INFIDEL (Pornsak Pichetshote / Aaron Campbell)

infidel

Infidel

Lorsque Aisha, jeune musulmane, emménage dans un nouvel appartement, ses nuits sont perturbées par des cauchemars terrifiants. Elle découvre cependant que les démons qui peuplent ses rêves ne sont pas le produit de son imagination mais révèlent un mal plus grand, tapis derrière dans les murs de cet immeuble où un drame a eu lieu quelques mois plus tôt. À leur tour, les voisins d’Aisha se retrouvent victimes d’entités qui ne se nourrissent pas de la peur, mais de la xénophobie.

Âge : 15+

Collection : Urban Indies

Série : Infidel

INFOS

SCÉNARISTE : PORNSAK PICHETSHOTE - DESSINATEUR : AARON CAMPBELL
  • Date de sortie : 08 octobre 2021
  • Pagination : 184 pages
  • EAN : 9791026817529
  • Contenu vo : #1-5
  • Prix : 18 €

C’est sorti chez qui en VO ?

Image.

Merci.

Le dessinateur est Aaron Campbell, le dernier dessinateur de Hellblazer (la vraie série) chez Urban. Il est très bon.

Qu’est-ce que ce bouquin respire le Vertigo! De préface à la postface, il hume comme un parfum de bons comics sortis du four avec des « choses à dire ».

Après le Hellblazer de Si Spurrier et Aaron Campbell, toujours dans les bons coups, dis-donc, voilà la dernière pépite d’Urban. INFIDEL. Le mot est puissant et sans ambiguïté. Le thème peut s’avérer casse-gueule, la méthode glissante et le résultat aussi polémique qu’inutile.

Alors? Verdict?

La puissance du thème enflamme les débats actuels, depuis longtemps. A la manière d’un « Get Out », qui m’avait bluffé à l’époque, INFIDEL se positionne comme une histoire de tous les jours, dans un immeuble du quotidien new-yorkais (c’est dit dans la postface) où vivent des petites gens de tous les jours aussi.

L’héroïne présentée au début (en fait, ce n’est pas elle mais je ne vous spolierai pas la fin) est une charmante jeune femme, musulmane, qui vit avec son compagnon, la mère de celle-ci et la fille de celui-ci également. Elle essaie de s’épanouir dans cet appartement à côté d’une belle-mère maladroite (vraiment?) qui lui propose de lui apprendre sa célèbre recette à base de jambon. Sans se démonter, Aisha, c’est son prénom, ne souhaite pas donner plus d’importance à ces maladresses pourtant révélatrices des aprioris de sa belle-doche. Etudiante, elle se confie souvent à son amie Médina, mulsulmane également détachée de sa religion. Leurs échanges évoquent leurs vies et leurs ressentis sur des regards, des attitudes futiles à première vue mais révélatrices du mal de l’autre, ou plutôt de nombreux fantasmes. Nous en avons tous, ne les nions pas.

C’est sur cette « déculpabilisation » (le terme est bâtard mais il faut avancer) collective que l’équipe créative démarre cette histoire d’horreur où le monstre de l’immeuble (ben, oui, c’est un livre d’horreur sociale si vous me suivez) ne nourrit de la rancoeur, des faux-semblants et de ces satanés fantasmes dus à l’ignorance mais surtout au repris identitaire ou tout simplement sur soi.

Bref, Pornsak Pichetshote (un nom à coucher dehors, non? mince et si moi aussi, j’avais du mépris à revendre?!) met en scène un immeuble un peu délabré où vivent diverses personnes de divers horizons, de divers langages, mais sont contraints de partager leurs paliers. La vie quoi. Et ce monstre cadavérique, affreux, erre dans l’immeuble à la recherche de haine, gratuite si possible et nourrissante. La connerie appelle la connerie, un précepte qui a dû mal à disparaître malheureusement…

Sans aller dans le suspense démesuré, le récit est très réussi à plusieurs titres.
Tout d’abord, c’est la retranscription du quotidien urbain (comme à la campagne, d’ailleurs) d’une copropriété abritant de la diversité. Ca se frotte, ça se craint. L’auteur aurait pu aussi parler de solidarité car notre monde n’est pas si gangréné. Mais soit, cinq épisodes bien remplis peuvent avoir ce petit oubli. Le quotidien est très bien rendu.
Puis, c’est le choix de parler du racisme par le biais de l’horreur. Impossible de ne pas évoquer « Get out » une nouvelle fois. Sans être dans l’ambiance du huit-clos du film, la bédé réussit pleinement à ne pas planter un message bienveillant et bourré de fausses vérités ou même de maladresses sur un sujet si sensible et brûlant (Eric, si tu nous lis) mais elle réussit le pari de montrer que, sans échange, sans respect, sans indulgence, sans écoute, le monstre prendra encore plus de place dans cet immeuble qui est, vous l’aurez compris, notre société si variée.
Enfin, comme tout style horrifique, il faut que cela marche, que cela prenne. Si l’histoire est solide, les personnages très bien caractérisés, le dessin d’Aaron Campbell est la cerise sur le gâteau, mieux la sauce qui allie toutes les qualités recensées ci-dessus. Puissant, varié, oppressant lorsque cela est nécessaire, dégueulasse quand il le faut, la partie graphique est d’un haut niveau et à la hauteur d’un tel projet. Alors après avoir lu ou avant de lire son Hellblazer, prenez et mangez en tous, car ceci est notre sang. Amen.

Une oeuvre prenante, une intrigue fort bien menée, des couleurs funky et sombres, un dessin de dingue. Une grosse, grosse sortie.

2 « J'aime »