LES SORCIÈRES DE ZUGARRAMURDI (Alex De La Iglesia)

[quote]DATE DE SORTIE PREVUE

27 Septembre 2013 (Espagne)
8 janvier 2014 (France)

REALISATEUR

Alex De La Iglesia (Action Mutante, Le Jour de la Bête)

SCENARISTES

Jorge Guerricaechevarria & Alex De La Iglesia

DISTRIBUTION

Javier Botet, Hugo Silva, Mario Casas, Carolina Bang, Carmen Maura…

INFOS

Long métrage espagnol
Titre original : La Brujas de Zugarramurdi
Genre : Comédie/Horreur
Année de production : 2013

SYNOPSIS

Trois braqueurs d’un magasin d’or de la Puerta del Sol à Madrid, en fuite vers la frontière française, vont se réfugier par erreur dans la ville de Zugarramurdi, haut lieu de la sorcellerie, à la veille d’une très importante réunion de milliers de sorcières…[/quote]

La bande-annonce :

Génial !!! Je suis aux anges, pour deux raisons…

La première, c’est le retour de l’excellent Alex de la Iglesia, story-teller de folie (j’ai même aimé son excursion “grand public” avec “Crimes à Oxford”, imparfait mais assez original). C’est sa veine “comico-barrée mâtinée d’horreur” qui semble s’exprimer ici, à la “El dia de la Bestia” et compagnie, tant mieux.

La deuxième c’est que je suis ravi du contexte choisi par le réal basque : j’habite à une petite heure de Zugarramurdi, et au cas où vous jetteriez un oeil sur le trailer, sachez que la grotte gigantesque du dernier plan n’est pas un SFX mais existe vraiment. Non seulement ça mais en plus elle a vraiment servi à l’organisation de bringues monumentales et décadentes dont le seul souvenir me fait monter les larmes aux yeux !
Excellente idée d’utiliser ce décor naturel époustouflant.

La nouvelle bande-annonce :

Je suis pas un fan de De La Iglesia mais p’tain comment ça à l’air trop bon, bien déjanté comme il faut !

http://img18.imageshack.us/img18/2589/5not.jpg

[size=200]INTERVIEW DE ALEX DE LA IGLESIA[/size]

Raahhhhhhhhh putain que c’était bon. De la Iglesia nous emporte dans un ride monstrueux. Chose très marrante, on pourrait rapprocher le pitch de base à celui d’Une nuit en enfer mais De la Iglesia se sert de l’histoire de Zugarramurdi pour mettre en place une histoire qui partira bien plus loin. Comme souvent chez lui la haine et l’amour font jeu égal, tout comme la peur et l’humour, l’ordre et le chaos.

Le film est ainsi parcourue d’instant d’une poésie morbide, de passage semblant sortir de massacre à la tronçonneuse ou de The Devil’s Reject, de scène horrifique très malsaine pour peu que vous ayez eu des rapport difficile avec les chiottes turques le tout maelstrom d’action baroque incroyable.

De la Iglesia a dit en interviewe qu’il avait peur des femmes du moins du pouvoir que celle-ci avait et le film et une vrai carthasis de cette peur où le réal nous montre des hommes totalement assujetis voir détruit par elle. A l’autre bout on découvre une société matriarcale aussi à l’ouest et revendiquant un pouvoir pour mieux dominer le monde. Tout le monde en prend donc pour son grade, le cheminement se basant alors sur une envie de réconciliation dans une dernière partie joyeusement bordélique.

J’ai adoré

Ton post donne furieusement envie.
J’ai d’autant plus hâte de voir le film que je lis un peu tout et son contraire dessus : pour certains le film est misogyne (est-ce qu’ils ne se laissent pas influencer par le fait qu’Alex de la Iglesia a dit avoir écrit le film après un divorce pénible…?), pour d’autres c’est un manifeste féministe. Le thème de la sorcellerie se prête bien à cette ambigüité en tout cas.
Perso je suis très intéressé par les petites injections de mythologie basque pur jus que le réal utilise notamment sur la fin paraît-il : le sujet me passionne (j’ai un projet là-dessus sur le feu d’ailleurs).

