Joe Hill, le Prince du surnaturel

Le Prince du surnaturel qui va hanter vos journées et vos nuits à un nom : **JOE HILL ! **

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Joe Hill, de son véritable nom Joseph Hillstrom King, est le fils de Tabitha et Stephen King. Difficile de parler du travail du fils sans évoquer celui du père mais nous y reviendrons. Ce qui est indéniable, c’est que Joe Hill a une patte qui lui est propre. Sa capacité à développer des univers à la fois simples et complexes fait de lui une véritable révélation en matière d’épouvante, de thriller et de fantastique. Trois genres qu’il maîtrise et avec lesquels il s’amuse à surprendre son lecteur et nourrit son art dans trois œuvres : un recueil de nouvelles, un roman, et un comic book. Petit détail amusant : dans le film Creepshow, réalisé par George Romero en 1982 et scénarisé par Stephen King, c’est Joe qui fait une apparition dans le rôle de Billy, que l’on voit dans le prologue et l’épilogue du film. Très intéressant parce que finalement, ce petit garçon peut être considéré comme l’astre principal de la galaxie Joe Hill.

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[size=150]Fantômes, Histoires Troubles[/size]
(20th Century Ghosts) a été publié aux Etats-Unis en 2005 et traduit en France par Valérie Rosier pour les éditions Jean-Claude Lattès en février 2010.

Vous connaissez le point commun entre un enfant et un romancier ? Lorsqu’ils racontent une histoire, rien n’est impossible. Et c’est sur ce principe que Joe Hill pose les bases de son univers. Il prend des pincées de merveilleux, il les mélange à de bonnes grosses doses de peurs enfantines et il nous conte ses fables noires, alternant avec le thriller, l’épouvante, le mystère et le fantastique.

Comme son père, il va parfois utiliser des faits du quotidien pour nous faire traverser le miroir et nous montrer cette dimension si particulière, où un gamin peut voler grâce à une cape, où un téléphone qui n’est pas branché peut sonner et où un fantôme peut venir hanter un cinéma. Il va également évoquer le processus de la création littéraire en évoquant l’histoire d’un nouvelliste dont les textes sont d’un réalisme saisissant …

Il boucle également d’une bien jolie manière son histoire avec George Romero. Dans la nouvelle Bobby Conroy revient d’entre les morts, il met en scène un personnage qui est figurant dans le film Dawn Of The Dead (Zombie en France), jouant les zombies maquillés par Tom Savini. Romero et Savini que Joe Hill avait déjà rencontré 23 ans auparavant sur le tournage de Creepshow.

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L’ensemble des seize nouvelles (quinze plus une en guise de remerciement) permet de se rendre compte des différentes facettes du talent de l’auteur. Son œuvre est définitivement dans la continuité des maîtres en la matière : il s’amuse avec des fins ouvertes à la manière de son père et de John Carpenter, laissant aux lecteurs le soin d’imaginer la conclusion. Il place son lecteur dans un quotidien bousculé par un événement extraordinaire comme on pouvait en savourer dans les épisodes de la Twilight Zone signés Richard Matheson ou Rod Sterling. Il se plait à rendre crédible l’exagéré qui devient la norme comme le nez au milieu de la figure avec la nouvelle Pop Art qui met en scène un enfant-ballon de baudruche, qui ne déplairait pas aux fans des univers fous de Terry Gilliam. Il nous conte l’histoire de la lente transformation d’un être humain en une créature monstrueuse dans Stridulation, comme Stephen King ou Clive Barker en ont le secret, etc.

En fait, Joe Hill confronte ses héros à l’arrivée d’une étincelle de surnaturel dans leur quotidien : il les place dans un univers rassurant qu’ils connaissent bien, il leur fait ouvrir une porte qui les mène vers quelque chose d’inhabituel et il fait en sorte qu’ils n’aient aucun doute sur la réalité de ce dont ils sont témoins. Tout devient donc possible, même l’impossible. Et l’auteur ne palabre pas pendant des heures pour expliquer comment ses personnages vont se mettre à croire au phénomène auquel ils sont confrontés. Une fois face à l’étrange, ils ne doutent pas de ce qu’ils voient. Et c’est ce que l’on éprouve en tant que lecteur.

