qui n’étaient pas importantes, ni pour le public ni pour le Docteur, lors de l’attribution des rôles des compagnes précédentes.

On aurait pu penser que Peter Capaldi allait donné un coup de jeune à la série, aussi ironique que ça puisse paraitre. L’acteur est surtout connu pour son rôle de nerveux vociférant dans la série The Sick of It. Sa promotion était une véritable gifle dans le visage des quelques ahuris qui pensaient que le Docteur serait toujours un jeune fringuant. Mais non, Peter Capaldi est un vieux grincheux plein de vigueur acide. C’était plié. Ce douzième Docteur allait clairement changer la donne.
Moffat essaie, piétine, déguise son personnage élégamment pour qu’on y croit, mécanise le trait de caractère (Peter Capaldi laisse mourir au moins une personne par épisode pour qu’on situe bien le problème) et puis laisse tomber (Au final, le 12ème Docteur se retrouve à faire le guignole, mal habillé, sur un tank en jouant de la guitare électrique pour oublier sa mort “inévitable”, comme Matt Smith en somme).

Pour finir, oui, Moffat est probablement l’un des plus grands showrunners de la série. Un scénariste astucieux qui présentera la solution (les nanites, les données sauvegardées, Big Bang 2) avant de dérouler l’intrigue ; sans parler de son talent pour les dialogues. Oui, il a marqué à jamais la série de son emprunte en développant ce qui restera sans doute la plus grand saga jamais écrite sur le Docteur. Et c’est un fait à double-tranchant puisqu’il n’aura jamais raconté qu’une histoire égo-centrée sur le Docteur au point de perdre de vu ce qui fait l’attrait de la série.
Après avoir sorti de son chapeau tous les récits qu’il voulait raconter depuis sa plus tendre enfance, Moffat souffre d’une panne d’inspiration. Une panne d’inspiration qui se solde par une répétition ou une déclinaison grossière des mêmes motifs. Ses montres conceptuels se font de moins en moins effrayant ou même intriguant, à l’instar de l’épisode Écoutez !. Pareillement, les disparitions successives de River Song (dans l’excellent court Dernière Nuit puis Le Nom du Docteur et enfin Les Maris de River Song) nous font oublié toujours un peu plus l’importance de sa première mort (et première apparition, en fait). On peut dire pareil du coup de téléphone de Matt Smith. Et il y a de nombreux autres exemples à citer (comme la mort des conjoints Rory et Danny qui se font écho ; le même thème de la tombe du Docteur qu’on retrouve dans chaque saison et à laquelle il échappe comme le dernier des magiciens).

Il y a encore beaucoup à dire, en positif comme en négatif, mais ce qui m’étonne surtout avec Moffat c’est qu’à force de vouloir jouer l’économie, il en a oublié la construction de ses épisodes. Un épisode est généralement composé d’une introduction - d’un nœud - et d’une résolution alors que chez Moffat, ce n’est plus qu’une (longue) introduction, parfois plusieurs séquences d’introductions successives déployant les clés de l’intrigue, avant de conclure en fanfare. On a donc l’impression de manquer l’action (économie budgétaire) tout en avalant plusieurs pans de l’histoire d’un seul coup (économie narrative). Ses épisodes conclusifs depuis la sixième saison (Le Mariage de River Song, Le Nom du Docteur) en sont un exemple flagrant. C’est aussi l’une des conséquences d’avoir voulu jouer avec des fils rouges trop imposant, obligeant l’intrigue à remettre à plus tard les révélations concernant le Silence, le Docteur de la guerre, etc.

De mon point de vu, Moffat a raison de partir. La raison principale étant qu’il n’a plus grand chose à raconter et qu’il comble depuis lors. Et il le sait.
Reste que s’il revient jouer dans le même bac à sable lorsqu’il aura rechargé ses batteries, ce sera avec un plaisir sincère que je regarderai ses épisodes.


