LA QUATRIÈME DIMENSION (Saisons 1-5)

Est mon épisode préféré toutes saisons confondues, je crois.

Jim

Troisième à partir du Soleil (1960)
Saison 1, épisode 14
Scénariste : Rod Serling, d’après une nouvelle de Richard Matheson
Avec Fritz Weaver, Edward Andrews….

Avant de devenir l’un des scénaristes réguliers de la série (il a notamment signé deux épisodes qui font partie de mes préférés, Les Envahisseurs et Cauchemar à 20.000 pieds), le romancier Richard Matheson s’est retrouvé au générique de la saison 1 à deux reprises. Rod Serling a en effet adapté deux de ses histoires courtes : And when the sky was opened/Les trois fantômes (épisode 11) et Third from the Sun/Troisième à partir du Soleil (épisode 14).

La peur de la destruction totale conséquence de la menace nucléaire est à nouveau au centre de l’intrigue de Troisième à partir du Soleil. Alors qu’une guerre se profile, un ingénieur et son ami pilote complote de voler le dernier engin du gouvernement pour s’enfuir avec leurs familles et rejoindre une autre planète habitable. Mais ils vont devoir faire face aux soupçons de Carling, un officier de la sécurité qui a découvert leur plan…

L’intrigue est simple et bien ficelée, avec un suspense palpable, bien interprété. La réplique finale, inattendue, fait là encore partie des chutes mémorables de La Quatrième Dimension en nous faisant voir les événements qui ont précédé sous un autre angle…

Les Envahisseurs (1961)
Saison 2, épisode 15
Scénariste : Richard Matheson
Avec Agnès Moorehead.

La Quatrième Dimension a souvent été catégorisée en série de science-fiction, ce qui est réducteur car elle a exploré plusieurs genres de par son format anthologique. Et il est souvent arrivé que ce soit le twist final qui fasse basculer le récit dans le domaine de la S.F. Scénarisé par l’écrivain Richard Matheson, Les Envahisseurs est une histoire d’horreur avec des éléments de science-fiction. Horreur car nous sommes ici dans le registre de l’home invasion.

Les Envahisseurs marque par son minimalisme qui renforce son efficacité. Un seul lieu, une ferme reculée, sans eau, sans électricité. Une seule actrice, Agnès Moorehead (bien connue pour avoir interprété Endora dans Ma Sorcière bien-aimée). Pas de dialogue (ou presque). Et pour menace, deux minuscules extraterrestres avec lesquels la fermière va engager un difficile combat (Richard Matheson aimait décidemment ce genre de rapport de force…voir notamment L’Homme qui rétrécit et La Trilogie de la Terreur).

L’excellente interprétation de Agnès Moorehead, qui ne prononce donc pas un mot de tout l’épisode, porte un suspense habilement réalisé, avec une bonne utilisation du montage, des effets sonores, de la gestion des ombres et des lumières, qui donnent une épatante petite série B (un de mes épisodes préférés), à la tension qui ne se relache jamais. Et quelle fin !

C’est dommage qu’un chaîne comme Arte ne rediffuse pas cette série.

En attendant le 4 décembre chez nous

Apparemment ils ne communiquent pas encore sur le bouquin présent dans le coffret mais croyez moi. Les deux auteurs c’est pas manchots (plutôt du genre ancien médecin pour l’un et ancien présentateur d’une émission avec Dionnet pour l’autre)

Le Neuvième Etage (1960)
Saison 1, épisode 34
Scénariste : Rod Serling
Avec Anne Francis, Elizabeth Allen…

Dans un grand magasin, Marsha White cherche un cadeau spécial pour sa mère, un dé à coudre en or. Comme elle ne trouve rien, un garçon d’ascenseur lui suggère de se rendre au 9ème étage. L’endroit est pourtant désert, à part une vendeuse qui lui propose exactement ce qu’elle est venue chercher. Perplexe, Marsha redescend tout de même au premier étage où elle se rend compte que son achat n’est qu’un dé banal et abîmé. Elle porte réclamation auprès du directeur du magasin…qui lui soutient que son établissement n’a pas de neuvième étage…

En jouant sur les ténèbres et les sons (des voix à la nature quasi-fantomatique), un grand magasin peut devenir un lieu étrange, presque surréel, dans ce récit qui plonge une jeune femme dans l’incertitude puis dans une terreur qui précéde l’acceptation. C’est intrigant, avant une révélation finale bien amenée.

