LE CINQUIÈME POUVOIR (Bill Condon)

Benedict Cumberbatch est Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, dans ce biopic réalisé par Bill Condon (Candyman 2, Ni dieux ni démons, les deux derniers Twilight…).

http://img10.imageshack.us/img10/5403/gaoq.jpg

[quote]DATE DE SORTIE FRANCAISE

4 décembre 2013

REALISATEUR

Bill Condon

SCENARISTE

Josh Singer, d’après les livres de Daniel Domscheit-Berg, Luke Harding et David Leigh

DISTRIBUTION

Benedict Cumberbatch, Daniel Brühl, Carice Van Houten, Alicia Vikander, Stanley Tucci, Laura Linney, Anthony Mackie, David Thewlis, Peter Capaldi…

INFOS

Long métrage américain
Titre original : The Fifth Estate
Genre : biopic/drame
Année de production : 2013[/quote]

La bande-annonce :

Je suis toujours surpris de voir un biopic sur quelqu’un qui n’est ni mort, ni à la retraite.
Je veux dire, dans une dizaine d’années, si Julian Assange défraye encore la chronique, on fera un 2 ?

Et Social Network ?

Ah oui, mais j’avais bien ça en tête quand j’ai tapé mon message. :wink:

Si Zuckeberg invente autre chose, ou si Facebook est au centre d’un futur scandale, on aura la “chute” de Zuckerberg après avoir eu sa montée. Mais, sur le principe, je préfère qu’on me raconte une histoire quand elle est finie plutôt que durant son déroulement.

Il y a aussi les films sur Mandela, The Queen de Stephen Frears, Larry Flint de Milos Forman, Carlos de Assayas, *Un Homme d’exception *avec Russell Crowe, Ali de Michael Mann, le téléfilm sur Rudolph Giuliani joué par James Woods…
Ben Foster tourne actuellement un biopic sur Lance Armstrong; Tom Hardy sera Elton John…
Les biopics sur des personnalités toujours en vie, il y en a quand même quelques-uns…

Et un sur Sarko !

Bah, oui, mais malheureusement nous devons considérer que Nelson Mandela est sur la fin de son existence et que les éléments les plus forts de sa vie politique et publique sont terminés ; la multiplication des films ne me choque pas car “l’histoire” est globalement achevée, même si tirer sur un filon aussi humain n’est pas forcément agréable pour moi.
Quant à The Queen, c’était sur un événement particulier, un instant précis, un moment de vie, pas une existence toute entière.

Globalement, pour spécifier ma pensée, je n’aime pas les biopics “généraux” (qui veulent présenter la personne et son action sur l’ensemble) quand la personne a encore une activité et une actualité importantes concernant cette action. Ca inclue Zuckerberg, Assange, Armstrong, Sarkozy…

Tu trouves que ça manque de recul quand c’est trop récent, c’est ça ?

[size=85](L’énumération, c’était juste pour souligner que perso, l’accumulation de biopics consacrés à des personnalités toujours vivantes ne me surprend pas trop…)[/size]

Oui, un vrai souci de recul et d’analyse.

Raconter une histoire récente est déjà difficile, car on n’a pas encore toutes les informations, les points de vue et la critique à formuler peut être encore pleine d’émotion, avec peu de recul et d’analyse. Je ne saurais pas définir quand une histoire réelle peut être adaptée en film sans qu’il y ait ce souci de recul (je me souviens par exemple qu’adapter en film l’affaire Omar Raddad m’avait surpris, dans le sens où le “mystère” n’étant pas résolu et les positions encore bien figées, et bien je craignais de ne pas y voir le recul nécessaire), mais je sais qu’il ne peut pas y avoir une analyse complète et pacifiée quand les histoires sont encore en cours (dans le sens où le spectateur n’est pas “impliqué” dans le débat sur l’action du personnage principal… par exemple, en voyant Le Cinquième Pouvoir ou The Social Network, on est tous impactés par notre opinion sur Wikileaks et Facebook ; ces films ne feront jamais changer d’avis ceux qui aiment ou détestent, ils ne sont là que pour endurcir les positions).

Tiens pour le coup je suis étonné qu’un film puisse fournir recul et analyse ; alors qu’une fiction utilise des acteurs dont le charisme (ou son absence) joue sur le téléspectateur (son empathie ou l’inverse), où le rythme est propre au film et doit être captivant, où les dialogues sont travaillés, où la mise en scène (sans parler du montage) a peu à voir avec la “vie réelle”, où l’émotion est reine, etc…

Déjà qu’avec les documentaires c’est pas facile, mais un film ?

Dans les cas qui nous intéressent ici, on ne peut pas vraiment parler de fiction, non ?

Je ne sais pas, il n’y a pas des acteurs, un réalisateur, un scénariste ?

J’ai mal compris, je croyais que c’était un film.
Désolé.

Le pire (ce n’est pas un film, mais un livre, mais la remarque reste pertinente), c’est quand même cette biographie, sortie en 2010 :
http://ecx.images-amazon.com/images/I/51FQrkgZGuL.jpg
La biographie d’un môme de 16 ans dont le premier album est sorti 6 mois plus tôt, je trouve ça plutôt osé… ~____^

Tori.

Rooh, Artemus…dans ton post, tu utilise le mot “fiction”, dont la définition est une histoire basée sur des faits imaginaires plutôt que sur des faits réels. C’est pour cela qu’on parle de personnages fictifs.
Ici, on parle de biopic. Aux dernières nouvelles, Julian Assange n’est pas un personnage fictif, à ce que je sache… :wink:

Bien sûr que c’est un film, mais tous les films ne sont pas des fictions dans le sens strict du terme (les films documentaires par exemple)…même si bien entendu de nombreux biopics sont romancés et comportent des éléments de fiction.