(Jack!) #792

Mais il n’y a pas vraiment de problème de cohérence ou d’incohérence pour la plupart des exemples. Se demander comment les Seigneurs du Temps contactent Clara à travers la brèche depuis leurs univers de poche - brèche dont ils sont plus ou moins à l’origine - en revient à se demander comment Rose alerte le 10ème Docteur d’un Bad Wolf dans la quatrième saison. :wink:


(Valérian) #793

Thématiquement identiques, oui, répétitives, certainement pas. De ses créatures métamorphes (The Empty Boy, saison 1) à la Colony Sarf (The Magician’s Apprentice, saison 9), l’auteur fait par exemple preuve d’un renouvellement constant en ce qui concerne l’élaboration de ses menaces. Bien entendu, on retrouve des similitudes durant ses dix années passées sur la série, mais comme pour chaque créatif il s’agit d’obsessions propres à leurs esprits. Moffat, par exemple, est obsédé par la mémoire, l’oubli. Il en tirera des arcs scénaristiques à chaque fois différents, jusqu’à traiter frontalement de la mort et du deuil dans les saisons huit et neuf, qui incarnent selon moi l’aboutissement d’une réflexion entamée dès sa première incursion dans l’univers de la série. L’oubli deviendra même une résolution, lors du final de la dernière saison. En ce qui concerne les Anges, leur utilisation est toujours intéressante, jusque dans la fantastique idée de la “ferme” (The Angels take Manhattan, saison 7), que je trouve absolument fascinante.

Davies avait son personnage pansexuel, Moffat a sa femme lézard extraterrestre lesbienne, et son Docteur qui n’hésite pas à mentir et sacrifier ses compagnons de voyage (Into the Dalek, par exemple, saison huit). Pas très conformiste selon moi.

En ce qui concerne la structure de la série, Moffat avait dit vouloir tenter de nouvelles choses, ce que la BBC ne semblait guère apprécier. Il a néanmoins obtenu le droit de pouvoir faire une saison quasiment constituée d’épisodes doubles (voire triples pour le final), en relevant tout de même un sacré pari, à savoir réaliser un épisode plus long que la moyenne, seulement joué par un seul personnage, le Docteur lui-même (Heaven Sent, saison 9).

Pour ce qui est de ta perception du personnage, je ne peux rien dire et je respecte ton ressenti. Personnellement, je le trouve toujours imprévisible, et le fait qu’il ne soit pas un être sanguinaire, mais au contraire un homme bon (l’une des grandes questions de la série) ne me choque pas, au contraire, ça me ravit. Marre de ces personnages mauvais, tourmentés, rongés par le désespoir. Si le Docteur peut être un héros, une figure respectée, ça me convient parfaitement, je ne veux pas être confronté au grim’n’gritty de la télévision britannique.

Au cours de la cinquième saison, le Docteur repousse pourtant une armée d’envahisseurs aliens rien qu’en leur gueulant dessus (The Pandorica Opens), tandis qu’il en impose clairement face aux Timelords durant le dernier épisode de la saison neuf (Hell Bent). En ce qui concerne sa dimension prolétaire, je suis d’accord (même si Clara vit dans une cité HLM), Moffat ne s’embarrasse plus non plus de tout le cercle familial des compagnons, préférant le cercle professionnel. Oui, ça change, mais est-ce un mal ? Aurait-on encore voulu cinq années de plus encombrées de la belle-mère ou autre grand-père ? La série l’a fait, elle l’a bien fait, place à du renouveau.

En ce qui concerne les compagnes justement, elles sont liées à un mystère, en effet. Mais c’est une fois encore dans la nature du Docteur de Moffat, curieux, intrigué, qui ne peut supporter de voir une cachotterie de l’univers lui échapper. Là, il ne sélectionne plus ses coéquipiers par hasard (Rose rencontrée lors d’une mission, dans l’épisode Rose justement - saison un), il les choisit. En ce qui concerne Amélia, il y a un lien tout particulier qui se forme lorsqu’il la rencontre, c’est le premier visage que ses nouveaux yeux contemplent (The Eleventh Hour, saison 5), un lien qui sera traité jusqu’à la disparition de cette incarnation du Docteur. Clara, c’est clairement un mystère ambulant, mais une fois le secret élucidé en fin de saison sept, le personnage évolue considérablement, se renouvelant entièrement et transcendant son statut d’énigme pour donner vie à un fil narratif intense et dramatique. Enfin, en ce qui concerne River, la femme qu’il a épousé, c’est normal de ne pas la traiter comme un personnage lambda j’imagine.