En à peine vingt minutes, il y a de la tension, une touche d’humour et aussi une certaine tristesse. Des changements de ton qui font l’efficacité de ce très bon épisode…

+1.

Elle est dispo sur Canal+ Séries… Beaucoup de choses intéressantes sur cette plate-forme et ça vaut le coup de se payer un mois pour faire un marathon Twilight Zone !
@Le_Doc tu te bases sur quoi pour ta sélection d’épisodes ?

C+ Séries, justement…et comme il n’y a que la saison 1, un site de streaming pour Les Envahisseurs.
Je pense en faire au moins dix (j’en ai vu deux autres de la S1 et je veux faire aussi deux ou trois épisodes célèbres des autres saisons)…pour fêter les 60 ans de la série…et pour le plaisir aussi…

Oui mais je demandais comment tu sélectionnes ceux que tu regardes ?

Ah ok. J’ai surtout choisi mes épisodes préférés, ceux qui m’avaient marqué et dont je me souvenais toujours après toutes ces années (mon dernier visionnage remontait au début des années 2000). C’est le cas de Question de temps, Maple Street et Les Envahisseurs.
Rod Serling a écrit le plus grand nombre d’épisodes et j’ai voulu aussi parler des autres scénaristes. Là, il y a Richard Matheson et j’en ai vu un autre écrit par Charles Beaumont.
Le Neuvième Etage, je ne l’avais jamais vu et je l’ai regardé parce que c’est l’une des inspirations du dernier film dont j’ai causé dans le Ciné-Club…et je n’ai pas été déçu…

La Poursuite du Rêve (1959)
Saison 1, épisode 9
Scénariste : Rod Serling
Avec Richard Conte, John Larch…

Rod Serling fut le principal scénariste de La Quatrième Dimension, avec 92 épisodes à son actif sur les 156 qui consituent la série. Les autres épisodes ont en grande partie été écrits par les romanciers et scénaristes Richard Matheson et Charles Beaumont, qui cumulent une quarantaine d’histoires à eux deux. Décédé prématurément, Charles Beaumont a notamment signé pour le cinéma le très bon The Intruder de Roger Corman (d’après son roman) et avec Matheson, on le retrouve au générique de Brûle, sorcière, brûle ! de Sidney Hayers.

La Poursuite du Rêve est le premier épisode non scénarisé par Rod Serling et le premier par Charles Beaumont. Son protagoniste principal est Edward Hall, un ingénieur fatigué et malade du coeur. Fatigué car il n’ose plus dormir depuis qu’une mystérieuse femme lui apparaît en rêve. Des songes tellement réalistes qu’il croit que cette Maya en veut à sa vie et que s’il rêve d’elle encore une fois, il mourra dans la réalité.

Ambiance onirique et symbolique (car Maya est un mot qui prend plusieurs sens en sanskrit) qui brouille habilement les pistes jusqu’à que ce pauvre Edward…tout comme le spectateur…ne sache plus faire la différence entre le rêve et la réalité. Une atmosphère subtilement travaillée par le français Robert Florey, qui réalisa notamment Double Assassinat dans la Rue Morgue avec Bela Lugosi et Tarzan et les Sirènes avec Johnny Weissmuller avant de se tourner vers la télévision pour la dernière partie de sa carrière dans les années 50/60.