Il y a évidemment une forme d’analyse dans un biopic, qui est la présentation d’une action publique/politique/guerrière/etc. d’une “vraie personne”, dans le sens où l’auteur/le réalisateur/etc. présente “sa” vision de la personne. En bien ou en mal.

Mandela est un héros pour la majorité des films, mais Goodbye Bafana présente ses liens avec un de ses gardiens sous un regard très positif, ce qui n’est pas le cas des autres films. Chaque réalisateur et scénariste a envie de présenter “sa” vision de la personne (ou celle préférée par les studios, bien sûr), et ça reste une forme d’analyse et de présentation de cette dernière et de son action.

Et donc, alors que l’histoire est encore en cours, je ne vois pas comment avoir le recul nécessaire pour développer sa vision, en dehors de l’émotion du moment.

[quote=“Le Doc”]Rooh, Artemus…dans ton post, tu utilise le mot “fiction”, dont la définition est une histoire basée sur des faits imaginaires plutôt que sur des faits réels. C’est pour cela qu’on parle de personnages fictifs.
Ici, on parle de biopic. [/quote]

Ouais, mais justement, la frontière est floue, dans cet exercice.
C’est d’ailleurs pour cela que ça me fascine, les biopics : cette perméabilité.

[quote=“Ben Wawe”]Il y a évidemment une forme d’analyse dans un biopic,
[/quote]

Mais dans un récit à clé (qui est en fait un biopic qui ne dit pas son nom) ou dans une pure fiction aussi.
Oui, je sais, je ne réponds à rien et n’apporte rien de pertinent, mais c’est sans doute parce que l’exercice m’intéresse en cela qu’il touche et teste les limites du métier de “raconteur d’histoire”. Enfin, selon moi.

Jim

Très intéressant, tout ça.
Perso ça fait écho à un questionnement qui me turlupine (on en avait parlé sur le thread consacré au “Hitchcock” de Sacha Gervasi) au sujet des biopics : je me pose la question de la pertinence du genre.
J’ai vu des biopics réussis, voire des chefs-d’oeuvre, mais j’ai l’impression que je les ai aimés pour des raisons indépendantes de la question du genre…
C’est surement que je vois l’exercice comme un pur cousinage du récit à clés, comme le dit Jim, et je ne supporte pas ce type d’histoires.

D’accord, je n’avais pas compris ce à quoi tu faisais allusion.

D’accord.
Donc ce film va respecter le déroulement du temps, ne pas utiliser le suspense, etc… ?
Ne pas jouer sur l’émotion ?

[quote]C’est pour cela qu’on parle de personnages fictifs.
Ici, on parle de biopic. Aux dernières nouvelles, Julian Assange n’est pas un personnage fictif, à ce que je sache… :wink: [/quote]

Non **Assange ** n’est pas un personnage fictif (même si le **Assange **que l’on connaît, celui construit par les medias l’est bien entendu), mais le personnage interprété par **Cumberbatch ** l’est sans aucun doute.
L’empathie ou pas des spectateurs pour cet acteur (et les autres) n’entre pas en compte ?
Son jeu, sa personnalité, son maquillage, la façon dont il est filmé, rien de cela n’est fictif ? Rien de cela influence le spectateurs ?
Tu penses que le personnage que l’on va voir à l’écran est un personnage réel ?
Déjà réel et caméra de mon point de vue ça fait deux.

Les films documentaires ?
Ce qu’on appelle communément documentaire tu veux dire ?
Comme ceux par exemple de **William Karel ** ?
Les films documentaires n’utilisent pas les ressort des films de fiction ?

De nombreux, donc pas tous ?
Et bien entendu le spectateur à le recul et le temps nécessaire pour faire la part des choses ?

Pour ma part je ne crois pas du tout que l’on puisse attendre du recul et de l’analyse d’un “biopic” comme en parlait Ben Wawe.

Quand je vois les commentaires ou discussion à propos des adaptations cinématographiques de romans, BD, etc… je m’imagine assez ce qui risque de ce passer avec le scénario tiré du livre des journalistes. Livre qui propose déjà forcément un point de vue, et qui est retravaillé par un scénariste.

Et puis pour en revenir au début du commentaire, oui tous les films pour moi sont de la fiction.
D’autre part Dreamworks SKG a engagé des fonds dans cette affaire, ainsi que les producteurs avec le risque de le faire à fonds perdus juste pour édifier les foules de spectateurs.
Il n’y a pas de soucis de rentabilité ?

C’est intéressant ce que tu dis. Dans un film qui est l’auteur ?
Ici dans le cas du Cinquième pouvoir qui est l’auteur : les journalistes qui ont écrit un livre sur le sujet ? (On remarque d’ailleurs que l’analyse dont tu parles ne se fait a priori qu’à partie d’une seule source : ce livre).
Le scénariste ?
Le réalisateur ?
Les producteurs ?
Le monteur ?
Etc…

Ensuite quel est l’impact d’un film sur le spectateurs ? Combien de spectateurs auront assez de recul pour se dire qu’il faut peut-être d’autres avis ? Qui en a le temps ?
Si ce film est suffisamment réussi et “crédible” il va emporter le sens critique du spectateur et établir un étalon.
Il y a des gens qui regarde de la “télé-réalité” et qui pense que ça dit la “réalité”, alors un film bien fait.

En quoi ce film change-t-il la perception que l’on peut avoir de **Mandela ** ?
Qui a vu ce film ?
D’où ce film tire-t-il cette information ?
Est-ce un fait avéré ?
Quel rapport “la” vision d’un auteur entretient-elle avec la “réalité” ?

Pour ma part, un film quel que soit son sujet est toujours une fiction, qui utilise l’émotion, toujours, donc je ne vois pas trop le problème.