HISTOIRE DU MANGA (Karyn Poupée)

[quote]Histoire du manga
Auteur : Karyn Poupée
ISBN : 978-2-84734-668-8
Date de parution : 10-06-2010
Nombre de pages : 400 pages
Prix : 23€

Apparu à la fin du XIXe siècle, en s’inspirant des caricatures à la mode occidentale, le manga, forme d’expression artistique en perpétuel renouvellement, est aujourd’hui un genre majeur, protéiforme et dynamique.

En se démarquant du reste de la production graphique mondiale, le manga est devenu une véritable industrie qui vend des magazines et séries par dizaines de millions d’exemplaires et représente, au Japon, un marché de plus de 3 milliards d’euros. Puits de scénarios pour la télévision et le cinéma, vivier de mascottes lucratives, il est l’un des plus efficaces ambassadeurs de la culture nippone en France.

Créé dans une société singulière et énigmatique, cet univers narratif réfléchit l’évolution du pays dans lequel il s’est développé : moyen de consolation durant la récession d’avant-guerre, le manga se fit le héraut de la contestation dans les années soixante et un médiateur du féminisme dix ans plus tard. D’Astro Boy à Akira, le manga transforme les robots en gentils humains ou les hommes en terribles machines, rêve le meilleur d’une nation ambitieuse et solidaire, ou anticipe le pire d’une société décadente et belliqueuse.

Mais au-delà, et c’est ce que montre Karyn Poupée à travers cet essai subtil où se conjuguent l’histoire, l’art et la sociologie du Japon, la portée du manga est universelle. Se faisant laboratoire de l’existence, il renvoie à chacun d’entre nous une image de lui-même et de l’humanité à laquelle il appartient.[/quote]

#INTERVIEW DE KARYN POUPÉE PARTIE I

#INTERVIEW DE KARYN POUPÉE PARTIE II

Lien :
Le site de l’éditeur : www.tallandier.com

Puisqu’on parle de *manga *en ce moment, j’ai celui-ci en attente de lecture :

[quote=“Benoît”]Je recommande aussi la lecture de l’essai Histoire du manga de Karyn Poupée, dans lequel l’auteure retrace avec précision et moult recherches visiblement l’histoire du manga donc, des prémices graphiques de la fin du XIXième siècle jusqu’au marché saturé et en perte de vitesse de la première décennie des années 2000. Karyn Poupée y développe une contextualisation poussée et livre des clés passionnantes pour saisir d’où viennent les origines du manga, quelles sont les multiples influences artistiques et sociétales, etc… J’ai trouvé le bouquin épatant, parce qu’il m’a donné des réponses à plein de questions que je me posais, et même au-delà puisque j’ai appris énormément de choses, notamment sur Kitazawa et Okamoto et leurs suiveurs, ainsi que leurs apports colossaux et déterminants qui marquèrent durablement Osamu Tezuka.

Ce qui est dommage, c’est que le livre ne comporte aucune iconographie, c’est ce qui m’a amené à faire quelques recherches.[/quote]

[quote]Broché: 400 pages
Editeur : Editions Tallandier (10 juin 2010)
Collection : Histoire du manga
Langue : Français
ISBN-10: 2847346686
ISBN-13: 978-2847346688
Dimensions du produit: 21,5 x 2 x 14,6 cm[/quote]

[quote]Présentation de l’éditeur
Inconnu il y a cinquante ans en Occident, le mot manga est depuis passé dans toutes les langues du monde. Le boom planétaire de cette forme narrative imagée, dont s’enorgueillit le Japon, s’inscrit dans un mouvement plus large de fascination / méfiance à l’égard de ce pays et de ses habitants. Par intérêt artistique ou par opportunisme mercantile, les Occidentaux s’inspirent aujourd’hui de la « pop culture » japonaise tirée par ses mangas pour renouveler l’univers de la BD franco-belge ou celui des comics américains.
Peu importe que les origines de la composition graphique du manga se trouvent moins dans la tradition picturale ancestrale nippone que dans la caricature, les images de presse, et la bande-dessinée importées d’Occident, le manga actuel est bel et bien une création nippone. C’est que cette forme d’expression a pris au fil des décennies, sous la plume des dessinateurs japonais, amateurs ou professionnels, une tournure nouvelle, à nulle autre pareille. Les traits caractéristiques du manga contemporain sont nés au japon et ce genre protéiforme s’est démarqué du reste de la production graphique mondiale du simple fait qu’il n’est autre que le reflet de la société nippone, énigmatique, unique, et son histoire un miroir de celle, tourmentée, du pays dans lequel il a mûri. L’inverse n’est pas moins vrai : de par son importance dans la foisonnante production littéraire japonaise, le manga s’est révélé être l’un des éléments les plus influents des modes de vie et de pensée des Japonais. Bien qu’une infime partie des mangas nippons trouve un débouché à l’étranger, cet art populaire déflore les multiples facettes d’une population et d’un mode d’organisation sociale singuliers.
Dès lors, explorer l’histoire des mangas, c’est aussi retracer celle de la société nippone depuis que cette forme de récit y a vu le jour, au début du XXe siècle jusqu’à nos jours.

