ET SI LE DIABLE LE PERMET - Cédric Ferrand (Les Moutons électriques)

[quote]Et si le Diable le permet (Une étrange aventure de Sachem Blight et Oxiline), « Rayon pulp »
*Auteur : Cédric Ferrand
Couverture par Melchior Ascaride
ISBN : 978-2-36183-359-6
Broché, 17 × 21 cm, 272 pages
diffusion & distribution Harmonia Mundi
A paraître

  1. Le monde se remet à peine de la pire crise financière de tous les temps. Les capitales paniquent encore à la moindre rumeur, les colonies sont paralysées par la peur… Même les riches ne dorment pas sereinement, c’est dire.

Heureusement pour lui, le très aventureux Sachem Blight travaille dans un domaine épargné par toute cette incertitude boursière : il parcourt le vaste monde pour secourir les filles et fils de bonne famille, cette brochette d’inconscients qui se jettent volontairement dans la gueule du loup sous le prétexte de vouloir goûter aux joies de vacances exotiques. Le commerce de Blight l’emmène sur tous les continents pour affronter la multitude de dangers auxquels ses clients se frottent lors de leurs tribulations. Et cette fois-ci, Sachem est appelé à la rescousse à Montréal, au Québec. Et manque de chance pour lui, son niveau de Français n’est pas à la hauteur de l’enquête qu’il doit mener. Pour la première fois de sa carrière, il va devoir composer avec une partenaire, en la personne d’Oxiline, sa demi-sœur qu’il connaît à peine.

Après la « crapule fantasy » de Wastburg et le rétro-futurisme de Sovok, Cédric Ferrand verse dans le pulp lovecraftien un brin rigolard avec Et si le diable le permet, une aventure mystérieuse donnant naissance à deux nouveaux héros intrépides voués à vivre bien des péripéties.*[/quote]

Liens :
Le site de l’éditeur : www.moutons-electriques.fr
Le blog de l’éditeur : blog.moutons-electriques.fr
La page facebook de l’éditeur : www.facebook.com/pages/Les-Moutons-Électriques

Cédric Ferrand s’est fendu d’un billet sur la relation qu’il a entretenu avec son directeur de collection pendant l’élaboration de son nouveau roman, mettant en lumière le rôle crucial du relecteur dans le processus d’écriture:

"]*…] Sérieusement, c’est un travail de titan que celui de Julien. Et je vois dans le fichier que certaines de ses corrections, elles ont été faites à 3h du matin. Je ne me souviens pas la dernière fois que j’ai été debout à 3h du matin. Je devais être à la fac en train de manigancer pour m’asseoir sur le trône d’Ambre ou les genoux d’une fille (spoiler alert : je n’ai réussi ni l’un ni l’autre). Ce gars bosse à point d’heure et doit se coltiner mes fautes d’orthographe. Je ne sais pas combien il est payé, mais ce n’est pas assez.

Reste que, malgré tout, il y a des trucs qui passent moins bien que d’autres. Quand je dis qu’un bateau mouille au milieu du fleuve et que Bétan me dit « Nope. Mouiller, ça veut dire que l’embarcation est ancrée. Là, tu décris un bateau qui flotte librement, tu ne peux pas dire ça », je m’incline de bonne grâce. Mais par moment, j’ai des circonstances très atténuantes : ça fait 11 ans que je réside au Québec. Et je suis une éponge linguistique. Ce qui me plait, encore une fois, c’est la langue parlée. Tu m’étonnes que j’absorbe tout. Pire que ça : je suis secrétaire (adjoint administratif) dans une école bilingue. Je suis constamment en train de jongler entre les deux langues. Résultat des courses : je te colle des anglicismes de partout. Et j’ai beau me forcer très très fort à m’en faire péter les veines du front, je ne les remarque plus. Je ne parle pas des fois où je dois canceller un meeting, mais des moments où j’utilise des structures anglaises. Et vas-y que je te calque mot pour mot une expression. C’est impossible pour moi de faire abstraction de ces emprunts linguistiques, je ne suis plus capable de faire la part des choses entre l’anglais et le français.
Je le vis bien, hein, ce n’est pas considéré une maladie dans ce coin de continent, mais aux yeux d’un éditeur français, vous imaginez bien à quel point ce créole québécois sonne faux. Pourtant, ces québécismes sont une part importante de qui je suis aujourd’hui linguistiquement. Je fais partie de cette vaste majorité de gens propres sur eux et qui font pipi sous la douche par souci écologique mais qui utilisent le mot « incitatif » comme un nom commun (on dit « Cette réduction de taxes est un bon incitatif pour les ménages ». Et on n’a même pas honte). Et je sens bien que ça heurte la sensibilité de mon Julien. Parce que lui, ce n’est pas dans sa pratique quotidienne que d’utiliser ce mot autrement que comme un adjectif. Et je ne peux pas décemment me battre contre ça. 99% de mes lecteurs sont des français de France. Ça ne ferait pas de sens pour eux (oui, c’est ça un québécisme). Pourtant ces idiotismes (je sais que le mot dérive d’idiome, mais j’ai toujours l’impression qu’on traite les locuteurs d’idiots) ont modifié ma façon de penser. Je sais pas si vous avez vu Arrival de Denis Villeneuve, mais je pense sincèrement qu’au contact des anglophones et des québécois, la plasticité de mon cerveau m’a permis de m’adapter à cet environnement en modifiant ma petite mécanique intérieure et ma perception du monde. Et fatalement, ça a une incidence sur mon écriture. Mais ça, les éditeurs jacobins de la place de Paris s’en moquent éperdument. Ils veulent un texte bien propret, qui n’effraye pas le bourgeois. …]*

"]*Les deux premiers romans de Cédric Ferrand ont été très bien reçus, alors quand l’auteur propose un troisième récit, chacun conviendra qu’il n’existe aucune raison de s’arrêter en si bon chemin. Mais Cédric a un signe particulier : ses projets se suivent sans se ressembler. Lorsqu’il nous a présenté sa série, emportée par un aventurier dans les années 1930, avec des secrets et des monstres lovecraftiens… Eh bien, la surprise fut amusante et notre accord immédiat, bien entendu.

Ce n’est qu’ensuite que l’on s’est dit : « Bon, et comment on va le vendre ? ». Que voulez-vous, c’est ça, le métier d’éditeur : un mélange de direction littéraire et de soucis commerciaux. Très vite, nous avons donc eu envie de mettre ce roman à part, de ne pas l’inscrire dans la « Bibliothèque voltaïque », mais de lui tailler un look pour lui, afin de jouer à fond la carte de la série, et lorsque nous avons reçu le premier jet, il n’y eut plus de doutes : ce roman avait quelque chose d’un « pulp » à la Tarzan, ou d’un fascicule italien à la Martin Mystère, sans parler d’une sorte d’aspect iconique à la Indiana Jones…

Et j’aime ça, la littérature d’aventures, de mystère et d’action : des récits de pure distraction, qui se lisent vite et en jubilant. Nous leur avons rendu quantité d’hommages dans notre « Bibliothèque rouge », mais pourquoi ne pas le faire directement en fiction, dans un format court ? Le hasard faisant bien les choses, nous avons reçu un manuscrit de Julien Heylbroeck, un roman qui s’essayait au mélange inédit entre le polar, le fantastique et l’imaginaire « pulp ». Hé ! On tenait quelque chose, là, non ? Le roman fut promptement accepté, et une collection commença à s’esquisser… D’autant que ledit Heylbroeck avait lui aussi très envie de se lancer dans une série fantastique et d’action mettant en scène des détectives de l’étrange…

Alors voilà : nommons notre collection les « Saisons de l’étrange », et amusons-nous ! Et puis, littérature d’aventures, littérature de distraction… mais pas que : car Ferrand écrit « sa petite musique », et sous l’hommage souriant à la légèreté des « pulps » il développe, l’air de rien, pas mal d’autres choses : raconter une époque et des gens ; jouer sur les rivalités de langues, ce qui est récurrent chez lui ; et enfin, développer un exotisme totalement inattendu, puisque son histoire se déroule à Montréal ! (le prochain se passera à Paris en 1931, apparemment).

Je l’ai lu, ce roman, et relu, et décidément j’aime bien « sa petite musique » — oserai-je même faire allusion à quelque chose de très personnel ? Il y a pas mal d’années, j’avais tenté en tant qu’auteur d’écrire un cycle de nouvelles, mêlant l’atmosphère du « roman gris » à la Simenon avec un aspect assez « pulp », le tout dans une uchronie. Et dans la démarche de Cédric, je retrouve quelque chose d’assez semblable, qui ne pouvait donc que me séduire.

Mais c’est pas tout de nous proposer cette jolie intro : on veut lire le deuxième, maintenant, monsieur Ferrand !*