L'ÉCHELLE DE JACOB (Adrian Lyne)


(tootsif) #1

*Jacob Singer, un employé des postes new-yorkaises, est assailli par de nombreux cauchemars durant ses journées. Il voit des hommes aux visages déformés et se retrouve dans des lieux qu'il ne connaît pas.

Jacob est victime des flashbacks incessants de son premier mariage, de la mort de son fils et de son service au Vietnam. Jours après jours, Jacob s’enfonce dans la folie en essayant de comprendre ce qui lui arrive avec l’aide de Jezebel, son épouse.*

Quand la certitude de ce qui est réel et de ce qui ne l’est pas est remise en cause à chaque instant. Tel est ce que vit Jacob Stringer. Et tel est ce que ressent le spectateur.

**L’Echelle de Jacob** est un film qui bouscule nos certitudes comme bascule la santé mentale de Jacob.
Le film commence comme un thriller fantastique, des créatures démoniques semblant en vouloir à la vie de Jacob. Si au début l’on peut douter de cette piste du fait du passé de Jacob (il semble avoir été traumatisé par la mort de son fils et avoir reçu une blessure quasiment mortelle lors de la guerre du Vietnam, on peut donc légitimement s’interroger sur sa santé mentale), celle-ci semble de plus en plus plausible au fur et à mesure que l’histoire avance.

Et alors que l’on se met à croire, au même titre que Jacob à l’existence d’un enfer dont les créatures en auraient après sa vie, le film bascule dans une autre direction. Et si, tout ceci n’était que des hallucinations dues à un événement qui se serait passé au Vietnam ? Les ex-camarades de Jacob semblent eux aussi victimes de ces étranges hallucinations.

On change alors tout d’un coup l’orientation du film. Du thriller fantastique voire horrifique, on passe au film politique, dénonciation des expérimentations militaires.

Et l’on croit à notre tour à cette nouvelle hypothèse car Lyne, avec brio, adapte les codes de son film au genre qu’il aborde (tout comme il le fait pour le film fantastique). Ainsi on a le droit à la classique réunion d’anciens combattants lors du décès d’un camarade, le passage chez l’avocat….

Tout semble étayer cette piste, la disparition des dossiers militaires, l’assassinat du psychiatre qui les suivait, le retrait des camarades de Jacob, un mystérieux enlèvement par des personnes semblant être du gouvernement, les révélations d’un soi-disant scientifique ayant participé à des expériences au Vietnam….

Ainsi c’est ça ! Jacob est la victime des manigances de l’armée et non de folie. Ces hallucinations, son déchirement entre 2 vies (l’une où il est avec sa première femme et son fils ainé est encore vivant, l’autre où il est divorcé et son premier fils mort), les doutes qu’il a sur sa véritable vie, les créatures infernales qu’il voit et qui semblent le poursuivre….tout ceci serait le fruit d’une expérience militaire et non de sa folie.
On est convaincu, on voit clair dans le film, on a la solution et patatras le final bouscule toutes nos convictions dans un twist hallucinant.

C’est la principale force du film : laisser croire au spectateur qu’il a toujours un coup d’avance sur ce qui arrive à Jacob, qu’il détient la solution à tout ce qui lui arrive et d’un coup lui renvoyer en pleine face  toutes ses certitudes pour les briser.

Au même titre que Jacob, le spectateur n’est qu’une marionnette baladée dans une histoire aux thèmes multiples et forts : dénonciation de la guerre, voyage sur les chemins de la folie, acceptation de la perte d’un être cher.

**L’Echelle de Jacob** est donc une construction parfaite où chaque élément s’imbrique avec minutie.

Cette parfaite mécanique est en outre servie par un Tim Robbins parfait. Au bord de la folie, il est d’une fragilité, d’une justesse dans le jeu qui nous touche au plus profond de notre être.

**L’échelle de Jacob** est donc un chef d’œuvre protéiforme. Tour à tour film fantastique, drame, film politique, il mélange les genres avec une maestria rarement atteinte pour nous emmener vers des contrées inexplorées...