Biographie de l’auteur
Journaliste, correspondante permanente au Japon pour l’Agence France-Presse (AFP), Le Point et le groupe de réflexion sociologique Chronos, Karyn POUPÉE vit sur l’archipel depuis 2002, après avoir effectué la navette entre Paris et Tokyo pendant cinq ans.[/quote]

[quote]
INTRODUCTION

« Le Japon ? Les manga(1) ? La première fois ? C’était au début des années 1980, je crois. Et, pour tout dire, je ne savais pas ce qu’étaient lesdits manga. J’ignorais même, et je n’étais pas le seul, qu’il existait au pays du Soleil-Levant une forme de bande dessinée. » On entend déjà l’interjection sardonique à haute voix de jeunes lecteurs. « Comment, le manga, connaissait pas ? ». Pourtant, celui qui nous livrait cette confidence le 5 mai 2009, attablé dans un café de Kyoto, n’était en 1982 ni inculte, ni un néophyte de l’univers de la narration figurative : il s’agit de Jean Giraud, alias Moebius, vingt ans de métier à l’époque. Respect. Eh oui, il y a ne serait-ce qu’un quart de siècle, le manga ne bénéficiait pas en France, pas plus qu’en Europe, de la reconnaissance et encore moins de l’engouement dont il est l’objet en ces années 2000, ni de la part des professionnels de l’édition, ni a fortiori du grand public. La seule trace que ce dernier en percevait à l’époque l’était à travers les « dessins animés japonais », une expression alors un rien péjorative, qui brocardait des séries comme Goldorak. Beaucoup méconnaissaient le fait qu’il s’agissait en l’occurrence d’une adaptation de manga, et des plus cotés en son pays, s’il vous plaît, troisième volet de la série Majinga (Mazinger), de Go Nagai. Manga : ce mot ne figurait pas encore dans les dictionnaires francophones. Surprenant certes, mais véridique. « Les Français s’étaient retrouvés devant leur télé comme une poule devant un couteau, ne sachant comment appréhender ces programmes déroutants. Il y avait une incompréhension des adultes, parents et enseignants, face à un enthousiasme déconcertant des enfants », témoigne Moebius.
Ayant alors côtoyé celui qu’il appelle « Monsieur Tezuka » vingt-sept ans plus tôt, cet auteur de bandes dessinées se souvient, mi-penaud, mi-amusé, que ce petit homme rigolo, « béret vissé sur la tête et grosses lunettes », était un quidam dans les allées du festival de la BD d’Angoulême, où les deux s’étaient, par hasard, rencontrés. Visite incognito inimaginable pour la génération des 10-30 ans d’aujourd’hui, qui se passionne désormais pour cet art nippon, dont ledit « Monsieur Tezuka », Osamu de son prénom, est considéré comme le feu père.
1982 : entre l’Occident et le Japon, le climat économique était pluvieux et, dans la production nippone, le manga de Tezuka un des plus vieux. Depuis quelque trois décennies et demie déjà, il ravissait les Japonais, « Monsieur Tezuka ». Et Moebius de poursuivre, au risque d’indigner plus encore : « M. Tezuka m’avait invité au Japon, et là, j’ai découvert un monde inconnu, comme Christophe Colomb l’Amérique. Je n’étais cependant pas très emballé par ses dessins, car nous avions déjà en France une BD que je pensais plus élaborée, ancrée dans une démarche plus artistique. Je considérais son style très enfantin. » Alors quoi, les œuvres du « dieu des mangaka », Tezuka, n’avaient donc rien d’excitant, de stupéfiant pour cet artiste ? Si, pourtant : la quantité. « J’ai été impressionné par sa production inexhaustible. » On le serait à moins. « Et puis, il m’a projeté ses dessins animés, avec un appareil 16 millimètres, c’était troublant », avoue Moebius. Et l’homme n’avait encore rien vu. Son regard sur le manga changea lorsqu’il franchit les portes d’une librairie nippone spécialisée : « Ce fut un choc extraordinaire. » À ce moment, Moebius a compris, avant nombre d’autres, que l’Occident ne pourrait et ne devait plus longtemps encore rester indifférent à cet irrationnel phénomène japonais. N’importe quel Français, féru ou non de manga, habitué ou non des travées des librairies hexagonales de BD, qui, aujourd’hui encore, pénètre pour la première ou la énième fois dans une boutique de manga de Tokyo, reçoit le même coup que Moebius. In-com-men-su-rable production. Les rayonnages n’ont pas rétréci depuis, c’est même tout le contraire : la surface consacrée aux manga est proprement sidérante, étourdissante, frustrante pour le passionné qui jamais ne pourra tout lire, rattraper un retard de plusieurs décennies, suivre le rythme des sorties. Alors il faut choisir. « J’ai été secoué par quelque chose que j’ai du mal à assimiler et à nommer, qui est la finesse de ciblage du public, entretenu, nourri, respecté comme ayant une biodiversité. » Au Japon, on furète attentivement pour débusquer les niches d’attentes potentielles dans le public, celles qui n’ont pas encore été extraites de la masse. Puis on les analyse et les sert spécialement. Le lectorat est composé de groupes catégoriels de plus en plus nombreux et cernés. Cette appartenance est revendiquée par les intéressés, perçue, comprise, visée, satisfaite. « Cela ne peut exister que dans la mesure où le public a conscience de ce qu’il est, de son rôle précurseur », suppute Moebius. « Intéressant en outre est le fait que ces ensembles ne se forment pas autour de transgressions sociales à la limite de la délinquance comme en Europe où, pour se distinguer, soit on se réfugie dans une tradition disparue, soit on se marginalise d’une façon revendicative et presque haineuse, ce qui finit par être désagréable », compare l’artiste. « Au terme de ce séjour inaugural, je suis revenu en Europe tout ébloui, avec une collection de magazines que j’ai montrés à tous mes copains », se vante-t-il. « J’ai dû, bon gré mal