Appel Nocturne (1964)
Saison 5, épisode 19
Scénariste : Richard Matheson
Avec Gladys Cooper, Nora Marlowe…

Comme beaucoup de réalisateur des années 30/40 (voir mon commentaire sur Robert Florey dans le post ci-dessus), Jacques Tourneur a du se tourner vers le petit écran à partir de la seconde moitié des années 50. Une décision alimentaire pour un univers télévisuel que détestait cet homme de cinéma (il l’a dit lui-même : Largely, I hate doing television; it’s horrible. It’s against everything I believe in…). Mais malgré cet avis bien tranché, je trouve que son unique épisode réalisé pour La Quatrième Dimension porte bien la « patte » de l’auteur de La Féline et Vaudou (chroniqués dans les colonnes du ciné-club).

V1

Scénarisé par Richard Matheson d’après une de ses nouvelles, Appel Nocturne est un suspense qui joue sur la suggestion (marque de fabrique de Tourneur qui tire bien parti des possibilités d’un décor quasi-unique) et qui repose en grande partie sur le jeu de Gladys Cooper en vieille dame handicapée harcelée par d’étranges coups de téléphone. Dans un premier temps, elle n’entend rien au bout du fil…puis une voix inquiétante lui répond…

Efficace, tendu, bien interprété par un beau duo d’actrices, Appel Nocturne effectue un virage vers le surnaturel dans les dernières minutes…avant une dernière scène amère et triste…

Cauchemar à 20.000 pieds (1963)
Saison 5, épisode 3
Scénariste : Richard Matheson
Avec William Shatner, Christine White…

Avant de connaître un grand succès avec La Malédiction et Superman (respectivement ses quatrième et cinquième long métrages), Richard Donner a appris son métier à la télévision, en enchaînant les séries et les téléfilms pendant 15 ans. Il a travaillé sur Au nom de la loi, Des Agents Très Spéciaux, Max la Menace, Le Fugitif, L’Homme de Fer, Les Rues de San Francisco, Kojak (et j’en passe)…ainsi que sur six épisodes de La Quatrième Dimension. Son premier reste l’un des plus célèbres de la série, Cauchemar à 20.000 pieds, scénarisé par Richard Matheson.

Cauchemar à 20.000 pieds est devenu avec les années l’un des épisodes les plus référencés et aussi l’un des plus parodiés de La Quatrième Dimension. Trois ans avant Star Trek, William Shatner y incarne un homme qui rentre chez lui après une dépression nerveuse et qui est persuadé qu’un monstre se trouve sur l’aile de l’avion qu’il tente de saboter. Le problème est que personne d’autre ne le voit. Une mécanique qui fonctionne toujours autant : le suspense monte bien en puissance, l’interprétation est savoureuse et la mise en scène est de qualité (dans des conditions de tournage qui n’étaient, paraît-il, pas idéales).

Si Cauchemar à 20.000 pieds est pour moi un modèle du genre, la seule vraie déception vient de la créature, pas vraiment convaincante. Richard Matheson a d’ailleurs souvent affirmé qu’il était plutôt content de l’épisode…à part le look du « gremlin » (diablotin dans la V.F.) qui ressemblait plus à un panda qu’au monstre qu’il avait imaginé…

L’Oeil de l’Admirateur (1960)
Saison 2, épisode 6
Scénariste : Rod Serling
Avec Maxine Stuart, William D. Gordon….

Dans une société futuriste, une jeune femme se repose sur son lit d’hôpital, la tête entourée de bandages. Elle attend le résultat de l’énième opération de chirurgie esthétique qui devrait enfin la rendre « normale ». Car on découvre au fur et à mesure que les minutes passent que l’histoire se déroule dans un Etat totalitaire, où l’uniformité prime et où toute différence est bannie. Les personnes laides sont alors exilées dans un village reculé si la médecine est impuissante…

Je n’en dirais pas plus sur la révélation finale (c’est quelque chose que j’évite de faire de toute façon), même si L’Oeil de l’Admirateur fait partie des épisodes les plus célèbres de la série. Celle-ci intervient dans les cinq dernières minutes et elle demeure particulièrement intéressante par son aspect horrifique et également par son discours.