Et malgré ça, je ne vois pas la série comme étirant son intrigue ad nauseam. Rien qu’en saison sept, celle qui se concentre autour de Clara et du mystère qu’elle représente, chaque épisode pris individuellement étale une intrigue concise et autosuffisante, tout en proposant une diversité exemplaire que l’on est très loin de retrouver dans toutes les séries du même genre (d’ailleurs, ces épisodes très “hollywoodiens” incarnent une volonté de renouvellement de la structure même de la série, eux aussi, et ce malgré les contraintes imposées par la BBC). Clara, d’ailleurs, deviendra presque le Docteur lui-même (le générique d’introduction de Death in Heaven, saison huit, puis le personnage possédant son propre TARDIS et sa propre compagne, Hell Bent, saison neuf), elle n’aura jamais la fonction de “réceptacle” pour le spectateur puisse s’y identifier. Là encore, je ne vois pas le mal qu’il y a à ce que Moffat ne répète pas une nouvelle fois la structure établie par les saisons précédentes.

[quote=“Jack!”]On aurait pu penser que Peter Capaldi allait donné un coup de jeune à la série, aussi ironique que ça puisse paraitre. L’acteur est surtout connu pour son rôle de nerveux vociférant dans la série The Sick of It. Sa promotion était une véritable gifle dans le visage des quelques ahuris qui pensaient que le Docteur serait toujours un jeune fringuant. Mais non, Peter Capaldi est un vieux grincheux plein de vigueur acide. C’était plié. Ce douzième Docteur allait clairement changer la donne.
Moffat essaie, piétine, déguise son personnage élégamment pour qu’on y croit, mécanise le trait de caractère (Peter Capaldi laisse mourir au moins une personne par épisode pour qu’on situe bien le problème) et puis laisse tomber (Au final, le 12ème Docteur se retrouve à faire le guignole, mal habillé, sur un tank en jouant de la guitare électrique pour oublier sa mort “inévitable”, comme Matt Smith en somme).[/quote]

Au final, je dirais plutôt que le Docteur assassine de sang froid un autre Timelord (Hell Bent, toujours), ce qui constitue tout de même une grosse redéfinition du personnage. Et pas très conformiste d’ailleurs. Les grincheux rétorqueront que le Général a encore quelques régénérations en réserve, mais la série nous a bien confirmé que la mort d’une incarnation ressemble à une mort “classique”. La personnalité, le caractère, la motivation, tout ça meurt en même temps, seule la mémoire subsiste. Et là, on le retrouve notre Docteur sanguinaire, prêt à massacrer sa propre espèce (qu’il a tenté de retrouver pendant des années), car il est submergé par la colère. Une fois encore, choisir l’oubli comme seule solution pour calmer cette entité emplie de haine, c’est d’une justesse incroyable, en plus d’être d’une puissance évocatrice terrifiante.

En ce qui concerne Listen (saison huit), je trouve au contraire que c’est l’un des épisodes les plus tétanisants de la série, comme quoi. En plus d’être l’un des plus beau (cette conclusion !). Dans un autre registre, les fausses disparitions et faux adieux sont aussi des obsessions de l’auteur. La vie est imprévisible, on peut croire que l’on va quitter quelqu’un pour finalement le retrouver. Ajoutons une pincée de voyages dans le temps, et tout ça n’a rien de choquant. Les morts à répétition de Rory servent par exemple un intérêt comique, pour mener à un acte héroïque du personnage, aboutissement total de la ligne narrative et de l’évolution du jeune homme. Les séparations répétées du Docteur et de Clara, qui se mentent respectivement (Death in Heaven), servent là aussi un but narratif, démontrant que RIEN ne peut séparer ces deux personnages (si ce n’est l’oubli, donc). Ainsi, oui, Moffat utilise les mêmes mécanismes, mais jamais avec paresse : il les renouvelle, les détourne, les malaxe, pour finalement proposer un renouvellement constant des intrigues, mais aussi servir l’évolution de ses personnages.

