IL Y A 30 ANS .... VERTIGOOOOOO

MONSIEUR PERSONNE - THE NOBODY

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Quand un homme recouvert intégralement de bandages, arrive dans une tranquille petite ville du nord de l’Amérique (du moins, c’est là que je la situe), les interrogations fusent parmi les habitants. Puis, petit à petit, il se fond dans le paysage local, sympathise même avec une étudiante, curieuse de ce qu’il peut être. Mais le passé va finir par le rattraper, tout comme les médisances et rumeurs issues des autochtones …

Si je vous dis Griffen, Tommy Marvel ou encore Kemp, vous pensez forcément à l’Homme Invisible de HG Wells. Surtout si je rajoute les bandelettes. Si Jeff Lemire laisse un peu le lecteur se demander si c’est la bonne référence, il n’attend pas le dernier moment pour l’assumer et le montrer. Sauf qu’ici, au lieu d’avoir un homme dangereux, ivre de son pouvoir et volontairement violent, nous avons ici un homme apeuré, malade à cause de son expérience, qui ressent la faute du mal qu’il a fait à ses amis (sa femme ?) et qui se méfie donc de ce qu’il l’entoure, et par conséquent, peu enclin à s’intégrer et communiquer. Déjà, évidemment, comme pour celui de Wells, c’est un fuyard, et puis surtout, c’est sa différence qui l’amène à se méfier.
Lemire parle évidemment de « l’étranger » qui arrive dans une petite bourgade, de celui qui « n’est pas né ici », de celui qui est différent (bon, là, Lemire a mis le paquet), de celui qui suscite des paranoïas de toute sorte dès qu’il se passe un événement inhabituel dans ces ruralités. Un sujet assez classique dans la BD indépendante, mais dans le cas dans l’adaptation, est ici assez intéressant.
Lemire ne fait parler ses personnages que lorsque c’est nécessaire. Il y a donc beaucoup de pages sans texte, mais qui ne nuisent pas du tout au récit. Au contraire, cela permet de nous mettre dans l’ambiance de cette campagne, notamment la nuit et sous la neige. J’ai lu cette histoire d’une traite hier soir, elle est très facile dans son approche. La bichromie avec le bleu aide aussi à donner cette aspect un peu froid, mais pour autant, on sent ses perso bien vivants et expressifs (d’ailleurs, la bandelette blague à ce sujet).
Lemire a dû réaliser cette BD en parallèle de son Essex Contry (ou juste après). Son trait est affirmé et efficace, plutôt joli d’ailleurs, pour un style bien indépendant.

J’ai bien aimé cette relecture à la sauce Lemire (on n’est pas surpris qu’il soit autrement plus gentil que l’original, ni même qu’il subisse les événements), même si l’histoire (hors invisibilité) est classique aujourd’hui. En tout cas, ça me parle. Et puis le dessin est plutôt sympa, donc ça gache rien.

PS : j’ai bien aimé les 3 fausses couvertures pour trois ambiances distinctes qui rappellent celles des années 50. Je pense qu’elles sont là plus pour l’amusement, car je pense que le récit a été publié directement en un seul volume.
En tout cas, le sous-titre de la première, traduit par Monsieur Nikolavitch (encore lui) m’a bien fait rire.