J’ai lu aussi ça et faut sacrément avoir deux neurones pour voir le film comme une oeuvre misogyne où être d’une sacré mauvaise foi. C’est vite oublier que si les femmes sont présentées comme les castratrices ultimes, les hommes sont quand à eux décrits comme des lâches, des destructeurs ou des idiots qui ne pensent qu’avec leurs bites.

Le film n’est pas misogyne, il est surtout misanthrope et renvoi dos à dos deux sociétés (patriarcale et matriarcale) décrit comme totalement archaïque et épuisé.

Figure toi que j’ai appris le divorce de De La Iglesia après avoir vu le film et ça par contre ça jette une lumière autrement plus intéressant sur le film, sur son coté foutraque (le film est par contre bien moins léché que ses autres oeuvres et certains éléments de l’histoire sont vite bazardé ou oublié au profit du ride) et surtout sur son final apportant une certaines évolutions et solutions vis à vis de la guerre des sexes.

Je serais un tantinet moins enthousiaste que mon camarade Lord, parce que j’ai trouvé des défauts au film, mais j’ai quand même beaucoup aimé.

De la Iglesia revient donc à la comédie horrifique speedée qui a fait son succès, et nous convie par la même occasion à une véritable orgie cinéphilique. En vrac et de manière non exhaustive, sont convoqués : “Massacre à la Tronçonneuse” via une scène de repas notamment (le réal’ confie que c’est le film qu’il a le plus vu), “King Kong” évidemment via la scène de la grotte (avec le petit garçon dans le rôle de Fay Wray / Naomi Watts), “Haxan, la Sorcellerie à travers les âges” de Benjamin Christensen, les films d’action HK et notamment “Zu” de Tsui Hark pour les duels en apesanteur, et j’en passe (De la Iglesia parle aussi d’un film d’Abbott et Costello où les deux nigauds sont poursuivis dans un couloir comme inspiration pour les travellings sur rails ultra-speeds, dans le couloir justement).

Le film est très drôle, certes moins que certaines perles de sa filmo (ma préférence allant à l’hilarant “Crime Farpait”, sûrement le film de De la Iglesia que j’ai le plus vu…), mais on se régale quand même. Surtout durant la première partie.

Car c’est là que le bas blesse : le film est assez déséquilibré, pour des questions de rythme ; et ce n’est pas de la maladresse, c’est un choix qu’Alex de la Iglesia explique en entretien. La première partie, qui s’ouvre sur une scène de braquage tout simplement jouissive, est magistrale, avec ses 38 gags à la minute et sa cadence sans failles : le réal l’explique par sa volonté de se rendre au plus vite chez les sorcières, aller direct au coeur du film, et ça ça marche du feu de dieu.
La deuxième partie en revanche a un rythme un peu plus boîteux, entre course-poursuite hystéro et trous d’air, et ça joue clairement contre le film en termes de dynamique. Plus dense, la deuxième moitié est pourtant plus chiante que la première étonnamment. Peut-être aussi l’effet de “trop-plein” dont souffre parfois le cinéma de De la Iglesia s’exprime ici.

Thématiquement, le film est extrêmement riche, et c’est la principale qualité du film (en plus de sa virtuosité technique, malgré un tournage manifestement difficile : 6 millions d’euros de budget, 9 semaines de tournage entre Madrid et Zugarramurdi, ça fait beaucoup de complication pour un projet de cette ambition…). On pourrait dégager 5 ou 6 niveaux de lecture différents du film, de la mise en boîte insistante de l’institution du mariage à la mise en scène d’oppositions binaires (christianisme / paganisme, matriarcat / patriarcat, etc…) vite dépassées par la fureur joyeusement misanthrope du réalisateur (même si le vieux monde des sorcières semblent au final bien plus intéresser que le monde moderne).
Quant à ceux qui voient dans le film un manifeste de misogynie, ben c’est un peu comme pour “Antichrist” de Lars Von trier, j’ai l’impression qu’ils ont de la merde dans les yeux : le fait de choisir la femme pour figurer un lien plus fort à la nature est interprété comme de la haine à l’égard de la femme. N’importe quoi.
Certes un échange entre le “héros” et Eva la fantasmatique sorcière ultra-sexy ressemble à un règlement de comptes : mais quand on sait que la jeune femme en question, Carolina Bang, est l’actuelle compagne du cinéaste (on s’emmerde pas, Alex !! y’a de l’espoir pour tous les nerds barbus et enrobés de la planète, alors…), on saisit la part autobiographique de ces scènes, sans compter qu’on devine implicitement qu’Alex de la Iglesia a probablement principalement souffert du problème épineux de la garde des enfants…

Une réussite donc, malgré des problèmes de rythme un peu récurrent chez ce cinéaste, mais comme c’est en partie du fait de sa générosité, on lui pardonne facilement.

