LA FORTUNE DES WINCZLAV (Jean Van Hamme / Philippe Berthet)

J’ai lâché la série Largo Winch depuis quelque temps déjà, mais j’avoue que l’annonce récente a de quoi attirer mon attention : une trilogie intitulée La Fortune des Winczlav, revenant sur le passé familial du milliardaire en baskets.

En voici la couverture normale puis celle de l’édition limitée :

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Le projet promet d’être alléchant : le scénario est assuré par Jean Van Hamme, créateur du personnage (issu de romans, rappelons-le, avant qu’il n’en fasse une adaptation BD), et sera illustré par Philippe Berthet, dont on connaît le talent pour les reconstitutions historiques ; le projet est annoncé comme une trilogie, ce qui n’entraînera pas le lecteur trop loin ; et ceux qui ont lu Les Maîtres de l’orge savent que Van Hamme excelle dans l’évocation historique de sagas familiales.

Jim

Tout à fait.

Il le fait dans « XIII:trois montres d’argent »,également

C’est une bonne idée.

Je trouve aussi.
Je vais revenir à cet univers par un biais qui m’intéresse beaucoup, la saga familiale.

En attendant, quelques planches :

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Jim

Quand il s’agit de raconter des sagas familiales, Jean Van Hamme n’a pas perdu la main. On retrouve dans cet album tout ce qui a fait la qualité et le succès des Maîtres de l’orge : des personnages forts, des portraits divers, des anecdotes saignantes et des vengeances retorses.

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L’album couvre en gros deux générations : le médecin monténégrin qui fuit l’occupation turc et les troubles en Croatie, épouse celle qui l’a été à partir sur le bateau qui les emmène en Amérique… puis les deux fils qu’il reconnaîtra (celui de cette femme aigrie et blessée par la vie, et celui que lui donnera sa deuxième épouse), ces derniers devenant adultes et tentant leur chance à l’ouest, avec des résultats divers.

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Van Hamme réserve quelques belles surprises au fil de cette évocation de plusieurs décennies de réussites et de souffrances. Là où il est réellement très fort, c’est dans son art de l’ellipse. Il parvient à faire s’entrechoquer des scènes distantes de plusieurs jours, semaines ou mois, et à rendre plus marquants encore les instants passés sous silence. L’ellipse qui entoure le divorce, par exemple, est d’une élégance rare. Une parfaite maîtrise, malgré une petite tendance aux grosses bulles : il aime écouter ses personnages parler. Mais ceux-ci font en général assez mouche, et ne parlent pas tellement pour ne rien dire. Une économie de moyens bien gérée.

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Là où je suis moins enthousiaste, c’est sur le dessin. Depuis quelque temps, Berthet s’épure, s’assèche. Le summum, à mes yeux, dans la carrière du dessinateur, c’est bien entendu Pin-Up. Il parvenait à avoir la simplification élégante de la ligne claire tout en conservant une graisse d’encrage avec variée, donnant au final un trait rond et très vivant. Un peu, pour faire une comparaison accessible aux amateurs de comics, dans la lignée d’un Russ Manning. Mais depuis quelques albums, son encre s’affine, s’assèche, perd de sa rondeur et, par conséquent, de sa profondeur. Les volumes sont moins sensibles, la profondeur de champ est moins palpable. J’avais déjà senti ça par exemple dans Nico, sans toutefois, à l’époque, mettre le doigt dessus. Mais là, c’est assez explicite. Le dessin est moins bon, les personnages moins séduisants. Les aplats noirs tombent mal et écrasent les cases. Même certaines perspectives et certains décors sont moins travaillés, presque bancals. Il manque définitivement une étincelle, qui semble être perdue désormais.

Jim