Cette part d’impossible, Joe Hill en fait le carburant de ses nouvelles, de ses romans et de ses scenarii de comic books. Même si toutes les nouvelles du recueil ne sont pas de qualités égales, elles ont en commun cette rémanence qui perdure longtemps après avoir refermé le livre. C’est aussi à ça que l’on mesure l’impact d’un grand auteur sur son lectorat. Outre le fait de parvenir à être un bon raconteur d’histoires, il faut aussi qu’il parvienne à les faire subsister dans l’esprit des gens, une fois le livre remisé dans la bibliothèque. Joe Hill est de ces auteurs qui hantent ses lecteurs, vous êtes prévenus.

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[size=150]Le Costume du Mort[/size]

(Heart-Shaped Box, comme la célèbre chanson de Nirvana) a été publié aux États-Unis en 2007, et traduit en France par Valérie Rosier pour les éditions Jean-Claude Lattès en mars 2008. Il est également disponible en format poche depuis octobre 2009 aux éditions du Livre de Poche.
Premier roman de Joe Hill, le Costume du Mort lui permet de poursuivre son exploration de cet étrange univers où vivants et morts se provoquent au détour d’un coin sombre, pour se hanter mutuellement. Ici, un fantôme décide de consacrer ses maudites heures perdues à pourrir la vie du héros. Un peu comme la conscience peut pourrir la vie d’un individu qui n’a pas fait que des choses bien dans sa vie. Jude, star du rock, signe malgré lui un pacte avec l’ancien propriétaire de ce costume venu désormais le hanter. Cette intrusion l’oblige à entrouvrir une porte qu’il avait condamné et le met face à ses souvenirs d’enfances qui ont fait de lui l’homme qu’il est désormais. La présence maléfique compte bien jouer les marionnettiste avec Jude pour l’obliger mettre fin à ses jours. Enfin, c’est sur cela que compte le fantôme mais il va tomber sur un os, un comble pour un spectre, non ?

Le titre du livre prend un autre sens en cours de lecture : le costume permet dans un premier temps la jonction entre les deux univers. Mais Joe Hill évoque aussi un autre habit : quand le fantôme prend possession du héros, ce dernier devient le véritable costume du mort. Une idée fascinante, qu’un simple mortel puisse finalement devenir le véritable déguisement d’un spectre. Plus loin, il soumet l’idée qu’un adulte n’est finalement que le costume de l’enfant qu’il est resté au fond de lui.
Très intéressante cette idée, puisque l’on parle de jonctions entre les vivants et les morts mais on peut aller plus loin en parlant de jonction entre l’enfant et l’adulte, entre l’adulte et l’écrivain. On pourrait philosopher des heures sur ce genre de concept, des corps tels des costumes qui nous habillent, contenant ou retenant des âmes, etc. Joe Hill est définitivement un concepteur de brio qui s’inspire de nos peurs.

C’est là que réside son génie. Il joue avec des notions abstraites lui permettant de construire des décors et d’y faire évoluer ses personnages, tout en utilisant des fondations fondamentales de notre quotidien. En leur donnant une épaisseur psychologique suffisamment intéressante, il oblige les lecteurs à se poser des questions, à réfléchir aux possibilités ainsi offertes, créant un lien particulier avec ces derniers.

Ces éléments importants qui nous hanteront longtemps après avoir refermé le roman, vont servir d’écrin au couple que forment les personnages principaux. Ils deviennent vite très attachants malgré les casseroles respectives qu’ils trainent et dont ils ne sont pas forcément fiers. Mais ce drame qui vient cogner à leur porte va servir de catalyseur et leur faire prendre conscience qu’il est encore temps pour eux de changer de vie. Le spectre vient lui aussi s’insérer entre les personnages et les lecteurs en perturbant cette empathie naissante, renforcée au fil des pages jusqu’à la dernière et bien au-delà.

Des êtres finalement malheureux qui font le point sur leurs vies tumultueuses et qui se retrouvent à cette jonction qu’est le livre. Une jonction qui va encore une fois se matérialiser via une porte à la fin du roman. Un fantôme, une porte. Deux des ingrédients de l’univers de Joe Hill que l’on a déjà découvert dans son recueil de nouvelles et qui vont être à la base de son comic book, Locke & Key.

Les droits de l’adaptation du roman au cinéma ont été acquis par la Warner Bros. Il pourrait être scénarisé et réalisé par Neil Jordan.

