Discutez de Le voyage des pères
La critique de Le voyage des pères T.1 (Intégrale Perfectus 2013 - Paquet BD) par ginevra est disponible sur le site!
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Tiens, j’ai pris deux intégrales récemment.
J’ai découvert le style de David Ratte grâce à Whisky (auquel je trouve parfois des airs de ressemblance avec le trait de Michel Plessix), et du coup j’ai feuilleté, et cette évocation biblique m’a semblé bien drôle.
Jim
J’ai entamé la première intégrale (qui rassemble les trois premiers tomes, sur six : je sens que je vais me mettre en quête de la suite), et vraiment, c’est assez formidable.
Le principe est simple : Jésus traverse la Galilée, ses disciples le suivent, et les pères de ceux-ci s’inquiètent et se mettent en tête de retrouver leurs rejetons. Ils avancent de bourgade en bourgade, mais ils arrivent toujours en retard et n’entendent parler des miracles que par ouï-dire et par témoignage. Parmi les pères, Jonas, au centre de ce tome, se montre le plus sceptique.
Alors c’est vraiment très drôle. Les dialogues sont écrits avec naturel et ne s’effraient pas de quelques anachronismes : ça a son petit côté Deux heures moins le quart avant Jésus Christ. C’est rapide, bien caractérisé, ça a de la gouaille, et c’est assez touchant par moments.
Au-delà de l’aspect comédie, servi par le dessin de David Ratte à qui je continue à trouver des similitudes avec le style de Michel Plessix, l’album est aussi l’occasion de voir quelques rouages de l’occupation romaine, de comprendre un peu la société (notamment avec les Pharisiens qui ne goûtent guère la plaisanterie). L’autre thème, c’est la confrontation avec le miracle, le surnaturel, le divin descendu sur Terre, et donc la mise à l’épreuve de la foi. Chacun à sa manière, ces pères voient à la fois leurs convictions personnelles et leurs routines quotidiennes remises en cause, et naviguent quelque part entre l’incrédulité et le déni.
Jim
Cette intégrale regroupe donc les trois premiers tomes qui couvre la partie de la vie de Jésus jusqu’à sa résurrection et sa montée au ciel. Les deux tomes qui restent nous permettent de suivre le parcours des fameux pères à la recherche de leurs fils et du fameux messie.
À mesure que le récit avance, il se noircit. Alphée retrouve son fils parmi les disciples et semble à son tour séduit par les propos du Nazaréen. Jonas, quant à lui, n’est toujours pas convaincu mais il vit mal son scepticisme et se met à boire plus que de raison. Simon, père de Judas, apprend que le messie a été trahi par son fils et tout cela le fragilise.
David Ratte parvient, malgré la montée de la tension, à ménager beaucoup d’humour de situation, des répliques qui fusent dans tous les sens et une mise en scène très forte. L’émotion déborde autant que le rire.
L’autre réussite de l’auteur, c’est de parvenir à ne jamais montrer réellement les épisodes clés du Nouveau Testament. Dans le premier tome, les pères arrivent après la bagarre, pour ainsi dire, ratant régulièrement le messie et ses fidèles. Dans les deux tomes suivants, ils rattrapent leur retard, mais la mise en scène est astucieuse : souvent, ils sont pris dans la foule, ne voyant les choses que de loin ou par des intermédiaires (et la foule est le lieu où se déroule un événement tragique important dans le récit), parfois les choses bibliques sont hors-champ, et on ne voit que leur effet sur les visages. À la fin, Jonas, le plus incrédule, assiste à la montée au ciel de Jésus, mais il voit mal car il est aveuglé par la lumière et ne sait plus que croire.
Vraiment, très chouette découverte : ça parle de récit biblique, mais surtout la série, en tout cas cette première intégrale, évoque des choses bien plus universelles, comme le rapport père-fils, la vie, la mort, le pardon, la foi, l’envie de vivre. Et David Ratte parvient à évoquer tout cela en faisant rire son lecteur.
Jim








