LA PLANÈTE DES SINGES : SUPREMATIE (Matt Reeves)

Le succès de La Planète des Singes : L’Affrontement (plus de 700 millions de dollars de recettes au box-office mondial) a confirmé Matt Reeves au poste de réalisateur du troisième volet de la nouvelle série de longs métrages (librement) inspirés par le roman de Pierre Boulle.

Matt Reeves a travaillé sur le script de War for the Planet of the Apes avec Matt Bomback, l’un des scénaristes de L’Affrontement. Les détails sont encore tenus secrets, mais il y a quelques mois, le réalisateur parlait du destin de Cesar, le leader des singes interprété par l’excellent Andy Serkis, en ces termes :

Le jeune acteur Gabriel Chavarria est le premier comédien à rejoindre Andy Serkis au générique de ce troisième film (il y jouera un humain). Le tournage devant commencer en fin d’année, le casting devrait rapidement s’étoffer.

Sortie française le 2 août 2017.

Woody Harrelson va affronter Cesar dans War of the Planet of the Apes.
Il interprétera un personnage surnommé Le Colonel.

Le tournage de War of the Planet of the Apes a débuté…et le réalisateur Matt Reeves a marqué ce premier jour en postant sur son compte twitter une photo de tournage évocatrice pour les fans du film de 1968 :

Le synopsis officiel :

Le teaser :


[size=85]Lien[/size]

Premiers visuels :

Woody Harrelson est Le Colonel :

La première bande-annonce :

youtube.com/watch?v=x7nN7XOBwlc

La première affiche :

[quote=“Le Doc”]La première bande-annonce :

youtube.com/watch?v=x7nN7XOBwlc[/quote]

Ah pas mal.
Il y a un petit côté Aliens dans la scène de fusillade du début, qui fonctionne à plein.

Jim

La nouvelle bande-annonce :

youtube.com/watch?v=JDcAlo8i2y8

La nouvelle affiche :

[quote=“Le Doc”]La nouvelle bande-annonce :
[/quote]

Apes !
Together !
Strong !

Jim

La bande-annonce finale :

https://www.youtube.com/watch?v=C6Zf_CcrW4I

Cette bande-annonce finale m’inspire un peu plus que les précédentes, qui me donnaient furieusement l’impression qu’on me proposait un quasi-remake à l’identique, et donc inutile, du volet précédent (excellent au demeurant).

https://www.youtube.com/watch?v=fOa-l83KRNY

Belle conclusion de la trilogie que ce film.

Personnellement, après avoir entendu de nombreux éloges un peu partout, et avoir adoré les deux premiers volets, je m’attendais à quelque chose de colossal. J’en suis sorti avec beaucoup de plaisir dans les yeux, mais également cette petite déception qui accompagne les attentes fébriles : je crois que, dans mon cas, le film gagnera encore à être revu.
Car en fait, il est plein de qualités. Il en déborde, même.

Tout d’abord, coupons l’herbe sous le pied d’une inquiétude : c’est loin d’être un remake du précédent, d’abord et avant tout parce que le schéma narratif inverse les relations entre les deux camps. Là où, dans le précédent, la nation des singes était divisée face à un ennemi uni, là, c’est l’inverse, le monde simiesque est uni autour de César alors que les humains ne sont pas aussi serrés et solidaires qu’on pourrait le croire de prime abord.
Passé ce constat sur quoi l’ensemble de l’intrigue repose, le film aligne les belles images, les plans rusés, les ralentis pertinents, les décors évocateurs (la plage, bien entendu, mais pas que…), les belles lumières et les symboles finauds (on y reviendra). Visuellement, c’est un régal. Couplons cela à un montage qui n’a rien de frénétique (y a même une approche formelle assez classique, qui fait bien plaisir en ces temps de spasmes narratifs), qui rend le film facile d’accès, simple et efficace. Super agréable.
Après, le cœur du récit est pétri d’émotion sans jamais tomber dans la mièvrerie. Il renoue avec la dureté d’un cinéma grand spectacle dit “d’hommes” (les clins d’œil au western sont légion), jouant sur l’aridité des paysages et des sentiments, qui dissimulent toujours soit de l’eau soit de la douceur. La rencontre, dans le village abandonné, en est le meilleur exemple. L’ombre de l’Homme sans nom ou de Mad Max n’est pas loin.