Pour terminer, puisque je suis du coin, quelques précisions sur des éléments “exotiques” du film liés au Pays Basque :

  • la grotte de Zugarramurdi était réputée pour accueillir des réunions de “sorcières” (Akelarre en basque, littéralement “la lande du bouc”, tout près de la grotte, mais par extension le lieu désigne aussi le sabbat des sorcières à proprement parler) et en 1610, 12 personnes furent condamnées au bûcher par l’Inquisition espagnole. Plutôt que de sorcellerie, il faudrait évidemment parler à leur sujet de rites et de croyances pré-chrétiens.

  • le monstre féminin gigantesque est sûrement en partie inspiré par Mari, principale divinité, féminine, du panthéon basque (dans lequel “Dieu est en fait une femme”, donc, comme le dit la prêtresse) et incarnation vivante de la nature.

  • la chanson “Baga, Biga, Higa” du chanteur basque Mikel Laboa est l’adaptation d’une ancienne comptine enfantine, décrivant une sorcière préparant une potion. Plutôt que sorgin (qui se traduit par “sorcière”) on parlera plutôt de belagile (ce qui signifie exactement “faiseuse d’herbes”, c’est-à-dire guérisseuse), et on comprend un peu mieux ce que l’Inquisition leur voulait… Dans le film, on l’entend pendant la scène de la grotte, dans son époustouflante version orchestrale avec l’orchestre symphonique de San Sebastian (8 mn, que le réalisateur, respect pour ça, a choisi de ne pas couper).

  • toujours dans la grotte, les personnages vêtus d’épaisses fourrures et portant de grosses cloches dans le dos sont des joaldun (“joueurs de sonnailles”) ; l’origine de cette tradition est perdue mais il est probable qu’elle corresponde à un rite marquant la fin de l’hiver, où l’on “réveille” la nature et les êtres vivants à l’approche du printemps. Logique de faire appel à eux pour réveiller la Mère primordiale…

  • les cris suraigües des sorcières (“ayayayayayayayaya…”), c’est l’irrintzina, le cri traditionnel des bergers en montagne pour se repérer ou guider les troupeaux à distance. C’est devenu un cri festif.

Une grande cohérence, donc, entre ces emprunts et les thématiques du film.

Une dernière chose ou deux, à l’attention des mélomanes : l’insrument de percussions minimalistes que l’on aperçoit est une txalaparta, instrument traditionnel basque dont on joue d’une manière très particulière rythmiquement (on joue sur les contretemps, en gros).

Et pour ceux qui voudrait, pourquoi pas (je vous y encourage en tout cas), découvrir la musique de Mikel Laboa, voici la version symphonique de “Baga, Biga, Higa”, et une reprise d’un autre “tube” de Laboa, “Txoria Txori”, par Joan Baez en personne (et en basque s’il vous plaît !!)

Oui la question de la mysoginie me semble hors propos dans ce film.
Perso, j’ai adoré. Je suis assez inconditionnel d’Iglesia (moins de ces débuts avec Action Mutante) : mon préféré étant Balada Triste (qu’il indique être son film de superheros). J’aime ces comédies comme le crime farpait, mes chers voisins ou le jour de la bête, Mort de rire mais aussi les moins comiques comme 800 balles ou un jour de chance.
Ces thêmes me parlent toujours même dans ces films les moins reussis comme le rejet de la normalité et cette facon où ces personnages sont hantés par leurs choix ou s’enfoncent en pensant faire au mieux.

Dans le livre “Alex de la Iglesia - La passion de touner” il indique que les dialogues en pleins hold-up ne viennent pas de Tarantino mais plus de Amazing Spider-Man (le comics bien sur).