LES AQUANAUTES t.1-5 (Vincent Mallié / Joël Parnotte)

Discutez de Les aquanautes

Dans la station sous-marine Physalia (rebaptisée Physalia dans certains tomes suivants, ce qui ne sera pas la seule hésitation concernant des lieux ou des personnages, témoignant d’une relecture un peu incertaine), une équipe de géologues civils poursuit une mission quand l’installation est investie par un commando militaire dont l’objectif est au début totalement opaque. La cohabitation entre les deux groupes est rendue encore plus difficile quand le meurtre d’un soldat vient endeuiller la station.

Couv_1991

L’action sur Nando, Nikki et Zarko, trois membres de l’équipe civile, qui vivent mal la présence des militaires. Le premier suit d’ailleurs une thérapie auprès du conseiller médical de la station, ce qui remue des traumatismes personnels et familiaux. Quand Nando est sélectionné afin de prendre la place d’un militaire (qu’il pensait pourtant mort, mais qui est bien vivant), il découvre, et les lecteurs avec lui, la véritable raison de la présence de l’armée : explorer l’épave du Dodion, un cargo colossal échoué dont la cargaison semble inoffensive, puisqu’il s’agit de canne à sucre. Nando et ses amis flairent l’embrouille.

Sur ce principe, Joël Parnotte et Vincent Mallié construisent un suspense qui évoque les grands thrillers sous-marins, Abyss en tête. La dynamique entre les deux groupes d’individus est plutôt pas mal, même si les scènes de confrontation sont parfois un peu forcées. De même, les séquences consacrées à la thérapie de Nando ralentissent un peu le récit. Mais la description de la vie quotidienne dans la station, ainsi que les très impressionnantes planches d’action sous-marine, font de ce premier tome une lecture agréable.

PlancheS_472

Repéré sur Hong Kong Triad (débuté au Téméraire et fini chez Soleil), le tandem d’auteurs passe dans la cour des grands avec cette série ambitieuse. On regrettera que le lettrage de ce premier tome frise l’illisible, un défaut qui sera corrigé dès le suivant.

Jim

Le deuxième tome s’intéresse au mystère de la cargaison du Diodon. À mesure que les militaires et les civils, parvenant à faire cause commune, explorent l’épave, s’enfoncent dans les coursives abandonnées, le lecteur multiplie les questions. Pourquoi les cadavres des marins sont troués de balles ? Que dissimule le bloc de béton dans la cale principale ?

Couv_2163

Cet album continue sur la lancée, explorant la personnalité de Nando tout en multipliant, pour les personnages, les raisons de s’angoisser. Après un nouveau meurtre, les civils sont cantonnés à une zone précise de la station. Les auteurs ont fait exprès de négliger un peu Zarko, pourtant au centre de leurs attentions dans le premier volume. Une révélation de dernière page relance l’affaire…

PlancheA_2163

Alors que Parnotte et Mallié posent les bases de leur style, offrant des visages de plus en plus maîtrisés, un soin plus important est accordé au lettrage, nettement plus lisible que dans le premier tome. On se laisse embarquer par ce polar sous-marin, même s’il y a certaines longueurs.

Jim

Il y a un tueur dans la station. Peut-être deux. Tel est le sujet de ce troisième tome, qui commence à préciser les choses. Zarko, l’ami de Mando, semble du mauvais côté de la barrière. Les militaires font pression pour que l’on stabilise l’épave du Diodon. De son côté, Patterson, l’un des bidasses les plus bas du front, fait équipe avec Nando, outrepassant les ordres et retournant dans la carcasse du cargo échoué afin de secourir l’une de ses équipières. Hélas, celle-ci est décédée suite à une hypothermie, et le soldat commence à revisiter ses priorités, comme on dit.

Couv_17271

Parnotte et Mallié continuent à explorer les relations tendues entre les deux groupes de personnages. Certains vont changer d’allégeance, tandis que le lecteurs profitent d’informations complémentaires sur les différents intervenants. Le rôle de chacun est précisé, reste à expliquer le pourquoi du comment, ce qui constituera le noyau de deux derniers tomes.