Les vingt minutes qui précèdent se distinguent par une mise en scène minutieuse, qui ne manque pas d’excellentes idées pour provoquer l’interrogation du spectateur jusqu’au moment où le visage de l’héroïne est révélé. Et c’est vraiment très bien fait !

Etape dans une petite ville (1964)
Saison 5, épisode 30
Scénariste : Earl Hamner Jr
Avec Barry Nelson, Nancy Malone…

Après une quatrième saison raccourcie qui n’a jamais été doublée en V.F. (avec un format différent, 40 mn au lieu de 25, pour reprendre le créneau laissé par un autre show), La Quatrième Dimension fut renouvelée pour une cinquième saison qui s’est avérée être la dernière. La série aurait pu trouver refuge sur une autre chaîne, mais les responsables de ABC n’avaient pas la même vision que Rod Serling qui préféra arrêter les frais.

V1

Rod Serling ressentait déjà depuis la saison 3 une certaine lassitude. Il était obligé par contrat de livrer le plus grand nombre de scénarios…rappelons qu’il en a écrit 92 sur 156…et il a lui même avoué qu’il n’a pas toujours ététrès inspiré. Mais on trouve encore des épisodes de qualités dans cette fournée, comme l’un des tous derniers, Etape dans une petite ville, l’avant-dernier écrit par Earl Hamner Jr, le créateur de La Famille des Collines.

Barry Nelson et Nancy Malone y jouent un couple qui rentraient chez eux après une soirée bien arrosée et qui se réveillent dans une maison qui se trouve dans une ville qui semble déserte. Les héros font d’étranges découvertes et les seuls bruits ambiants sont le vent…et le rire d’une petit fille…

Tout ce qui fait l’attrait de La Quatrième Dimension se retrouvait une nouvelle fois dans cette vingtaine de minutes : une véritable atmosphère, une construction implacable, de très chouettes idées (le coup du train est excellent) et une conclusion délicieusement absurde et bien amenée (et là aussi souvent reprise par la suite, j’ai l’impression).

En petit bonus, voici une histoire courte présentée comme le premier travail professionnel d’un certain Frank Miller alors âgé d’à peine 21 ans. Royal Feast a été publié dans le #84 du comic-book The Twilight Zone de Gold Key (la plus longue BD dérivée de la série).

Frank Miller a dessiné une seconde histoire pour la revue (dans le numéro suivant), à retrouver ici :

Ah bah si tu te lances là-dedans, je vais te prêter main-forte, camarade !

Le titre Twilight Zone, chez Gold Key, a hébergé pas mal de récits signés d’illustrateurs qui ont fait de sacrées belles carrières depuis.
Par exemple Walt Simonson, qui dessine « Nature’s Way » dans le numéro 50 daté d’avril 1973, puis « The Prisoner » dans le numéro 54 daté d’octobre 1973.

Tous les deux sont lisibles en entier ici :

Jim

Un troisième récit, toujours signé Simonson, et intitulé « Musk’s Daughter », paraît dans le Twilight Zone #55, daté de décembre 1973.

Vous pouvez le lire en entier ici :

Jim

Oui, je me suis dit que ce serait sympa de finir cette pitite rétrospective (même si je pense que j’y reviendrais de temps en temps maintenant que le sujet est ouvert) par un peu de BD…et merci pour ces liens ! Je ne suis pas fan de la lecture sur ordi, mais il quand il s’agit de ce genre d’histoires courtes, je me laisse souvent tenter…
C’est marrant, d’après le premier article, on est aussi aux débuts de la carrière de Simonson, et pour lui on reconnaît plus son style que pour Miller qui devait être encore en train de se « chercher »…