LES GRIFFES DU GÉVAUDAN (Sylvain Runberg / Jean-Charles Poupard)

Ils y travaillent depuis 2017 : le scénariste Sylvain Runberg et le dessinateur Jean-Charles Poupard se penche sur la légendaire affaire de la Bête du Gévaudan, à l’occasion d’un diptyque à paraître chez Glénat à partir de septembre 2020.

Voilà ce qu’en disait Sylvain Runberg sur BDGest en juillet 2017 :

Il s’agit d’un nouveau projet effectivement orienté historique/horreur. « Les Griffes Du Gévaudan » sera donc un récit complet en deux tomes à paraitre en 201? aux éditions Glénat. Le sujet : la série d’attaques survenues entre 1764 et 1767 dans le Gévaudan qui feront selon certains décomptes plus d’une centaine de victimes, des faits bien réels dont l’explication fait encore débat aujourd’hui. « Les Griffes Du Gévaudan » sera une fiction, assumées comme telle, basée sur ces faits réels.

Et de confirmer, en avril 2019 :

Le tome 4 du « Chant des Runes » sort en Septembre cette année et le tome 1 des « Griffes du Gévaudan », comme prévu, courant 2020/2021

Jim

La newsletter de Glénat, cette semaine, donne la parole au scénariste Sylvain Runberg et au dessinateur Jean-Charles Poupard :

Comment s’est passé le confinement pour vous ?
Jean-Charles POUPARD : Je ne suis pas à plaindre, on a un jardin et suffisamment d’espace pour ne pas s’être marché dessus avec ma femme et mon fils ; en plus il a fait beau donc le quotidien n’était pas si différent de ce qu’il est d’ordinaire. Cependant, avec un enfant de 22 mois à la maison 24h/24, on travaille moins et les nerfs sont mis à rude épreuve. Heureusement, j’habite dans une région où le vin est bon (ce qui est commun à beaucoup de régions de France et ce qui a peut-être soulagé - voir sauvé - de nombreux auteurs), et je dois admettre qu’il nous a été d’un grand réconfort à quelques reprises pendant ces deux mois. J’espère juste que mon alcoolisme naissant n’a pas trop altéré la qualité de ma ligne…
Sylvain RUNBERG : Depuis plusieurs années je suis entre le Sud de la France et la Suède, à Stockholm, et là, je suis à Stockholm. Ici, il n’y a jamais eu de confinement. Il y a cependant certaines règles de distanciation sociale qui se rajoutent au fur et à mesure, interdiction de regroupement de plus de 50 personnes, le télétravail quand c’est possible (et c’est mon cas, évidemment) et les autorités sanitaires demandent aux personnes à risques de rester chez elles, notamment les plus de 70 ans. Les visites en maison de retraite sont interdites, les hôpitaux ont été vidés, sauf pour les patients pour qui c’est nécessaire évidemment, un hôpital militaire de 1200 places a été aménagé à Stockholm, mais il n’a jamais été utilisé, les autres hôpitaux ayant encore des lits disponibles. Donc en fait, ça n’a pas changé radicalement mon quotidien.
Habitant près de la réserve naturelle de Stockholm, ça permet aussi d’avoir toujours facilement accès aux forêts, aux lacs, donc je fais toujours pas mal de VTT, 3 à 4 sorties par semaine et dans une période comme celle-ci, c’est vraiment appréciable. Et évidemment, les gestes du quotidien, se laver les mains régulièrement, ne pas toucher les yeux, le nez et la bouche avec ses mains, car c’est la forme de contamination la plus courante, et tenir ses distances quand on parle avec quelqu’un. J’ai bien conscience de la chance que nous avons par rapport à beaucoup de gens qui ont été ou sont encore confinés, et pas forcément dans de bonnes conditions.
Pour l’instant, ça n’a aucune incidence sur mon travail, j’avance toujours bien, j’écris tous les jours et mes plannings sont tenus, j’ai même de l’avance sur certains projets. C’est plutôt pour certains proches, des personnes à risque, notamment en France, avec l’éloignement et le fait de ne pas pouvoir se déplacer, qu’il y a de l’inquiétude. J’ai aussi la chance d’avoir des voisins qui font de la recherche sur les virus, ça permet d’avoir des informations sûres et régulières, mais l’agence de santé publique suédoise fait à mon sens du très bon travail d’information.