gré, reconnaître ensuite que, d’une façon innocente, les chaînes de télévision françaises avaient été innovantes. Puis j’ai beaucoup disséqué ces manga, le travail en finesse des dessinateurs japonais, la précision inédite des choses, un regard fasciné sur le quotidien, un souci du détail portant sur les objets les plus banals. En Europe, tout en n’étant point puérile ni simpliste, la représentation des éléments était très stylisée, le minimum nécessaire à la compréhension. Un verre n’était qu’une ellipse vaguement dans le plan avec un reflet, les vitres une surface avec un trait à l’oblique. Brutalement, j’ai découvert avec le manga des dessinateurs qui, eux, ne se contentaient pas de cela, se lançaient dans des tentatives extrêmes de reproduire la réalité dans sa crudité absolue, dans sa rigueur, dans son étendue. La cassure d’une paille dans un verre d’eau est observée attentivement et profilée ainsi. Cela traduit une capacité d’émerveillement qui induit un perfectionnisme inouï. Il ne s’agit toutefois pas d’une méticulosité maniérée ni stérile mais d’un mode de perception, d’expression et de transmission du réel qui nous est étranger. Je me suis heurté à un écueil, me rendant compte que ma culture graphique, artistique n’avait pas été suffisamment nourrie dans cette perspective-là et j’ai dû renoncer à égaler ces maîtres, même si à force d’essayer il m’en est resté quelques séquelles utiles », sourit-il.
Le retour de Moebius au Japon en 2009 n’était pas un hasard. Lui et d’autres se pressent désormais ici pour tenter de décrypter pourquoi le manga se différencie de toute autre forme de reproduction et narration, pour découvrir des pépites à importer en Occident, voire, mais c’est plus rare, pour réclamer la réciproque, une place pour la BD au Japon. Existent, selon lui, désormais des zones d’interpénétration entre la bande dessinée et le manga, via les traductions mais pas seulement. « Il y a des choses qui bougent. Ce voyage est un des signes qui montrent ce mouvement », espère Moebius. « La BD est encore perçue en Europe comme un genre pour enfants ou anticonformistes », déplore-t-il, alors qu’au Japon, le manga est, depuis des lustres, transgénérationnel.
Par curiosité artistique ou par opportunisme mercantile, les Occidentaux s’inspirent aujourd’hui de la « pop culture » japonaise, justement tirée par ses manga, pour enrichir l’univers de la BD franco-belge ou celui des comics américains. Le vocable « manga » est ainsi désormais passé tel quel dans toutes les langues du monde, porté par la déferlante des œuvres dessinées et productions animées traduites à l’étranger. Paradoxalement, son emploi diminue au Japon, au profit du terme komikku (comic). Entre 1985 et 2010, le manga s’est imposé au-delà des frontières de l’archipel comme un art reconnu et incontournable. Trop ? « Dans un premier temps j’ai fait énormément de promotion du manga, je voulais absolument que cette forme d’expression soit découverte, consommée, assimilée, perçue, et puis, avec le temps, je me suis aperçu qu’il existait un déséquilibre, presque dangereux pour la production BD française », regrette Moebius. C’est que tout dans l’offre de manga ne se vaut pas, tant s’en faut.
L’entichement pour ces derniers, comme pour l’animation, la cuisine japonaise, les traditions nippones, les produits de haute technologie made in Japan, le stylisme, la littérature, le cinéma du pays du Soleil-Levant, s’accompagne d’une crainte face à un risque invasif, dont on ne sait, dans le cas du manga, s’il va se stabiliser à un niveau bénin ou s’enkyster jusqu’à en devenir funeste. Ce boom planétaire, dont s’enorgueillit le Japon, s’inscrit ainsi dans un mouvement plus large de fascination/méfiance à l’égard de ce pays et de ses habitants. Outre les œuvres majestueuses que l’on y déniche, le manga est en effet aussi une redoutable machine de guerre dans sa production commerciale basique, qui est hypnotique, addictive, un peu suspecte. « C’est le côté déplaisant » pour les dessinateurs français, concède Moebius, s’alarmant du fait que les jeunes lecteurs, les plus vulnérables, soient les premiers visés et touchés.
Mais comment en est-on arrivé là, à cette dichotomie entre, d’une part, une attraction irrépressible devant une maïeutique figurative aussi bouleversante et, d’autre part, une hantise instinctive face à une propagation métastatique incontrôlable ? Comment ne pas verser dans l’angélisme déraisonnable ou la peur démente ?
Pour comprendre, apprécier, saluer ce qui le mérite, lever les phobies, mettre en garde quand cela est légitime, il faut revenir en arrière. Regarder par quelles manipulations, dans quelles mains, pour quelles raisons, dans quelles circonstances, les caricatures et dessins de presse à la mode occidentale, entrés par la force au Japon à la fin du XIXe siècle, se sont transformés dans ce pays en manga, un genre totalement inédit dans son rendu comme dans son mode de production, protéiforme mais cohérent et qui, aujourd’hui, ironie de l’histoire, envahit l’Occident. Le manga est un univers unique, troublant et envoûtant, parce qu’il reflète une société elle-même singulière, insaisissable au premier abord et obsédante lorsqu’on s’y intéresse. L’inverse n’est pas moins vrai : de par son abondance et sa diversité, de l’exécrable au prodigieux, le manga s’est révélé être l’un des éléments les plus influents des modes de vie et de pensée des Japonais. Quant à l’histoire du manga, elle réfléchit celle, tourmentée, du pays dans lequel il s’est développé, de la culture picturale multiséculaire dont il se nourrit, expliquant par là même qu’il n’aurait pu mûrir et prospérer de la même façon ailleurs(2).
Notes

