FURY (David Ayer)

[quote]DATE DE SORTIE FRANCAISE

22 octobre 2014

REALISATEUR & SCENARISTE

David Ayer (Au bout de la nuit, End of Watch, Sabotage…)

DISTRIBUTION

Brad Pitt, Logan Lerman, Shia LaBeouf, Jon Bernthal, Michael Peña, Jason Isaacs, Scott Eastwood…

INFOS

Long métrage américain
Genre : guerre
Année de production : 2014

SYNOPSIS

Cinq soldats combattent dans un tank surnommé Fury. A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, alors que l’armée nazie faiblit, l’équipe est envoyée pour une ultime mission derrière les lignes ennemies…[/quote]

Premier visuel :

Premier aperçu :

La bande-annonce :

C’est pas mal les 3/4 du film. Un bon film de guerre avec une bande de vétérans qui en ont vu de belles depuis l’Afrique et qui se retrouve affublés d’un petit jeune qui va devoir aller dans un char alors qu’il a une formation de secrétaire. Ca aurait pu être vachement mieux si Ayer avait bien voulu sortir des sentiers battus, parce que depuis ce moment, on sait déjà comment ça va finir. Et c’est vraiment dommage. Ca montre pas mal les réalités de la guerre même si ça reste un chouia “gentillet” si on connait les récits de guerre de Ennis (notamment dans la prise de la ville ennemie).
Bon puis la fin part dans un grand délire comme les américains savent le faire, ça m’a un peu gâché le film je dois l’avouer.
Mais ça reste pas mal parce que les acteurs jouent bien. Ca fait passer la pilule.

Enfin ça aurait mérité d’être aussi amputé d’une grosse demi heure histoire que le rythme du film soit moins chaotique et pas mal de scènes/répliques font bien trop écrites pour vraiment être fortes…mais bon.

Voilà un film qui n’invite ni à la gaudriole ni à la rigolade.
David Ayer, déjà, c’est pas rigolo ni souriant. C’est ni léger ni printanier. Alors David Ayer qui fait un film de guerre, fatalement, on pouvait s’attendre à quelque chose de dur et de crispé. Sur ce point, mission réussie. C’est sombre, tendu, désespéré, sans moment de relâche, sans période pour souffler, sans sourire.
Question description d’une virilité qui sent le dessous de bras, c’est nettement plus modéré que Sabotage : on sent l’amitié entre hommes coincés dans une boîte à conserve alors qu’ils n’ont aucune raison d’être réellement des copains, mais il n’y a aucune caricature outrancière comme on a pu en constater dans le film précédent.
Bien décidé à ne pas couper aux tours de force propres aux films à grand spectacle de Hollywood (la fin à la Alamo en témoigne…), Fury ne nous épargne guère les horreurs de la guerre : les balles perdues, les civils pris entre deux feux, les exodes, les cadavres, les cultures piétinées, les corps écrasés sous les chenilles, les cicatrices et les mutilations, les exécutions publiques, les pendaisons sommaires, la déshumanisation de l’ennemi… Il ne reste au final qu’une seule chose que le film n’aborde pas, le viol. Et pourtant, c’est tout le sous-texte de la (longue) scène la plus calme et la plus paisible du film, celle du repas, qui demeure, au final, la plus angoissante du métrage, également, justement parce que la violence et l’horreur y sont implicites.
Car le film place ses personnages en avril 1945. Donc en Allemagne. L’intrigue aurait très bien pu se dérouler plus tôt durant le conflit et sur d’autres théâtres d’opération, mais justement, elle met les Américains dans la position de l’occupant, inversant les rôles dans l’imaginaire de la Seconde Guerre mondiale. Le viol, c’est la maison allemande qui le subit, et, par le jeu de la métonymie, l’Allemagne aussi.
Ce repas tendu rempli de non-dit et d’incompréhension (un seul personnage parle les deux langues…) est sans doute l’instant le plus douloureux du film.
Un film placé sur le signe du mouvement, d’ailleurs : l’ouverture montre un char qui repart, et pour l’essentiel, le film parle du mouvement, jusqu’à la bataille finale, presque un huis-clos. Toute la dramaturgie établit l’équation suivante : mouvement égale vie. Immobilité égale mort. Le repas s’inscrit dans cette logique.
L’autre astuce narrative rafraîchissante (profitons de cet adjectif, qui ne reviendra pas souvent dans l’évocation de Fury), c’est qu’Ayer choisit de ne pas dévoiler le passé ni les traumatismes éventuels de ses héros. Il n’y a que deux souvenirs dans l’ensemble du film, l’un d’eux intervient afin de mettre en scène les dissensions au sein de l’équipe, et l’autre est interrompu en plein milieu. Ayer semble bien conscient des poncifs et des clichés de la narration, et s’agite afin d’échapper au formatage. Du coup, pas de traumatisme fondateur (Don Collier est un fanatique, limite un boucher, pour qui tous les Allemands sont des nazis ou presque, mais on ne saura pas pourquoi…), pas de justification a posteriori, pas de discours lénifiant et de révélations édifiantes sur les horreurs de la guerre transformant de gentils civils en monstres assoiffés de sang. Bref, un parti pris opposé à celui du Soldat Ryan, et de tout un cinéma familial cherchant des prétextes et des excuses.
Les prétextes et les excuses, ce n’est pas le film qui les cherche, ce sont les personnages. Chacun d’eux se drape dans une panoplie de justifications. Shia LaBeouf (qui ne cesse de me surprendre, ces derniers temps, sa prestation dans Sous Surveillance étant déjà impressionnante…) campe un chrétien fervent lecteur de la Bible, mais on comprend très bien que les personnages s’inventent des masques derrière lesquels ils se cachent. Ce sont des machines à tuer, ils ne savent rien faire d’autre.
Bref, c’est plein de qualités. Les moments de répit n’en sont pas, les longueurs ne font que renforcer la pression. Le travail sur le son est épatant (guettez la scène des “bruits de botte”). Et les acteurs sont magistraux.
Un bon film de guerre.
À ne pas regarder si vous avez un coup de blues.