[quote=“Jack!”]De mon point de vu, Moffat a raison de partir. La raison principale étant qu’il n’a plus grand chose à raconter et qu’il comble depuis lors. Et il le sait.
Reste que s’il revient jouer dans le même bac à sable lorsqu’il aura rechargé ses batteries, ce sera avec un plaisir sincère que je regarderai ses épisodes.[/quote]

Pour la fin, je serai d’accord avec toi. Moffat doit partir. Il aurait peut-être dû réaliser un épisode final après The Husbands of River Song (excellent épisode de Noël, sûrement mon préféré juste après The Snowmen), pour passer le flambeau. Je pense que la dixième saison sera peut-être de trop. En l’état, durant ses années de bons et loyaux services, je considère le travail de l’auteur comme un sans-faute absolu : à la fois inventif, drôle, épique et audacieux, mais aussi et surtout d’une cohérence thématique exemplaire. J’ai hâte de découvrir ses nouveaux projets.


(Jack!) #794

Mais pour cela, il faudrait que ces menaces en soit véritablement, des menaces. Au contraire, la plupart des créatures que développent Moffat ne sont souvent rien de plus que la somme de gimmicks (généralement sur les sensations : toucher, voir, entendre, etc.) ou une multitude (les Smilers, Colony Sarf, Great Intelligence ou le Silence) qui peinent à se concrétiser dans l’épisode. Disons qu’ils sont plus souvent prétexte à l’action.

Sauf que ça aurait pu être une autre menace que les Anges et que ça n’aurait pas changé grand chose à l’histoire (surtout dans le double épisode De Chair et de Pierre/L’Ère des Anges de la saison cinq). Ce qui tend à prouver qu’elles sont vidées de leur essence.

Il se conforme pourtant a un plan pré-établi que Moffat répète continuellement pour ne pas perdre le plus simple des spectateurs. A mon sens, c’est mécanique.

Il y a une différence entre ce que tu appelles Grim & Gritty (de la télévision britannique ?) et la complexité d’un personnage. La série de Russel T. Davies n’avait rien de lugubre ni de fortement dépressive, bien au contraire.

Personnellement, je pense qu’en effaçant les erreurs du Docteur, Moffat a appauvri le personnage. C’est un héros, oui, mais un héros plan-plan, unidimensionnel (ce qui est dommage pour une personne qui vit dans le Tardis).

L’astuce qui permet au Docteur de se faire oublier du reste des mondes vient après L’Ouverture du Pandorica, d’abord dans le premier épisode de la saison 7, lorsque Clara l’efface de la mémoire des Daleks dans l’Asile des Daleks, puis plus tard dans le court The Inforarium.

Cependant, si tu veux dire que cette obsession de Moffat (“remettre le chat dans le sac”) n’a eu qu’un impact mineure sur la série, je suis bien d’accord. Pourquoi faire oublier le Docteur aux Daleks si juste derrière il les affronte comme si de rien n’était ?

Encore une entreprise dont l’intérêt me parait bien mince. D’autant plus mince que le Docteur a prouvé plus tôt que le Temps pouvait être “désécrit” grâce à une faille et qu’il est passé à travers cette même faille.

J’aurais tendance à dire que oui. Un Docteur élitiste, qui se détourne des véritables merveilles de l’univers pour choisir ses sujets ne me parait pas être un Docteur très en phase avec l’univers.