Question dessin, le style des deux compères s’affirme (les visages pointus sont sans doute le fait de Parnotte, et le souci des décors de Mallié, mais les deux lascars prouveront dans la suite de leur carrière qu’ils maîtrisent tous les aspects de leur métier), les planches sont très chouettes, les compositions ingénieuses mais sans esbroufe. Détail intéressant que je n’ai pas encore évoqué, les planches décrivant les plongées hors de la station disposent de marges noires, qui restituent la sensation d’enfermement et d’écrasement dont souffrent plusieurs plongeurs dans le récit. Très efficace.

Jim

L’épave du Diodon s’est rompue, malgré les efforts de Mando et des militaires pour la soutenir et permettre la conclusion de la mission. La mystérieuse cargaison, qui mobilise les efforts de tout le monde (y compris ceux qui ont des ordres de mission secrets), contenue dans le bloc de béton abrité dans la cale, s’est fissuré. Les militaires décident donc de détruire le bloc, puisqu’il est impossible de le déplacer et de protéger son contenu.

Couv_36846

Si les explications concernant ce bloc massif attendront le dernier tome, le quatrième s’ouvre sur une séquence de flash-backs expliquant les véritables raisons du naufrage du Diodon. Le bâtiment a été attaqué par un commando officiant pour le compte de l’Amérique, qui a tué l’équipage et fait sauter la coque à un endroit précis, afin de venir plus tard en récupérer la cargaison loin du regard (d’où l’intervention des militaires sur une base civile). Cette séquence d’ouverture permet de mettre en branle de nombreuses scènes d’action, puisque les personnages concernés par la mission initiale sont identifiés par les lecteurs et doivent agir afin de mener à bien la leur.

Ça bouge donc beaucoup, les différents personnages laissant tomber leur masque. On découvre les alliances, les trahisons. Il y a un peu d’humour saugrenu, autour du personnage de Zarko, présenté comme le traître mais que les auteurs s’échinent à rendre attachant quand même. Parnotte et Mallié ne sont pas avares en décors et ça secoue dans tous les sens.

Question lettrage, si un mieux était à signaler depuis le deuxième tome, cette fois-ci le lettrage est un peu plus gros, ce qui rend la lecture plus agréable. Sachant qu’il y a moins de choses à expliquer et que les grosses bulles sont moins nombreuses, les pages ne sont pas noyées dans une déferlante de texte.

Jim

Le cinquième et dernier tome s’ouvre sur une séquence en flash-forward, à savoir que des événements se sont déroulés depuis la fin du volume précédent, et que nous sommes invités à en découvrir le déroulement.

Couv_56809

Chapitre d’action et de résolution, ce tome fait la part belle aux explosions, aux poursuites, aux règlements de comptes. Une scène assez forte survient quand le petit groupe de survivants dans la station en perdition se retrouve confronté à l’idée que tous ne pourront pas monter dans le bathyscaphe. La scène fait écho à une séquence comparable, dans le tome 2, au cours de laquelle l’un des plongeurs, évoluant alors dans une poche d’air, constate une fissure dans son casque, ce qui l’empêche de repartir (il s’agit alors de décider qui restera en attendant le retour d’une équipe de secours). Là, la situation est différente, on est dans l’urgence, les protocoles ne sont plus respectés, et surtout les haines et les revanches se bousculent au portillon.

Les deux auteurs apportent les dernières explications concernant la mystérieuse cargaison du Diodon (en réalité un mollusque géant dont les propriétés biologiques pourraient permettre des avancées pharmaceutiques d’envergure et assurer la prééminence de la nation qui en déposerait les brevets), ce qui confère au récit une portée plus vaste, avec une réflexion sur la nature humaine et la cruauté de la société. Tous les personnages se retrouvant dans une impasse, l’ensemble laisse une impression mélancolique de tristesse et de gâchis. Pour l’occasion, Parnotte et Mallié signent des planches à la construction exemplaire, d’une redoutable efficacité.

Une conclusion percutante pour une série qui met son temps à démarrer, et qui connaît quelques longueurs, largement rattrapées par un dessin en pleine métamorphose.

Jim

Une intégrale est sortie en 2010 :

Couv_117137

Jim