Quant au discours du film, il est d’une finesse redoutable. Matt Reeves (et son chef décorateur) parvient à l’exploit impressionnant de permettre la collisions d’images symboliques très fortes. Le camp retranché des humains convoque l’image du camp de concentration (et le portrait d’un embrigadement fasciste soumis au culte de la personnalité du chef ne fait que renforcer l’analogie), mais celle-ci se télescope avec celle du bétail en batterie, métaphore martelé au moment de la distribution de la nourriture. Et là, pour le coup, c’est d’une violence incroyable.
Parce que, n’en déplaise aux commentateurs qui voient avant tout dans le film une métaphore écologiste, je crois que le véritable discours tourne autour d’une critique de l’instrumentalisation du vivant. Certes, le Colonel parle de “la nature”, mais ça ne suffit pas pour faire du film une critique de l’aveuglement écologique. C’est surtout une critique du mode de vie actuel, où la nature est inféodée à l’homme : les survivants, qui s’accroche à leur modèle mais également à l’espoir d’un lendemain (et on en ferait tous autant) continuent à faire comme si la nature (au sens large : l’eau, la pierre, le bois, les singes…) n’était qu’un instrument à leur service.
Pour arriver à ça, le film accumule les références (le western, Apocalypse Now cité ouvertement, mais aussi Tarzan et Mowgli, le Roi pêcheur et j’en oublie des caisses…) et les images symboliques. Mais dans un jeu constant de détournement. Il y a des références bibliques, bien évidemment (le film est une reprise de la sortie d’Égypte, bien entendu, est César est le nouveau Moïse, oui oui), mais le rapport à la religion est constamment perverti : le Colonel fait le signe de croix afin de faire taire ses troupes, par exemple. Mieux encore, César en croix ne sauve pas son peuple, mais c’est le peuple qui sauve César en croix. Et ainsi de suite. Le Roi pêcheur est traditionnellement blessé au flanc (ou à l’aine, symbole de fertilité) et c’est en guérissant qu’il sauve son royaume : pourtant, c’est en étant blessé que César sauve son peuple. Et ainsi de suite. Le film prend à rebrousse-poil tous les symboles aisément décryptables, et le processus est si systématique qu’il ne peut relever du hasard ou de l’interprétation audacieuse. Le film nous dit, en substance, que les images sont trompeuses.
Ce qui amène un rapport entre les deux adversaires que sont César et le Colonel, un rapport d’une richesse inattendue. La confrontation finale déjoue tous les pronostics, tant elle s’articule d’une manière allant à l’encontre des conventions de films à grand spectacle : le dernier face-à-face, quand je l’ai vu, m’a évoqué la fin retouché de I Am Legend version Will Smith. Pour le coup, Matt Reeves parvient à mettre en scène le respect de l’adversaire, le respect de l’ennemi, le respect de l’autre, chose rare dans un cinéma souvent trop tenté par le manichéisme.

Dernier tour de force, le film présente le personnage comique de circonstance. Or, ce dernier n’est pas simplement là pour faire sourire, apporter un peu de soulagement au milieu de la tension et concentrer sur lui les rires. Au contraire, il enrichit le discours du film. Une partie de l’intrigue tourne autour d’un virus qui rendrait muet (ça on en est sûr) et débile (ça, c’est ce que dit le Colonel, qui certes a vécu la propagation de près, mais quand même, on peut se permettre d’être dubitatif). Donc l’équation, chez les humains, est posée : virus = mutisme = abêtissement (à tous les sens du terme, le contaminé est supposé devenir “bête”). Or, Méchant Singe est le seul, à l’exception de César, à parler, et pourtant, il est un peu idiot et comprend en retard, là où les autres singes s’exprimant par le langage des signes comprennent plus vite que lui. Ce qui dissocie langage parlé de culture et de civilisation (Nova en est la preuve : elle est muette, mais intelligente). De là, on pourrait en conclure que les craintes du Colonel et de ses hommes sont infondées, et que la perte de la parole n’implique pas la chute de la civilisation (mais seulement la disparition d’un outil qui marque la… suprématie de l’homme : la guerre s’articule donc autour de la possession du langage parlé, ce qui témoigne de vision limitée.
Méchant Singe est aussi le seul à se vêtir. Né dans un zoo, il conserve les traces (comme autant de “stigmates”) de la culture humaine. Il est un “colonisé culturel”, en quelque sorte, qui éprouve des difficultés à vivre hors de la civilisation qui l’a formaté. Ce qui revient à poser la question de la définition d’une culture et d’une civilisation, là aussi. De sorte que, plus qu’un faire-valoir, il devient véritablement la métonymie du film.