Jim

T’es en train de nous dire que Mange LaMerde… Pardon, Chia LaBouffe… (je confonds toujours) est bien dans un film ?

Je vacille sous le choc.

[quote=“Nikolavitch”]T’es en train de nous dire que Mange LaMerde… Pardon, Chia LaBouffe… (je confonds toujours) est bien dans un film ?

Je vacille sous le choc.[/quote]

Ça fait trois films où je le trouve bien. Enfin bien au-delà de son personnage (parce que bon, je l’aime bien dans les Transformers, mais c’est parce que ces grosses machines me distraient et qu’il ne m’agacent pas assez pour gâcher le truc…). Dans Des Hommes sans loi, il est pas mal du tout, il tient bien face à Tom Hardy et Jason Clarke (je suis pas un grand fan de Tom Hardy, mais force est de reconnaître qu’il crève l’écran, même si, en l’occurrence, c’est Guy Pearce le clou du film). Dans Sous Surveillance, il est épatant, et presque méconnaissable. Et là, dans Fury, j’avoue qu’il est impressionnant.
Je lisais des infos sur lui cette après-midi, et j’ai l’impression que ce jeune homme est un peu dans l’excès, tout ça. Mais ma foi, j’apprécie de devoir changer d’avis sur son compte.

Jim

[quote]Il ne reste au final qu’une seule chose que le film n’aborde pas, le viol. Et pourtant, c’est tout le sous-texte de la (longue) scène la plus calme et la plus paisible du film, celle du repas, qui demeure, au final, la plus angoissante du métrage, également, justement parce que la violence et l’horreur y sont implicites.
Car le film place ses personnages en avril 1945. Donc en Allemagne. L’intrigue aurait très bien pu se dérouler plus tôt durant le conflit et sur d’autres théâtres d’opération, mais justement, elle met les Américains dans la position de l’occupant, inversant les rôles dans l’imaginaire de la Seconde Guerre mondiale. Le viol, c’est la maison allemande qui le subit, et, par le jeu de la métonymie, l’Allemagne aussi.
Ce repas tendu rempli de non-dit et d’incompréhension (un seul personnage parle les deux langues…) est sans doute l’instant le plus douloureux du film.[/quote]

Bah justement, c’est trop édulcoré pour ma part. Parce qu’on veut aborder le sujet, mais on l’effleure. On a une vague idée que c’est comme ça que ça se passe avec les soldats quand le reste de la troupe arrive dans l’appart, mais c’est très survolé, trop suggéré. Idem quand la jeune recrue part dans la chambre avec la blonde. Ce n’est pas violent, c’est sensible, romantique (on discute, puis on s’embrasse gentiment), et c’est encore édulcoré par leur déchirante scène de départ. Là, je ne sais pas sur quel pied danser avec ça.