[quote]Clara, c’est clairement un mystère ambulant, mais une fois le secret élucidé en fin de saison sept, le personnage évolue considérablement, se renouvelant entièrement et transcendant son statut d’énigme pour donner vie à un fil narratif intense et dramatique.
[/quote]

Pas vraiment. Tu as raison lorsque tu dis qu’elle se renouvelle entièrement. En fait, Moffat ne sait pas vraiment quoi faire de Clara - la jeune compagne énergique et intrigante - après le final de la septième saison. Il finit donc par écrire une nouvelle itération du personnage, control freak, bêcheuse, et ne se cantonnant souvent qu’au rôle de la moralisatrice.

Ce changement de caractère est d’autant plus ironique qu’elle a déjà connu plusieurs incarnations passées (The Snowmen, Asylum of the Daleks) comme une vilaine resucée de Rory et ses morts multiples.

Oui, je suis bien d’accord avec toi.

Moi pas tellement. Je trouve que c’est l’un des épisodes les plus facile de la série, en plus d’être l’un des moins inventifs de Moffat. C’est grosso-modo la même tambouille agencée différemment (et encore, je suis gentil pour le différemment) et dont le pic de popularité fut de montrer un jeune Docteur (ce qui ne m’intéresse pas tellement, je suis plus porté sur son avenir).

J’en parle déjà (en prenant des gants) ici.

Je dirais que ce sont des facilités qui, dans l’état conformiste de la série, sont là pour émouvoir la ménagère en fin d’après-midi. C’est du sentimentalisme à l’eau de rose affligé à outrance au spectateur ; une mécanique trop bien huilée.

Là où je suis d’accord, c’est que les “bonjour” et les “au revoir” sont une constante de la série Doctor Who, du fait de la capacité régénératrice du “dernier” Seigneur du Temps. Ce serait bien cependant de ne les utiliser qu’en cas d’urgence histoire de ne pas donner l’impression de galvauder chaque moment difficile.

[quote]Ainsi, oui, Moffat utilise les mêmes mécanismes, mais jamais avec paresse : il les renouvelle, les détourne, les malaxe, pour finalement proposer un renouvellement constant des intrigues, mais aussi servir l’évolution de ses personnages

…] je considère le travail de l’auteur comme un sans-faute absolu : à la fois inventif, drôle, épique et audacieux, mais aussi et surtout d’une cohérence thématique exemplaire. J’ai hâte de découvrir ses nouveaux projets.[/quote]

Personnellement, je m’arrête à “paresseux” et “répétitif”, à la “mécanique” “ankylosée”, et en “roue libre”. Mais je vois bien que nous ne sommes pas d’accord.


(Valérian) #795

En effet, et c’est tout l’intérêt du débat. Je pourrais reprendre une fois encore toutes tes réponses pour les contredire à nouveau, mais je pense que ce sera vain, nous avons (je crois) tous les deux compris et assimilé le point de vue de l’autre, et c’est bien l’essentiel.

Rien que l’exemple sur Listen le confirme, cet épisode semblant résumer notre opposition.

Aussi, quand tu me dis que les Anges Pleureurs ne sont pas appropriés dans The Angels take Manhattan, je dirais au contraire qu’étant donné qu’ils représentent la peur la plus intime pour Amélia (comme le confirme God Complex, saison six) depuis sa rencontre avec les créatures durant la cinquième saison, il est pertinent de les retrouver en tant que déclencheurs de la séparation entre le Doc’ et sa compagne.

Là où tu vois de l’élitisme de la part du Docteur, j’y vois le contraire, le personnage étant toujours à l’affût pour aider les nécessiteux, d’un enfant qui pleure (The Beast Below, saison cinq) à un petit jeune maudit par un tatouage (Face the Raven, saison neuf).

Bref, pour moi, l’intégralité du travail d’écriture de Steven Moffat est évident et limpide, tu l’as bien compris.

Mais je suis content d’avoir eu cet échange avec toi, car ça nous permet de comprendre nos points de vue opposés, à défaut d’y adhérer. Et qui sait, peut-être serons d’accord en ce qui concerne la dixième saison.