Dans quelle mesure votre travail de création a-t-il été affecté par le confinement ? Et comment l’avez-vous vécu personnellement ?
Jean-Charles POUPARD : Au-delà des problèmes d’alcool, mes journées de travail ont été divisées par deux, donc au début j’ai tenté de me lever vers 4h30 pour travailler jusqu’à midi, avant de m’occuper de mon fils tout l’après-midi, mais j’ai dû tenir ce rythme deux semaines tout au plus et j’ai fini sur les rotules, encore plus fatigué qu’avant : avec du recul, c’était pas une bonne idée… Il faut ajouter à ça donc la nervosité liée à une fatigue qui s’est installée lentement pendant ces longues semaines et le résultat fut catastrophique : j’étais déjà à la bourre, là je suis dans la merde (j’ai cherché mais y’a pas d’autres mots), sans parler du côté financier, qui a découlé naturellement d’une production de pages au ralenti. Vous imaginez donc que j’ai vécu la réouverture de la crèche comme une bénédiction, un miracle ; Dieu existe, c’est sûr : pour fêter ça j’ai bu un p’tit coup…
Après, plus sérieusement, j’ai trouvé ça reposant de ne plus entendre le bal des voitures devant la maison, de pouvoir apprécier un ciel bleu sans avions pendant des mois, et vu que je suis assez casanier de nature, ne pas voir ma famille ou mes amis pendant cette période ne m’a pas manqué plus que ça. Afin de me préserver aussi, j’ai rapidement cessé de lire les infos ou de me tenir au courant du nombre de morts par jour en France ou ailleurs, c’était une pollution mentale anxiogène qui n’avait que pour effet de me mettre le moral en berne et de me rendre parano. Je me suis donc coupé de Facebook par exemple, ça m’a fait un bien fou !
En somme, j’ai vécu ce confinement comme un retour aux choses essentielles ; le vin en fait partie.

Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?
Jean-Charles POUPARD : Je travaille sur la fin d’un album d’Heroïc Fantasy chez Soleil, avant de continuer dès le mois prochain - et j’ai hâte - un diptyque sur la Bête du Gévaudan avec Sylvain Runberg qui m’accompagne au scénario chez Glénat. C’est un projet qui me tient particulièrement à cœur, peut-être parce que mon âme d’adolescent avait été profondément marqué à l’époque par Le Pacte des Loups (qui a ses qualités et ses défauts, j’en conviens). L’époque me plaît car c’est en plein milieu du XVIIIème siècle, loin de Paris et ses Lumières mais où la France connaît néanmoins les prémices de profonds bouleversements à venir ! Aussi, cette histoire me fascine, comme beaucoup, car la vérité est très difficile à déceler dans tous les témoignages d’époque qui sont parvenus jusqu’à nos jours : était-ce un loup ? En était-ce plusieurs ? Un autre animal peut-être ? Y avait-il un esprit cruel derrière ces atrocités commises ? Ou bien était-ce un homme déguisé en loup ?
Toutes ces hypothèses ont autant de défenseurs que de détracteurs et il est bien difficile de savoir qui a raison ou tort. Enfin l’ambiance et le décor sont captivants ; le Gévaudan : terre reculée et légèrement montagneuse, paysanne, accidentée, brumeuse et boisée, où traquer la vérité devient plus difficile encore que de chasser la Bête en elle-même…
Sylvain RUNBERG : Plusieurs projets en même temps, comme d’habitude. Chez Glénat, je viens de terminer le scénario du tome 3 des Dominants avec Marcial Toledano, de la science-fiction, assez sombre, avec une histoire de virus qui décime l’humanité, justement, mais aussi une version assez particulière de l’invasion aliène, et du tome 3 des Chroniques d’Under York avec Mirka Andolfo, du fantastique Young Adult, avec des clans de sorciers à New York, de nos jours. Sinon, avec Jean-Charles Poupard nous sommes en train de discuter de la suite du Chant des Runes , dont le tome 4 est paru cette année, un thriller/polar scandinave contemporain qui s’inspire aussi des légendes nordiques et nous travaillons aussi sur un nouveau diptyque, un thriller historique, Les Griffes du Gévaudan , qui traite de l’affaire de la fameuse « bête », au XVIIIe en France.
Un sujet incroyablement motivant, même si ce qui s’est passé est terrible, car ce n’est pas une légende, une centaine de personnes ont bien été tuées et des centaines d’autres blessées par un ou plusieurs animaux dans le Gévaudan sur l’espace de trois années et la région a connu une époque terrible à cause de ces attaques. Contrairement à ce qui a été souvent dit, les loups, à cette période et à cet endroit n’étaient pas très craints et on les reconnaissait facilement, ils faisaient partie du quotidien. Or, plusieurs centaines de témoins ont vu un ou plusieurs de ces animaux lors des attaques et tous étaient affirmatifs : ce n’étaient pas des loups, non seulement dans leur apparence mais surtout dans leur comportement. C’est donc ce mystère là que nous traitons au travers d’une fiction, assumée comme telle, mais documentée. Une période riche en projets donc !

Et Le Chant des Runes, u ne suite de prévue ?
Jean-Charles POUPARD : Bien sûr, mais après la Bête ! Le tome 4 est donc sorti en janvier dernier, laissant quelques questions en suspens… Nous allons naturellement y répondre par un autre diptyque pour clore ce qui sera le premier (grand) cycle du Chant des Runes (en 6 tomes). Les idées sont posées, on a quasiment toutes les scènes, la fin est prête et elle en surprendra plus d’un ; il n’y a plus qu’à s’armer de patience pour les lecteurs, et de café pour moi - car j’ai aussi acquis la connaissance pendant ce confinement qu’à défaut de détendre, le vin ne rendait pas plus productif.

Un petit aperçu de ce que sera La Bête du Gévaudan :

Jim

La première image du topic donnait l’impression d’être décalquée du Pacte des Loups et là sur la planche j’ai encore l’impression de voir un ersatz de Samuel Le Bihan. C’est tout de même pas dit que ce soit la meilleure référence sur la question…

on a pas encore vu d indien.