A côté de ça, on a donc la scène du repas, avec un Brad Pitt silencieux, et donc une scène qui est très plombante, où on se demande ce qui va se passer. On a le sentiment que tout peut arriver, ça pourrait presque être du Tarantino, mais ça n’en est pas et ça n’arrive pas au niveau d’ailleurs, c’est même très regrettable.

Pourtant, les poncifs il est tombé en plein dedans. Notamment dans la scène finale, à partir du moment où Brad Pitt veut quand même tenir le carrefour alors que les allemands arrivent. Parce qu’à partir de ce moment, il nous sert tout le grand guignol américanesque des films du genre. Et là j’ai décroché. En plus, pas un seul allemand n’est capable de contourner un char pour tirer un gars dehors avec sa mitraillette à tourelle, il faut attendre un sniper (pis les panzerfaust devaient être équipés avec des munitions en bois certainement, et t’es pas obligé de te positionner comme un gland à 2m du char pour que ce soit efficace non plus).

C’est comme la scène avec le char Tigre. Tournée un peu comme dans un western, on assiste à un bel affrontement entre 5 chars. Seulement, à la fin, c’est comme si l’allemand avait oublié de réfléchir. On aurait pu avoir une belle séquence tactique avec les chars américains essayant de contourner l’allemand pour profiter de sa faiblesse par l’arrière (avec potentiellement un sacrifice pour arriver à le dégommer, on n’est plus à ça près), eh ben non, il faut attendre le duel pour que l’allemand laisse approcher l’américain et se fasse dégommer “connement”. Malgré tout comme tu dis, cette scène avec ce char allemand totalement déshumanisé un peu comme le camion de Duel (je crois qu’on entend vaguement des cris allemands à un moment pour charger les canons mais c’est tout), est quand même pas trop mal (si on excepte sa fin).

Jim, avec l’âge tu deviens décidément trop bon public!

“Tout comprendre, c’est tout pardonner”.

Jason Clarke

[quote=“barney stinson”]

Jason Clarke[/quote]

Ah putain, j’ai vérifié, pourtant. Je les confonds toujours…

Jim

j’ai du vérifier aussi parce que quand j’ai lu tout à l’heure je me suis dit “mais non il confond l’autre c’est Chris pas Jason”

Le film est vendu comme un “last stand”, de la bande-annonce à sa propre dramaturgie interne. Et Ayer donne un “last stand”. Avec les exagérations d’usage, les prétextes à peine voilés (les fumigènes qui ne cachent rien…). C’est David Ayer, un auteur bourrin qui sort du lot, mais un auteur bourrin quand même. C’est pas Sam Peckinpah (sublimation de l’esthétique de la violence), c’est pas James Gray (détournement des codes). Ses scénarios et ses films sentent la testostérone et la sueur. David Ayer qui fait un film de guerre, ça ne peut donner que ça.
Ce que je veux dire, c’est que je m’attendais à ça. Je dirais même que c’est un peu pour ça que aussi que je suis allé le voir. Ne pas l’avoir ne m’aurait sans doute pas déçu, mais m’aurait assurément surpris.

Je ne crois pas. Je veux dire, ce n’est pas l’âge. Si je suis bon public, je l’ai toujours été.
Le truc, c’est que j’essaie de savoir pourquoi j’aime des choses (ou pourquoi je n’aime pas). Étant moi-même scénariste, j’essaie de comprendre les choix que font les auteurs, de saisir les circonstances ou les ambitions qui les ont amenés à ça.
Qui plus est, j’essaie de parler davantage des choses que j’aime que des choses que je déteste, davantage des bonnes surprises que des mauvaises surprises. Ce qui peut, au final, donner l’impression que je suis bon public. De fait, les choses que je n’aime pas ou qui me déçoivent, je n’en parle pas souvent, ou moins souvent.
Parce que c’est toujours plus agréable de partager quelque chose qui fait du bien.

Jim

Ca oui, je suis d’accord.

Je sais pas, moi je trouve qu’il y a un truc qui coince là-dedans.

Je ne regarde pas les bandes annonce (ou alors quand j’y suis obligé quand je vais au cinoche, celles qui passent avant le film, mais donc le moins possible), donc je ne sais pas trop ce que je vais voir d’une manière générale. Et le synopsis est assez vague sur le sujet. Je ne connais pas les auteurs (à part peut-être des noms comme Tarantino), donc je ne préjuge rien par rapport à ce qu’ils peuvent fournir ou ne pas fournir. J’attends juste qu’ils m’embarquent dans leur histoire.

Ce n’est pas l’impression que j’en retire, personnellement. Par contre, tu regardes beaucoup de choses, ça m’impressionne.