(Ben Wawe) #796

Ah, Jack argumente beaucoup mieux que moi, et a déjà présenté les arguments que j’avais en tête. Merci à lui. :wink:

Pour synthétiser, j’ai adoré Moffat comme scénariste d’épisodes fantastiques dans la team de scénaristes chapeautés par Russel T Davies, j’ai beaucoup aimé sa première saison et demie en tant que showrunner : c’est à partir de Let’s Kill Hitler, et globalement la déception de la fin de la saison 6, que j’ai “lâché”.
Personnellement, je n’adhère pas au 12e Dr, que je considère comme une trahison et quelqu’un que je n’arrive pas à suivre. Je trouve que Moffat gère très mal les compagnons, qui sont des “outils” mais n’ont pas ou très peu d’âme ; comme évoqué, je ne les imagine pas vivre sans le Dr, là où ceux de Davies avaient une vraie indépendance du héros.

Je suis également lassé par ce besoin fondamental qu’a Moffat de jouer continuellement sur les mêmes thématiques, sur les mêmes gimmicks, de s’acharner sur quasiment chaque aspect de la franchise pour se l’approprier (revenir sur la “faute” du Dr, revenir sur la mort des TimeLords, revenir sur l’Histoire du Dr avec Clara, revenir sur la raison de sa fuite initiale, etc.).
Et, enfin et surtout, je suis lassé de cette “personnalisation” constante des menaces. J’ai l’impression que les Drs de Moffat n’ont, finalement, qu’affronter des ennemis qui leur en voulaient initialement : le Silence, bien sûr ; la coalition d’ennemis à la fin de la saison 5 ; Missy ; et tant d’autres. Si Russel T Davies a également “personnalisé” des menaces que le Dr devait affronter (je parle ici des big bad de fin de saison), notamment en saison 3 avec le Master, il a également veillé à ce que ses Drs soient proactifs et luttent pour stopper des ennemis, sans être touchés personnellement : les Daleks, les Cybermen, les TimeLords partagent un contentieux avec le Dr, mais auraient agi ainsi même si ça n’avait pas été le cas, et lui intervient pour les stopper, pour intensifier encore la rage commune.
C’est quelque chose qui me gêne aussi souvent en comics ou dans les films : le fait que, finalement, le héros ne fait que se défendre, et ne se bat donc que pour lui ; j’ai envie, aussi, de voir des personnages, et notamment le Dr, combattre un ennemi car il veut l’arrêter par principe. Or, et sauf erreur de ma part, je n’ai pas vu ça chez Moffat chez les “grands méchants de fin de saison”.


(nikohell) #797

Je rejoins BenWave et Jack. Moi Moffait, je l’ai apprécié sous Davies et après il m’a fallu 2 saisons pour oublier de regarder la série avec intérêt. Je ne dis pas que je ne regarde plus mais plutôt que je regarde quand j’ai rien d’autre à me mettre sous la dent. Ce qui est un sacré écart avec l’assiduité dont j’avais hérité sous Davies.


(Jack!) #798

L’acteur David Suchet (Hercule Poirot) rejoint la distribution de la dixième saison de Doctor Who dans le rôle du mystérieux “Landlord”.

Il apparaitra dans le quatrième épisode écrit par un petit nouveau, le dramaturge Mike Bartlett.


(Jim Lainé) #799

Ah tonnerre.
Quel excellent acteur. Qui a sans doute livré la meilleure version télé de Poirot (selon moi comparable au Sherlock Holmes version Jeremy Brett). Et il est toujours excellent, quoi qu’il fasse.
Épatant.

Jim


(Jack!) #800

D’après l’acteur Peter Capaldi, la prochain saison de Doctor Who (et dernière de Steven Moffat, rappelons-le) débutera en avril 2017.

De son coté, la BBC confirme l’adaptation animée de The Power Of The Daleks, l’un des nombreux épisodes perdus du second Docteur.