L'ASSASSINAT DE MICKEY MOUSE (Pierre Pigot)

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[quote=“Amazon”]L’oeuvre de Walt Disney est une des plus grandes créations culturelles du XXe siècle. Serguei Eisenstein, dès 1940, l’avait reconnu. Mais, si cette grandeur est indéniable, il est permis de s’intéresser à ce qu’elle cache : les intentions politiques, voire psychiques, nourries par Disney en inventant puis en défigurant les personnages de Mickey, Donald ou Picsou. Dans son extraordinaire généalogie de l’oeuvre de Disney, qui doit autant à Erwin Panofsky qu à Greil Marcus, le critique et historien d’art Pierre Pigot livre les résultats d’une enquête approfondie sur le côté obscur de la Disneylogie.
Depuis la projection du premier épisode de Mickey Mouse, précédant la crise de 1929, jusqu’à la subversion de l’idéologie Disney, via les aventures d’un Picsou réinventé par Don Rosa à l’aube de l’an 2000, c’est ainsi toute une histoire des fantasmes et angoisses du siècle passé qu’il propose. Une histoire où se croisent, dans une danse d’une érudition affolante, outre les personnages de Disney, les fantômes d’Aby Warburg et de Walter Benjamin, de Paul Klee et des créateurs de South Park, de Buster Keaton et d’Adolf Hitler.

Pierre Pigot est historien d’art et critique. Il est membre du collectif Fric-Frac Club (www.fricfracclub.com). L’assassinat de Mickey Mouse est son premier livre.

Broché: 216 pages
Editeur : Presses Universitaires de France - PUF; Édition : 1 (4 mai 2011)
Collection : Travaux pratiques
Langue : Français
ISBN-10: 213059042X
ISBN-13: 978-2130590422
Dimensions du produit: 19 x 1,4 x 12,6 cm[/quote]

Autour de 20 euros je suppose ?

16,50€ (ou 15,68€, si la librairie applique la réduction de 5% autorisée par la loi Lang).

Tori.

Bouquin vraiment intéressant, avec des démonstrations (par l’exemple) assez édifiantes. Percutant.

L’ouvrage se compose de trois parties.
Dans la première, Pigot explique le véritable assassinat qui donne son titre au bouquin, ou comment Mickey, de personnage anarchiste, hystérique et érotomane, s’est lentement vidé de sa substance et de sa subversion pour incarner un modèle de vie banlieusard et participer ainsi à un vaste lavage de cerveau.
La deuxième partie, la plus étourdissante, explique comment un glissement à plusieurs niveaux s’est opéré. Mickey édulcoré a laissé la place à Donald, qui réinvestit le côté foutraque et insolent du Mickey des débuts. Mais également l’obsession du réel, de la memesis, chez Disney, pousse les dessins animés (à partir de Blanche-Neige notamment) vers un rendu réaliste, et libère l’espace pour Tex Avery et sa manipulation slapstick du réel, qui permet une nouvelle subversion. Mais ces glissements de sens ne vont pas sans dérapage, et Pigot conclut cette dernière partie sur les représentations du racisme de l’époque, liée à la propagande de la guerre mais pas seulement. Et il pose la question de la nécessité de toujours les regarder, au lieu de les censurer, de les interdire ou de les dissimuler dans les rayons d’un “enfer”. Car ne pas regarder ce que l’on estime être du racisme, c’est aussi dénier aux victimes du racisme le droit à exprimer leurs propres souffrances.
Enfin, la troisième partie s’intéresse à “l’univers palmipède”, et aux œuvres de Carl Barks et de Don Rosa, qui échappe à la bonne conscience imposée comme modèle par Tonton Walt. Je commence tout juste cette partie, donc si je trouve des fulgurances, je reviendrai en parler.

Pour moi, c’est l’occasion de croiser des noms que je n’avais pas lus depuis des années (certains, parfois, depuis mes années d’études), genre Erwin Panofsky ou Theodor Adorno. Et donc à croiser quelques vieilles lectures qui m’ont laissé des souvenirs assez flous.
Le bouquin comporte des pages vraiment passionnantes. Y a notamment des lignes intéressantes sur Floyd Gottfredson et sur la manière dont l’auteur parvient, en faisant dans l’ancienne souris anarchiste un enquêteur, à utiliser les codes du polar pour faire du héros un personnage en marge de la société, donc en contestation.

Vraiment, une lecture recommandée.

Jim

Fini hier soir.
La troisième partie constitue une merveilleuse analyse de la production de Barks et de Don Rosa, un boulot très solide, pour peu que ma connaissance des deux auteurs me permettent d’en juger.
Bref, bouquin de premier ordre.

Le petit reproche que je ferais, c’est que Pigot abuse parfois des anglicismes, sans réellement les expliquer ou les mettre en contexte, comptant sans doute sur la connaissance des expressions anglophones dont disposerait son lecteur. Sauf que si le lecteur ne les connaît pas, ça coince. Il me semble plus explicite sur les expressions grecques ou allemandes, donc il aurait pu faire l’effort pour les expressions anglaises.

