GANGS OF LONDON (Saison 1)

Quand le chef d’une organisation criminelle est assassiné, la fragile paix entre les différents gangs londoniens se trouve menacée…

CREATEURS

Gareth Evans (The Raid) et Matt Flannery

DISTRIBUTION

Joe Cole, Michelle Farley, Colm Meaney…

INFOS

Série britannique/américaine
Genre : drame/action
Diffusion : prochainement sur Sky Atlantic (UK) et Cinemax (US)
Format : 10 x 52 mn

Gareth Evans a réalisé la moitié de la saison. Les 5 autres épisodes sont répartis entre Corin Hardy (Le Sanctuaire, La Nonne) et Xavier Gens (Hitman, Cold Skin…).

J’ai cru comprendre que c’était une tuerie, ce truc…
A tenter, à l’occasion.

Série renouvelée pour une seconde saison.

Mérité.

Plus que mérité.
J’en suis à mi-chemin (un peu plus : j’ai vu les 5 premiers épisodes sur 9) et je suis soufflé. Particulièrement par le 5ème épisode, en fait.

Je m’étais dit à la vision des deux volets de « The Raid » que ce réalisateur incroyable qu’est Gareth Evans méritait un peu mieux que les scripts un brin limités, pour dire le moins, de ces péloches d’action. Si « Le Bon Apôtre » était une très intéressante tentative d’Evans de clairement sortir de sa zone de confort (et de flirter avec la folk-horror, étonnant), le film était finalement trop bancal pour emporter totalement l’adhésion (même si j’en garde un bon souvenir).

En fait, Gareth Evans rattrape le coup avec « Gangs Of London » de l’acte manqué qu’a représenté « The Raid 2 » : on sentait que le réalisateur souhaitait infuser de l’ampleur à son film d’action en greffant au scénario des éléments qui lui conférait un petit parfum de « grande saga criminelle », genre « Le Parrain » des films d’action indonésien. Raté, car si « The Raid 2 » est un sacré film d’action (qui tient à peu près de l’inouï, même), le pan « saga criminelle » de l’entreprise était quand même sacrément con con. Résultat, un film impressionnant mais déséquilibré, beaucoup trop long pour son propre bien, Evans perdant en quelque sorte sur les deux tableaux (efficacité et « profondeur » du script).

« Gangs Of London » vient gommer ces imperfections.
Déjà, le show ne cherche pas à être un « non stop action movie » de 10 heures ; c’est avant tout une saga criminelle assez ample, quoique peu originale au fond (on pense au « Parrain », encore, que Coppola résumait comme l’histoire d’un roi et de ses fils ; ce résumé restitue pas mal le feeling de la série, le romantisme en moins). Simplement, quand les scènes d’action déboulent, contrairement au film de maffieux lambda, elles sont tout simplement à se dévisser la tête.
Ainsi, chaque épisode réserve son moment de bravoure (au moins un gros), plus ou moins spectaculaire, mais toujours scotchant, des bastons du premier épisode aux gunfights qui surviennent après, voire aux scènes flirtant allègrement avec le film d’horreur le plus hardcore (comme « The Raid » par moments, d’ailleurs).
Impressionnant, et rarement vu à la télé.

Bien sûr, la série accuse quelques petits maladresses d’écriture, comme quelques clichés de caractérisation notamment, ainsi que le fait de privilégier une certaine efficacité / lisibilité narrative à un enchevêtrement plus subtil des sub-plots (sans parler de quelques ruses « how convenient », mais rien de vraiment gênant), mais Gareth Evans et ses acolytes (ne les oublions pas) ont enfin un script digne d’intérêt à illustrer, et ça fait du bien de voir tant de maëstria visuelle enfin mêlée à une histoire qui a de la substance, et tient sacrément en haleine pour tout dire (en gros, le fil rouge est une sorte de whodunit, un dispositif narratif qui n’a plus à faire ses preuves quand les enjeux sont là).

