DOOM PATROL t.1-3 (Grant Morrison / Richard Case)

Oui, le dernier épisode est très émouvant.
Avec ce petit soupçon d’ambivalence qui fait relire ce qui vient de précéder avec un œil différent.

Sans être aussi outrancier (parce que bon, j’ai quelques autres candidats pour ça, les Captain Marvel de Starlin, les Warlock du même, les Detective d’Englehart et Rogers, et je ne vais même pas chercher du côté de Moore, Miller ou Simonson…), je suis assez d’accord sur le caractère exceptionnel de la prestation, qui tient sur la durée et propose des trucs de folie.
Et je partage aussi l’avis concernant le caractère « mainstream » de la chose. Non seulement parce que c’est effectivement publié par l’un des deux éditeurs qui incarnent ça, mais aussi parce que, au final, les intrigues sont très… comment dire… « classiques », d’une certaine manière. On trouve des histoires de trahison, de mort et de renaissance, de métamorphose, d’incarnation, de perte de contrôle, et au final, ce sont des ingrédients qui sont au menu des X-Men tous les mois. La grosse différence, c’est l’écriture, la mise en scène, les constants décalages que Morrison impose à son lecteur. En gros, il montre la même chose, mais il l’éclaire différemment.

Quand j’ai découvert la série, il y a une petite trentaine d’années, tout ceci m’apparaissait difficilement compréhensible, on va dire « exigeant ». Je pense que c’est en partie dû à ma maîtrise de l’anglais, bien moins bonne qu’aujourd’hui. Je pense aussi que c’était une de mes premières expositions à la tonalité bizarre propre au label Vertigo (de Morrison, je connaissais surtout son Arkham Asylum et son Animal Man, tout de même plus faciles d’accès, d’une certaine manière). Mais en fait, la relecture m’a fait redécouvrir des récits savamment construits, déployés sous l’apparence fallacieuse d’intrigues linéaires. Le vrai sel du travail de Morrison, ce sont les dialogues, les voix, la capacité à balancer des idées fortes (qui tiennent parfois à un concept de science-fiction et parfois à un jeu de mots) et à calquer tout cela sur des structures assez classiques pour un lecteur de longue date.

Relire cette série à trente ans d’écart, c’est vraiment une redécouverte.

Jim

Ah oui, tiens, j’aurais très bien pu le citer celui-ci. Plus quelques autres en effet, mais je voulais assumer mon emphase. :wink:

Complètement. C’est ce que je trouve génial dans ce run. Le truc qui sort peut-être du lot par rapport à un comics authentiquement classique, ce sont les scènes d’action ou de combat : sur ce plan Morrison arrive à renouveler le genre, en insinuant sa bizarrerie/loufoquerie jusque-là. Il a des idées géniales pour renouveler ces passages obligés (j’adore par exemple ce perso qui dispose de tous les pouvoirs auxquels son adversaire ne pense pas sur l’instant, The Quiz).

Tout le run est remis en perspective, oui.
Et sans en dire plus, on retrouve dans ce final une marotte quasi obsessionnelle du Morrison à l’époque : « Alice au Pays des Merveilles » de Lewis Carroll ; à peu près à l’époque où il entamait ce run, Morrison écrivait une pièce de théâtre intitulée « Red King Rising », relatant sans trop s’attacher à la réalité historique la relation entre Carroll et Alice Liddell, « modèle » de son Alice fictionnelle.

Il l’a finie, la pièce ?

Jim

Oui, elle a même été jouée à l’époque avec un certain succès (en 1989). Le texte est disponible dans l’introuvable compilation des travaux en prose de Morrison, « Lovely Biscuits » (dispo à un prix prohibitif sur le net, genre 650 euros quoi…).
Je connais même un dramaturge qui a souhaité monter en France cette pièce, mais a dû abandonner l’idée faute d’avoir pu joindre Morrison et/ou d’avoir pu démêler la question des droits. Il s’était pourtant livré au travail de traduction, ce qu’il ne regrette pas ceci dit ; allez, j’espère qu’il ne m’en voudra pas de vendre la mèche : c’est Aurélien Lémant qui a longtemps caressé cette idée.
Tu connais peut-être son travail : il a écrit différents essais dont « Traum » sur Philip K. Dick, « Watchmen : Now » et plus récemment « Héros et Thanatos », sur les rapports entre les super-héros et la Camarde. L’un de ses prochains essais, « Morrison Hotel », portera sur l’oeuvre du scénariste écossais, dont il est un immense fan. J’attends ça de pied ferme ; à part la monographie de Yann Graf, voire le propre bouquin de Morrison « Supergods », les exégèses du boulot de l’écossais sont plus que rares.

Il en a d’ailleurs écrit une autre, je ne sais plus trop à quel moment (à peu près à la même période, je dirais), consacrée quant à elle à Aleister Crowley, et intitulée « Depravity ».

La couverture :

doom-patrol-tome-3

Miam! Impatient de le dévorer celui là ! :drooling_face: