FOG t.1-8 (Roger Seiter / Cyril Bonin)

Discutez de Fog

Quand je donnais des cours et des conférences en médiathèque, je profitais souvent de mon abonnement gratuit à la bibliothèque afin de découvrir des séries franco-belges que je ne connaissais pas. Fog fait partie de mes découvertes les plus marquantes.

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L’action se déroule dans l’Angleterre victorienne. La comparaison, faite par un critique, entre la série et un mélange d’enquête de Conan Doyle et de mystères à la Poe n’est ni usurpée, ni innocente. En effet, on y trouve des traces de fantastique (le première intrigue tourne autour d’un tumulus abritant des corps momifiés, auxquels on attribue une malédiction et des crimes violents inexplicables), combiné au portrait d’une haute société figée dans ses règles rigides.

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La série comprend huit tomes chacun distribués en quatre intrigues en diptyque. La première, qui court sur « Le Tumulus » et « Le Destin de Jane », suit en parallèle les amours frustrées d’un enquêteur qui voile partir la belle Jane au bras d’un vague cousin militaire, et les recherches de Mary Launceston, fille d’un aristocrate versée dans les folklores, littératures et langues anciennes. Les deux intrigues se croisent afin de tisser un récit complexe empli de fausses pistes.

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Le dessin de Cyril Bonin a de quoi déconcerter. Malgré la précision de son trait qui offre une reconstitution frappante d’un Londres de la fin du XIXe siècle, il dessine des personnages sur lesquels il applique une évidente caricature (à grands renforts de gros nez et de cous de girafe et autres traits forcés). Ses personnages ne sont pas beaux en soi, et les angles de leurs visages marqués sont renforcés encore par des cadrages et des prises de vue exagérés.

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Le scénario de Roger Seiter, dont je connais fort mal la carrière, est bien rythmé, ménageant de la place pour l’émotion, mais aussi pour le portrait d’une époque aux mœurs bien différentes.

La série, si elle propose des immersions dans un fantastique à plusieurs couches (il y a toujours une explication rationnelle, mais le script laisse de place aux superstitions et à l’imagination), saura aborder d’autres genres, comme en témoigne le deuxième diptyque.

Jim

Le deuxième diptyque, ainsi que je l’ai laissé entendre plus tôt, débute en Arizona, une quinzaine d’années avant les faits. Seiter et Bonin restent mystérieux quant aux tenants et aboutissants de la scène à laquelle on assiste, et mettront deux tomes à raccrocher les wagons et à dévoiler le véritable enjeu du récit.

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Passée cette séquence pré-générique en quelque sorte, l’intrigue s’ouvre dans la haute société londonienne. On retrouve Russell, le journaliste, et Mary, l’érudite, qui se rendent à une séance de spiritisme, occasion pour le scénariste de s’attarder sur l’engouement du moment pour les choses du surnaturel, avec une petite pointe d’ironie.

Assistant à une séance de rencontre avec les esprits, Mary et Russell ont la surprise de voir la médium pointer du doigt un aliéniste qu’elle prétend possédée par le démon. Remise de son évanouissement, la clairvoyante est reconduite chez elle, mais elle est retrouvée morte le lendemain, dans des circonstances suspectes. C’est le début d’une longue suite de décès aux allures douteuses, qui conduisent la police et les deux enquêteurs à remonter une piste les conduisant à différents militaires, mais également au psychiatre qu’ils ont rencontré lors de la séance, le docteur Algernon Nash (dont le visage et la prestance ne seront pas sans évoquer un certain sorcier suprême aux amateurs de comics : ce ne sera pas la seule référence dans le petit jeu de pistes que constitue ce diptyque).

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Le scénario de Roger Seiter multiplie les personnages et les fausses pistes. Cependant, il n’est pas difficile de deviner vers qui les soupçons doivent se tourner car, comme souvent, c’est le personnage nouveau qui attire l’attention : soit il est la victime, soit il est le coupable. Le Docteur Algernon Nash est donc, sans grand mystère hélas, au centre de l’intrigue.

Une intrigue plutôt sympathique au demeurant, qui mélange critique sociale, corruption des élites et possession démoniaque. Si l’équilibre entre le rationnel et l’irrationnel penche ici davantage en faveur du deuxième, le portrait d’une société anglaise où les nantis sont (au sens propre comme au sens figuré) des prédateurs est plutôt bienvenu.

On reprochera peut-être une fin trop rapidement expédiée (à un moment où le méchant subit une transformation physique qui le fait ressembler à un mélange entre Wolverine et Coyote), qui aurait mérité quelques cases voire une ou deux pages de plus, afin de mieux respirer.

Jim

Ma femme est très fan de Cyril Bonin, qui se révèle en outre un homme charmant et un voisin de quartier très agréable.
Faudrait que je regarde si on a Fog dans les bibliothèques, que j’y jette un œil.

Moi, je vais chercher la deuxième intégrale, parce que la relecture de la première, malgré quelques menus défauts, m’a bien plu, et j’ai envie de compléter (ce qui ne sera pas le cas du Tueur, dans la même collection).

Jim

J’aime bien les couv’ !

L’intérieur est également très sympa, et on s’habitue finalement assez bien aux personnages aux anatomies tordues.

Jim

Roger Seiter sort un western chez BD Must via Ulule :