L'ESPACE D'UN SOIR (Brigitte Luciani / Colonel Moutarde)

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Il s’en passe des choses dans un immeuble. Et on ne sait jamais ce qui se déroule dans un appartement, quand on n’y est pas.

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C’est le constat que fait Brigitte Luciani dans son intrigue très particulière, qui profite d’une proximité graphique : l’immeuble où se déroule l’action a quatre étages, comparables aux quatre bandes dont la planche franco-belge traditionnelle est constituée.

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Le lecteur peut donc suivre quatre intrigues (toutes liées) en même temps, chaque bande correspondant à un niveau de l’édifice. Au troisième étage se tient une pendaison de crémaillère, qui constitue le centre de l’action. Mais pas l’action principale, qui se déroule plus exactement aux premier et quatrième étages.

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Les astuces narratives sont nombreuses. Quand les personnages s’absentent de leur propre appartement, les cases se consacrent à la peinture d’un environnement vide (où s’agitent parfois de petits animaux, apparemment inspirés des doudous que possèdent les enfants de la dessinatrice, le Colonel Moutarde). De même, les blancs intericoniques servent parfois à représenter les murs et les cloisons séparant les pièces. Enfin, les coups de téléphone induisent des lignes perpendiculaires au sens de lecture : quand un personnage compose un numéro, ça sonne à la case suivante… mais dans une autre ligne, un autre étage.

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C’est brillant, audacieux, et en plus de fournir un exercice de style impossible dans un autre support, il y a une véritable intrigue, avec un dénouement surprenant et ironique.
Le style de Colonel Moutarde, influencé par la presse féminine, par Dupuy & Berberian, peut-être aussi par Darwyn Cooke, est splendide, d’autant que le huis-clos du récit met en valeur ses forces : les personnages et les décors intérieurs.

Jim

L’album suivant des deux auteures :

Jim