GODKILLER (Delépine / Stan & Vince)


(Team Sanctuary) #1

Discutez de Godkiller


(Jim Lainé) #2

Troisième volet de l’informelle trilogie futuriste écrite par Benoît Delépine et illustrée par Stan & Vince, Godkiller poursuit le travail de satire sociale derrière l’exploration d’un futur ultra-libéral inquiétant. Cette fois-ci, les auteurs s’attaquent à la religion.

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L’histoire se passe en 2044. Depuis que l’inexistence de Jésus a été démontrée, l’église catholique, ridiculisée, a cédé la place, presque vingt ans plus tôt, à un marché concurrentiel où les grandes religions constituées doivent faire face à la pression de petites sectes qui leur arrachent des fidèles, donc des parts de marché. Un milliardaire mourant demande au “Curé” d’enquêter sur la disparition de son fils, visiblement endoctriné par un de ces mouvements religieux. Le Curé doit donc identifier lequel et retrouver l’héritier. Il dispose d’un crédit illimité, mais, grand amateur d’art, il n’a pas le droit de le dépenser en toiles de maîtres. Par dépit, il se tourne vers des hallucinogènes qui le plonge dans les univers graphiques qu’il affectionne. Parallèlement, les grands “messies” des différentes religions concurrentes se font dégommer les uns après les autres, et tous les indices concordent, démontrant que le Curé est l’assassin. Bon, bien entendu, ce n’est pas aussi simple.

Le récit arbore donc les apparences de l’enquête policière, de la traque, de la course-poursuite, de la collecte d’indices. Exploration de milieux interlopes, convocation des indicateurs et des amis louches, morts suspectes, et ainsi de suite. Cela permet aux auteurs de faire le portrait de la religion (au sens large), en tant qu’entité politique, ce qui est une approche désormais assez classique, mais également en tant qu’entreprise impitoyable complètement adaptée à l’univers ultra-libéral mis en scène. Promotion, communication, vente, tout y est. De l’église comme machine à vendre.

L’astuce supplémentaire de cet album, c’est les innombrables renvois à l’image, à la peinture, qu’il s’agisse du Cri de Munch, du Baiser de Klimt, de l’œuvre de Frazetta ou de la Tour de Babel version Brueghel. Et je suis sûr que j’en oublie. Plus que des incrustations, les deux dessinateurs réinterprètent ces œuvres, non seulement afin de les intégrer au récit, mais également en vue d’appuyer l’idée de la vision du drogué, qui plonge et se noie dans l’image. Il est également intéressant de constater que l’art, dans ce futur effrayant, est inaccessible parce que trop cher, sujet d’une confiscation par des parvenus qui ne savent pas en profiter, et que son évocation dans un contexte religieux prend une dimension iconoclaste, bien entendu, renvoyant à des débats sans fin sur la représentation, sa nécessité, ses interdits. C’est l’album idéal pour cela, le thème du sacré et celui de l’image créant un ping-pong assez riche.

Conclusion de l’album, mais aussi de la trilogie, la fin du récit marque la victoire des méchants, et le triomphe de l’endoctrinement. Un endoctrinement de nature aussi religieuse qu’économique, le dogmatisme et le fanatisme prenant de multiples formes.

Jim


(Jim Lainé) #3

Godkiller a été réédité dans l’intégrale Now Future, qui contient également une préface de Norman Spinrad et un cahier “coulisses” plein de recherches et de commentaires de Delépine.

Jim


(Jim Lainé) #4

Le premier tome, L’Imploseur :

Le deuxième tome, La Bombe :

Jim