FURY MAX #5-6 (Garth Ennis / Goran Parlov)

[quote]FURY MAX #5
STORY BY Garth Ennis
ART BY Goran Parlov
COLORS BY Lee Loughridge
COVER BY Dave Johnson
PUBLISHER Marvel Comics
COVER PRICE: $3.99
RELEASE DATE Wed, August 1st, 2012
• The Bay of Pigs Invasion has begun!
• Fury and Hatherly are deep in Cuba on Castro’s trail, tasked with assassination.
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source : www.comicbookresources.com

[quote]FURY MAX #6
Garth Ennis (w) • Goran Parlov (a)
Cover by DAVE JOHNSON
• Fury and his Castro-assassination team are captured in Cuba.
• Find out just how far Nick Fury will go for his country
32 PGS./Explicit Content …$3.99
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source : www.newsarama.com

Je suis en train de lire la série Fury Max, compilée en deux TPB sous le titre “My War Gone By”.

Fury-My-War-Gone-By-2TPB

Pour rappel, la collection “Max”, c’est un peu ce que Marvel propose comme collection afin de livrer des récits “adultes” et de faire concurrence à Vertigo de chez Smith en face, mais avec des personnages maison. C’est donc en général pas tellement à mettre entre toutes les mains, et là, avec Garth Ennis, on est gâtés.

Le scénariste explore son genre préféré, la guerre. Dans une tonalité sérieuse (il y a de l’humour noir, on s’en doute, mais pas trop), qui n’est pas sans rappeler des trucs comme 3O3 ou Unknown Soldier : ça parle de réal politique, de soldats qui ne savent pas faire autre chose, de pouvoirs politiques qui les lâchent en route après s’en être abusivement servi…

Fury-Max-1

Le principe est simple : un Nick Fury vieillissant enregistre ses mémoires en peignoir dans une chambre d’hôtel, sifflant bouteille sur bouteille pour oublier les merdes qu’il a vues durant sa carrière. Les merdes en question, on les voit à l’occasion de récits en trois parties, qui sont autant d’occasion d’évoquer la politique américaine extérieure (et désastreuse). Le héros de guerre allié de Cap est donc le témoin des âneries américaines.
J’ai déjà lu le récit consacré à l’Indochine (1954) puis à la Baie des Cochons (1961). Là, je viens d’entamer le récit sur le Viet-Nam (1970) et c’est pareil : excellent, dur, cynique, et au final assez triste.
Ce n’est pas sans évoquer ce qu’Ennis livre dans Battlefield, chez Dynamite : des récits en trois parties qui sont aussi durs qu’humains.

Ce qui est intéressant, c’est que Fury n’est pas le seul personnage commun au récit. Un agent de renseignement et baroudeur de terrain, un politicien et enfin la secrétaire de ce dernier l’accompagne dans cette évocation de plusieurs décennies de guerre. Le récit devient une sorte de vaste constat de toutes les compromissions d’une vie, des compromissions politiques, sociales, sexuelles, affectives… Et qui en général n’aboutissent à rien d’autre qu’à de fortes déceptions et le désespoir lié à l’idée qu’on a emprunté des impasses. Cette dimension est très forte.

Fury-VieilEnnemi

Autre point épatant : Ennis fait de Fury un acteur, mais aussi une sorte d’observateur, un vieux soldat qui sait qu’il ne peut rien faire d’autre, et qui en finit par comprendre la mascarade à laquelle il participe (le Comedian de Moore, quoi, mais en mode un peu Corto Maltese…). Il a une sorte de recule qui fait d’autant plus froid dans le dos.
Selon moi, l’une des meilleures séries d’Ennis, toutes créations confondues. Ça a le côté percutant de ses récits de guerre tout en ayant cette dimension de réinvention des grands héros de papier.

Fury-mywar_02

En plus, il s’offre le luxe de naviguer dans le petit Ennisverse qu’il s’est fabriqué chez Marvel, en faisant croiser le chemin de Frank Castle ou encore de Barracuda.
Rajoutons à cela le fait que c’est dessiné par Goran Parlov, l’un des meilleurs illustrateurs du moment, qui livre un boulot fortement inspiré de Jordi Bernet et Alex Toth (ce qui fait que les planches en noir & blanc renforcent l’aspect cortomaltesien de l’ensemble), et qui s’y entend très bien à dessiner les fusillades, les jolies nanas, mais aussi les expressions de douleur décontenancée qui font le sel des cases de silence.
En tout cas, une excellente surprise (j’ai pris un peu par hasard parce que c’était dans un bac à soldes et que j’aime bien les récits de guerre d’Ennis) que je conseille à tous de redécouvrir si vous aimez bien le boulot du scénariste.

Jim

J’ai ça dans mes cartons …