Ce qui fait de ce film un excellent divertissement, avec toutes les qualités du meilleur du genre : il fait réfléchir, et manipule ses images de manière consciente et, ajouterais-je, roublarde. C’est très bien joué, ça déjoue les ficelles habituelles de ce genre de spectacle, et ça construit un héros en quête, pétri de doutes. “Je ne sais pas”, répète souvent César. L’une des réussites étant justement d’avoir construit un héros qui ne sait pas, mais qui continue à avancer, prenant conscience de ses erreurs et, surtout, de la nécessité de vivre avec.

Jim

1 J'aime

Qu’est-ce qui se passe ?
Le Masque et la plume adore le film.
Rien ne va plus…

Jim

Aucune déception de mon côté. C’est le film de l’année.
D’une profondeur et d’une richesse émotionnelle rare pour un film de genre.
Peut-être pas aussi original qu’Arrival - je fais le lien parce que les deux longs métrage ont en commun la question du langage - mais superbement mis en scène et diablement bien écrit.
Pour le reste, Jim a tout dit.

Ah si… J’ajouterais que le fantasme très discutable d’un cinéma sans acteurs devient plus que jamais concret.
Ok, il y a des acteurs derrière les singes, mais le rendu des émotions les plus subtiles passe à la moulinette numérique comme une lettre à la Poste. Les singes - l’un d’entre eux au milieu du film - meurt d’une façon infiniment plus convaincante que Marion Cotillard dans vous savez quoi.

Bref, à ne pas rater.

Charlie Hebdo, qui semble avoir aimé le film (mais parfois, leurs critiques positives de blockbuster s’apparente à un plaisir boudé), émet une petite réserve très intéressante : le signataire souligne que César, pour des raisons que je n’évoque pas ici, suit le parcours vengeur du héros hollywoodien type, et se sert de cet point précis afin de nourrir son argument du “les singes sont plus humains que les humains”. C’est vrai. Mais ça rentre aussi dans la construction de ce personnage, ce roi qui s’estime au-dessus des autres* et surtout de son rival défunt Koba, et qui, au final, prend conscience qu’il est animé des mêmes travers. En mettant en avant les “mauvais” côtés du héros sans expliciter les bons aspects qui contrebalancent, le scénario fait de ce héros un être fragile mais parfaitement conscience des passions qui l’animent. Ça évite le pathos gratuit, mais ça évite surtout les discours moralisateurs et les interrogations lourdaudes sur le bien, le mal, et la manière dont l’un nourrit l’autre (ça a plombé parfois les X-Men, ces conneries, que ce soit sur papier ou sur grand écran). Et le résultat, c’est un roi en pleine acceptation (après un long périple teinté de doute) de ce qu’il est et de ce qu’il veut.

Jim

  • Pendant quelques minutes devant le film, j’ai trouvé un peu maladroit le fait que César soit le seul à parler “humain”, alors que son peuple et même sa famille parle “singe” ou “signe”. Je me disais que le roi d’une nation qui cherche à imposer son identité en s’éloignant de celle des humain devrait au contraire parler le “singe”. Et puis je me suis ravisé : pour César, c’est également une manière d’imposer son autorité, en mettant constamment en avant ce que lui peut faire que les autres ne peuvent pas faire, ou choisissent, à l’image de Maurice, de ne pas faire. C’est en quelque sorte “le fait du roi”, l’indice de son caractère unique. Et c’est plutôt bien joué, puisque cela contribue à consolider la prise de son conscience dont je parle plus haut, et à créer une tension dramatique entre son statut d’exception et ses aspirations à une normalité refusée.
    (Et tout ceci me fait penser au fameux bon mot de Régis Debray, dans Vie et mort de l’image : “l’homme descend du signe”.)