Au-delà de ce petit bémol, c’est tout de même un sacré chouette bouquin.

Signalons au passage que l’essentiel des dessins animés qu’il cite, y compris certains de la liste des “Eleven Censored”, sont disponibles sur le net, pour qui sait chercher (je n’ai pas encore trouvé The Isle of Pingo Pongo, que je dois avoir quand même sur un disque, au demeurant). Ce qui permet de voir les cartoons de propagandes, mais également les dérapages racistes hors propagande. Il est amusant de voir qu’en notre période de politiquement correct, on continue à cacher sous le boisseau ces productions, qu’il vaudrait tout de même mieux montrer, ne serait-ce qu’à des fins d’éducation. Comme le dit Pigot, cacher les œuvres (volontairement ou non) racistes, c’est nier la souffrance de ceux qui en étaient la cible.
D’ailleurs, c’est marrant, mais certains de ces cartoons, j’ai l’impression de les avoir vus gamins, dans des soirées Tex Avery ou ce genre de choses. Peut-être dans la Dernière Séance, où l’effort de contextualisation rendait le visionnage aussi éducatif que divertissant.
Bref, pour ceux qui veulent voir de quoi Pigot parle, c’est possible dans presque tous les cas, ce me semble.

Jim

Faut que je fouine pour trouver ça alors ! ça va occuper mes fins limiers …

Je me rappelle d’un cartoon noir et blanc où Mickey…Est au bagne et cherche à s’évader.

Sinon:
fr.wikipedia.org/wiki/Dr_Mouse

fr.picsou.wikia.com/wiki/Dr_Mouse

Avec un Mickey à contre-emploi,un FDP cynique qui kidnappe et séquestre un malheureux pour lui faire un diagnostique bidon pour lui extorquer des sous et Dingo,Horace et Clarabelle en connards qui veulent sa place.

Jim je te fais confiance je prends le bouquin ce soir. ça a intérêt à être bien. :wink:

La vache, sacrée pression.

Bon, j’espère que tu as déjà lu tous mes bouquins à moi, quand même. Parce que là, je me retrouve à faire de la pub pour ceux des autres (j’ai toujours pas compris, moi…).
:wink:

Jim

[quote=“Jim Lainé”]

La vache, sacrée pression.

Bon, j’espère que tu as déjà lu tous mes bouquins à moi, quand même. Parce que là, je me retrouve à faire de la pub pour ceux des autres (j’ai toujours pas compris, moi…).
:wink:

Jim[/quote]

Je crois tous les avoir oui il me manque quelques manuels, mais c’est parce que le sujet ne m’intéressait pas, mais oui j’ai tous les tiens et une bonne partie de ceux de Niko.

Même Comics & contre-culture ?

Jim

yep.

T’as aimé ?
Je ne sais plus si tu es venu en parler.
(remarque, je pourrais relire le trède, mais c’est samedi matin, je glande…)
:wink:

Jim

Il est dans ma pile d’ouvrage sur le comics à lire, il passera juste après le Mickey (normalement il aurait du passer avant, mais ton ouvrage est plus gros).

Hahahaha
Bah tu viendras reparler des deux au fil de ta lecture, alors !
:wink:

Jim

J’ai juste lu l’intro et je trouve que l’auteur aime s’entendre parlé, je trouve le tout intéressant, mais un poil pompeux en terme d’écriture.

Ah tiens, je cherchais justement depuis un moment un ouvrage/documentaire sur l’œuvre Walt Disney qui expliquerait comment le personnage a nourri la culture américaine, la création d’un empire, les nombreuses contrebandes et contrefaçons acides utilisées dans l’art populaire etc…

Je vais me commander ça.

Je suis en train de le lire et c’est pas mal. Alors oui, certains parents, directement accusés par l’auteur, pointés du doigt, pourraient trouver le livre généreusement pompeux. Chez Pigot, il n’existe apparemment que deux sortes de gens: les imbéciles qui regardent béatement les films de Disney avec leurs enfants et les intellectuels qui ont compris le processus maléfique au point de le bannir. Outre cet état de fait, le livre est passionnant. C’est clair, concis malgré l’auteur qui se répète souvent pour exposer l’avant et l’après Mickey et il y a quelques arguments qui se contredisent (il n’est ni bon pour Donald de faire des films de propagande que pour l’insouciant Bambi de sortir en temps de guerre !?!) mais l’aspect historique, parfois légèrement romancé, est plaisant à découvrir; le comparatif Disney/Tex Avery saute aux yeux et les analyses de films, pour le peu que je puisse en dire, paraissent tout aussi légitime.

Je ne m’attendais pas à ce que l’auteur ne s’attaque qu’aux icônes de la firme (Mickey/Donald en premier). j’imaginais un peu plus de substance sur le reste de la production niaiseuse et conformiste de Disney (les adaptations de contes qu’il ne fait que toucher du doigt, pour le moment), le détournement des grands récits et de leur impacte sur la jeune population américaine (les princesses pom-pom girls et les chevaliers footballers) mais ça rend un livre très équilibré qui ne se perd pas en chemin.