DU PLOMB DANS LA TÊTE t.1-3 (Matz / Colin Wilson)

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Louis et Jimmy sont deux tueurs à gages. Venus à New York pour exécuter une victime, ils discutent nanas et pompes de luxe avant de passer à l’action, liquidant un politicien et la prostituée (de luxe aussi) qu’il était venu voir. Bien entendu, la police est aussitôt sur les lieux, en les personnes de Perry et Carlisle, deux inspecteurs qui relèvent des détails louches, notamment la mort de deux chiens abattus par balles à quelques centaines de mètres de distance, et des traces douteuses sur la moquette.

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Ils finissent par comprendre que les deux canidés ont été tués par le même homme, et les traces les conduisent à une paire de chaussures à deux mille dollars, souillée par de la crotte. De plus en plus curieux pour les deux policiers, qui s’étonnent bientôt que l’affaire soit si rapidement étouffée. Perry décide d’insister, et Carlysle lui avoue que leurs supérieurs lui ont demandé de surveiller son équipier. De leur côté, les mafieux, basés à La Nouvelle Orléans, sont agités également, car pour eux aussi, les choses ne se passent pas comme prévu…

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D’ordinaire, j’aime bien ce que fait Matz, à l’exception de la série Le Tueur, illustrée par Jacamon, dont je trouve la voix off à la fois envahissante et inutile. Ici, le scénariste choisit une tonalité nettement plus tarantinesque, noyant son lecteur sous des dialogues apparemment anodins (et en rafale) afin d’offrir une caractérisation complète de ses personnages. Plutôt efficace, notamment dans des planches aux nombreuses cases où les échanges fusent de manière rapide et plutôt drôle.

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L’humour n’est pas le principe de la série, même si de nombreuses scènes n’en manquent pas. Colin Wilson livre une belle prestation, assez musclée, où ça défourraille très vite. Du polar noir et amer.

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Le deuxième tome ouvre le récit non pas sur la partie New York (les policiers), mais sur la partie Nouvelle-Orléans (les tueurs). Ces derniers sont chargés d’aller chercher le contact de leur patron, qui lui a trouvé ce contrat mais qui semble ne pas avoir respecté sa part de l’accord. Quelques fusillades plus tard, l’intrigue nous montre que les tueurs tombent dans un piège, mais également que d’autres assassins sont aux trousses de Perry, le plus pugnace des deux enquêteurs.

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Et là, le récit prend un tournant essentiel. En effet, Louis est abattu lors du traquenard et Perry est laissé sur le carreau par ses agresseurs. La moitié du casting est élaguée. Et alors qu’une journaliste (l’associée de celui qui meurt à la fin du premier tome) contacte Carlysle, ce dernier reçoit bientôt un coup de fil étrange, de part d’un « ami » de son défunt équipier. C’est là que se noue l’alliance contre nature entre le tueur et le flic, qui ont tous deux une revanche à prendre.

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Le postulat de base, qui fait de la série un récit à part de la production de l’époque, se concrétise au milieu de ce tome, et pour ainsi dire au milieu de la série. Il est amusant de constater que, si l’on s’intéresse à l’adaptation cinématographique que Walter Hill a faite de la bande dessinée (avec Sylvester Stallone en co-vedette), c’est justement l’association des deux antagonistes qui est mise en avant, là où, pour le lecteur, cette alliance constitue une surprise après un premier tome structuré autour du complot politique (dans une veine assez seventies, somme toute).

Matz continue dans sa veine tarantinienne, alignant les répliques cinglantes, et trouvant un équilibre assez intéressant : contrairement aux deux tandems mis en scène dans le premier tome, celui qui se compose sous les yeux des lecteurs est formé de deux hommes que tout sépare, et à qui il reste encore à apprendre à se connaître.

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Le troisième tome raconte de quelle manière les deux survivants, Carlysle et Jimmy (dont ce n’est pas le vrai nom) vont tenter de remuer le marigot dans lequel ils ont plongé. Ils remontent la filière, abattant des petits poissons afin d’inquiéter les plus gros.

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Ce troisième tome est donc le volet le plus orienté vers l’action. Les deux équipiers réticents apprennent à se connaître (et se dévoilent sous les yeux du lecteur), et si chacun d’eux apprend des choses sur l’autre, il apprend dans le même temps des choses sur lui-même.

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La fin du récit est l’occasion pour les auteurs de rompre avec la linéarité jusqu’alors de mise. La dernière fusillade est en effet entre-coupée de scènes situées après (des flash-forward), ce qui permet de mettre en évidence les extrémités et les compromis qu’ils ont tous deux acceptés. L’ensemble est propice à entretenir le suspense, durant cette dernière ligne droite qui, la structure rend cela évident, cache encore des choses.

Au final, Matz livre ici un polar franc du collier, mais qui réserve plein de surprises et affiche une tonalité aussi personnelle que réussie.

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La série Du plomb dans la tête a connu plusieurs intégrales : une version noir & blanc à tirage limité en 2006, une version couleurs dans la collection petit format « Haute densité » (celle que j’ai, et que je recommande) en 2008, une autre dans un format voisin en 2010, et enfin une dernière en 2013, au format d’origine, où Jimmy arbore la trogne renfrognée de Stallone, histoire de coller au film.

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Le film que Walter Hill a réalisé est évoqué ici :

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