Et puis vient l’épisode 5.
Mis en boîte par Evans lui-même (et ça se sent), il s’agit d’une sorte de flash-back (un choix intéressant, conférant une aura de tragique supplémentaire aux événements dépeints, puisqu’on sait comme ça se termine à l’avance), qui rompt avec l’ambiance urbaine du show et s’attache à des personnages secondaires uniquement. Divisé en deux parties, il plante tranquillement un climat de tension dans sa première moitié avec quelques séquences au suspense savamment usiné, et se termine par un gunfight de pratiquement une demi-heure, qui tient tout simplement du jamais-vu dans ce contexte. Evans tient la dragée haute aux grands maîtres de Hong-Kong en la matière (avec une certaine « élégance » en moins, peut-être, mais l’intensité emporte le morceau). Proprement ahurissant, et même poignant au possible dans ses dernières minutes, petit exploit supplémentaire.

Hâte de voir comment ils emballent la dernière ligne droite du show, mais à ce stade la performance est tout bonnement stupéfiante.

Oui, cet épisode 5 tabasse sec.

Et au final, je serais nettement moins élogieux sur la deuxième moitié de la saison que sur la première ; je précise néanmoins tout de suite que cette saison 1 me semble toujours aussi recommandable, et n’est pas loin de tenir de l’inédit dans le cadre de la production télévisuelle (j’ai beau chercher, je ne trouve pas vraiment d’exemples approchants).

Les épisodes 6 et 7 sont à mettre en cause principalement dans cette baisse qualitative, constituant un petit ventre mou narratif. Surtout, ces deux épisodes sont révélateurs de choix qui persisteront jusqu’à la fin de la saison, et qui sont à mon avis un peu malheureux. En premier lieu, les séquences d’action dantesques et électrisantes se voient remplacées par des séquences nettement moins virtuoses où l’horreur presque torture-porn (exemplairement : la longue série de scènes de torture, justement, de l’épisode 6) prend le dessus. C’est parfois tout aussi intense, comme cette scène de bagarre entre Luan et les Nigériens, sacrément éprouvante (et presque aussi gore qu’un film du Lucio Fulci de la grande époque, carrément) mais ça me parle nettement moins pour être franc.
D’autre part, les choix d’écriture sont assez étonnants : la façon dont les auteurs bazardent certaines pistes ou les expédient vite fait (pourquoi se contenter d’un court flash-back pour évoque le piège du deuxième flic undercover, très bonne idée au demeurant ? ça sent presque le remontage, en fait ; bon, ça arrive) est assez désarçonnante…

Alors attention, on est loin de n’avoir droit qu’à des mauvaises choses dans cette dernière ligne droite, hein. On s’accroche quand même sacrément à son siège en de multiples occasions, voire on continue à écarquiller les yeux de stupeur par moments, comme le final du huitième épisode, sidérant, qui fait penser au « Fight Club » de David Fincher ; cette scène est d’ailleurs l’indicateur que les auteurs passent à autre chose en termes d’enjeux, d’échelles et d’ambiance à ce moment-là.

Et puis le dernier épisode, foutraque mais très excitant dans sa structure (un flash-back qui nous montre d’emblée à moitié comment les choses ont pu se dérouler), le fait quand même bien, malgré cette sensation que ça part dans tous les sens, et que c’est parfois un peu trop alambiqué pour son propre bien. On dirait presque que le dernier épisode s’est fait au moment où la production savait qu’il y aurait une saison 2 (j’en sais rien du tout, en fait), et semble « élargir le scope » en conséquence… mais de manière très brutale et parfois même maladroite. L’épisode reste un grand moment de paranoïa conspirationniste, mêlée d’un parfum très « bis » (cet interrogateur diabolique et son gorille improbablement balèze) assez réjouissant, et d’un authentique sentiment d’apocalypse imminente.

Tout ceci étant posé, je serai de la saison 2, c’est certain. Espérons que l’écriture se fasse un chouïa plus maîtrisée, et que Gareth Evans mette plus directement les mains dans le cambouis niveau réalisation (au final, il ne signe que deux épisodes intégralement ici, mais serait derrière toutes les séquences d’action de la saison, à ce que j’ai pu lire), histoire de tutoyer les sommets atteints ici sur le formidable cinquième épisode, qui tient vraiment du jamais-vu quant à lui.

Oui, tout n’est pas parfait et la deuxième partie de saison m’a fait la même impression.
Ça perd en justesse. Mais globalement, quel pied.

Oui, très clairement.