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[size=150]Locke & Key[/size]

Première mini-série publié en 2008 aux États-Unis chez IDW, traduit en France par Maxime Le Dain pour Milady Graphics.
Des fantômes, un enfant malin qui est peut être la « clef » de l’histoire, des portes qui mènent vers d’autres ailleurs, des adultes hantés par leurs secrets, une maison pleine de mystères : les ingrédients qui font le sel des recettes de Joe Hill sont encore là. Locke & Key, qu’il a co-créé avec le dessinateur Gabriel Rodriguez, lui offre l’opportunité de raconter l’histoire de cette famille hantée et persécutée par les forces du mal sous la forme d’une première mini-série, Welcome To Lovecraft, que les éditions Milady Graphics viennent de traduire en français (la quatrième mini-série s’est achevée aux Etats-Unis fin 2010, elle sera compilée début 2011 chez IDW).

Thriller, épouvante, fable, mystère, fantastique. Comme dans le premier recueil de nouvelles du romancier, Locke & Key mélange les genres. Autour de ce nouveau concept qui consiste, entre autres, en l’exploration d’une maison qui cache des clefs aux pouvoirs extraordinaires, Joe Hill va bâtir une solide mythologie dont les différentes clefs lui offrent l’opportunité d’enchaîner histoires sur histoires. Chaque clef dans la maison a sa serrure et cette dernière peut se cacher dans des endroits vraiment inattendus …

L’auteur renoue avec l’univers de l’enfance en plantant le décor de son histoire dans une maison dévoilant ses secrets aux enfants qui l’habitent mais qui se charge de leur faire oublier ses mystères quand ils grandissent. Une belle métaphore sur le passage à l’âge adulte et sur toutes les choses que l’on abandonne et laisse derrière soi en grandissant .

Une véritable osmose se crée entre l’étonnante histoire de Joe Hill et les dessins de Gabriel Rodriguez. Avec un trait qui s’affine au fil des pages et qui fait des merveilles, Rodriguez prouve dans ce premier opus qu’il est l’illustrateur idéal pour mettre en évidence le panel d’émotions qui va contribuer à la bonne caractérisation des personnages. Il produit des décors méticuleux où chaque détail à son importance et sublime les mots de Joe Hill en leur donnant cette résonance si particulière qui fait de Locke & Key une lecture qui ne laissera pas son lecteur indifférent.

On appréciera les introductions qui ouvrent les premiers albums, Robert Crais pour le tome 1, Warren Ellis pour le 2 et Brian K. Vaughan pour le 3. Le tome 4 sera disponible début 2011 chez IDW.

Dreamworks a récupéré les droits d’adaptations TV de la série. Le show sera, entre autres, produit par Steven Spielberg.

Prenez le taureau par les [size=150]Cornes[/size], lisez le dernier roman de Joe Hill !

Roman d’épouvante, thriller, fable, etc. Il y a bien des noms qui peuvent correspondre à cette histoire. En partant d’un sujet simple qui nous fait mettre un pied en territoire surnaturel, l’auteur s’amuse à raconter ce qui s’avère n’être finalement qu’une tragique histoire d’amour. En jouant avec des thèmes qu’il affectionne (le surnaturel qui surgit dans le quotidien, la vengeance, les enfants, les fables), Joe Hill produit un roman d’une telle puissance qu’il est bien difficile d’oublier Ig et ses fameuses cornes, une fois la dernière page tournée. Quitter les personnages d’un de ses romans, c’est quitter des êtres fictifs avec qui le lecteur aura créé des liens intenses, durant 400 pages, et peut être bien au-delà. Qu’on se le dise, le nouveau prince du surnaturel, c’est lui.

Si vous ne connaissez pas l’œuvre de Joe Hill, Cornes est le roman clef qui vous permettra d’appréhender son univers. Et si vous êtes déjà en terrain conquis, vous allez être furieusement pris d’une irrépressible envie de lire à nouveau son recueil de nouvelles par exemple, juste histoire de garder un pied dans ce monde un peu pessimiste et surnaturel où tout est possible, même l’amour.

Source : première publication de l’article pour la revue Scarce.
4decouv.com/2011/06/le-princ … anter.html

Un dossier vraiment intéressant sur cet auteur “fils de”. Je ne connaissais pas et je vais me pencher sérieusement sur la bibliographie de l’auteur. Je vais peut-être bien commencer par “Cornes”, qui semble être un très bon roman et si le style me plaît, j’irais voir du côté des nouvelles. Par contre, je vais certainement me procurer le comics qui me semble être très bon.

En tout cas, merci pour la découverte, surtout que je suis une fan du père et si le style du fils s’en rapproche alors ce sera banco!