(1) Je n’ai volontairement pas ajouté de s pour le pluriel de manga : les manga (option discutable mais préférable par respect pour la langue japonaise !).
(2) Les propos de Moebius ont été recueillis lors d’un entretien exclusif inédit.[/quote]

Ça fait un moment que ce livre me fait de l’œil. Je sais que Karyn Poupée est plutôt érudite et connaît bien le sujet.

J’ai la démarche inverse : j’ajoute un s au pluriel, en considérant que ce mot est entré dans la langue française et a adopté le pluriel français (le pluriel japonais, c’est un poil plus compliqué, d’ailleurs)… Mais en y réfléchissant, c’est vrai que pour les mots d’origine étrangère, je préfère en général les pluriels d’origine (notamment irréguliers), pour les mots provenant, par exemple, de l’anglais (“sandwichs” m’écorche les yeux, par exemple).

Tori.

[quote=“Tori”]
J’ai la démarche inverse[/quote]

Et moi je ne sais pas et j’hésite à chaque fois.

Jim

Il me semble que le Robert et le Larousse ne sont d’ailleurs pas d’accord sur la question.
mais j’écris “des judokas”, “des sushis”, “des kimonos” et, donc, “des mangas”.

Tori.

J’ai fusionné les deux sujets, celui d’origine comportant un entretien avec l’auteure pour ceux qui seraient intéressés.

Je ne l’avais pas trouvé, merci.

Et merci pour l’itw. :wink:

#ENTRETIEN AVEC KARYN NISHIMURA-POUPÉE

Très intéressant, cet entretien. Enfin quelqu’un qui parle de manga en connaissant le sujet ! ~___^
J’ai pu rencontrer en coup de vent Karyn Nishimura-Poupée à Livre Paris (j’attendais pour une dédicace de son mari), et j’ai eu le temps de lui poser deux-trois questions, mais j’aurais aimé disposer de plus de temps : c’est une personne assez intéressante (son mari également, mais j’ai l’impression qu’il est beaucoup plus fermé, même pour un Japonais).

Tori.