Nick Bradshaw :

Nick Bradshaw :

L’excellente chaîne Youtube Strange Brain Parts se penche sur l’étrange vie éditoriale de Wundarr/Aquarian, création de Steve Gerber dans « Adventures Into Fear » 17 (repris dans l’omnibus qui nous intéresse ici), puis « transféré » dans ses « Marvel Two-In-One », avant de se métamorphoser en Aquarian, le super-héros hippie/new age, à la faveur de la fameuse saga du Projet Pégasus.
Ou comment une simple parodie de Superman (peut-être plus transgressive qu’il n’y paraît au premier abord, tout de même) déclenche l’ire de DC Comics (cela s’est matérialisé par un coup de fil furibard de Carmine Infantino à Stan Lee) et manque provoquer le licenciement de Gerber, qui rattrape le coup comme il peut à chaque apparition ultérieure du perso, en l’éloignant chaque fois un peu plus de son modèle de la distinguée concurrence.

J ai commencé a relire l Homme chose (une quinzaine de numeros) et je suis trés content de cet omnibus.
On passe d histoires assez fantastiques mélangeant horreur/fantasy et SF avec des histoires plus terre à terre avec des histoires individuelles auquelles l homme chose va donner une conclusion avec un début plus superheroique de base (les Kazar).

La trad me semble trés bonne car je redécouvre que c est vraiment bien écrit… plus écrits (plus de mots qu aujourd hui) sans etre trop verbeux mais surtout ca sonne, ca du sens même si c est parfois facile (F.A. Schist). Steve Gerber c est quelque chose quand même!
Val Mayerick livre un dessin trés Neal Adams trés sympa, Gray Morrow livre un épisodes splendide.

Bref une trés bonne lecture qui n est pas encore finie.
Je continue cet omnibus pour en arriver presque à la moitié.

La plupart des histoires sont des histoires très humaines où la monstre intervient par hasard.
Il y a deux histoires au long court:
F. A. Schist qui veut assécher le marais pour y construire un aéroport
Tout ce qui tourne autour du Nexus des réalités avec Jennifer Kale et Dakhim dans une sorte de fantasy horrifique où apparait Howard The Duck
La première s’étale. la deuxième n occupe que peu d espace pour l instant mais reviendra.

On suit plutôt des histoires de gens désespérés par le monde ou leur monde, ou de ceux qui veulent en profiter.
Le style est à la fois revendicatif et parodique et donc étrange. Le dessin passe de Mayerick inspiré par Neal Adams (même s’il n’est pas aussi bon) à Ploog et son style cartoony avec un passage à John Buscema superbement encré par Klaus Janson.

On en m’enlèvera pas de l’idée que le Swamp Thing de Moore ou Veitch a plus à voir avec ce Man-Thing qu’avec les swamp thing de Wein ou Conway (sans Wrightson… pas sur qu on parlerait encore des premiers épisodes…)

La traduction est bonne car je trouve qu’elle retranscrit bien un style particulier (même si Carnivale me semble plus prohce d’un cirque que d’un carnaval en France et que certains regretteront la mention de Pierre Vassiliu).
Mais vraiment, cette série est l’une de celle qui permet quand même de voir que Steve Gerber était un vrai auteur. Certes, ce n’est pas Moore et l’invasion britannique et que les allergiques aux oldies trouveront cela bavard ou farfelu…

En 1973-1974, on y parle écologie, suicide, vision de la société et place dans celles ci, le pacifisme et la guerre, la radicalité religieuse, le nihilisme et de comment des individus se reconstruisent autrement que dans la norme.
Alors la série n’est pas parfaite mais reste dans le haut du panier de cette époque.
Tu vas finir par me le faire prendre
J’arrive à la fin du run de Gerber mais je ne peux pas m’empêcher de donner un avis après 3 épisodes que je viens de lire: Man-Thing (1974) 15-16 et GS 4. Ce sont le type d’épisodes que je préfère dans cette série et je voulais en parler plus longuement (il y en a plein avant comme ceux-ci mais le giant-size m’a bien ému).

Dans le premier, Man-thing n’intervient pas directement. Une jeune a qui on a recommandé une boutique de bougie en achète une à l’effigie du monstre. Elle ne sait pas que c’est un plan pour la récupérer, la bougie dégageant des effets hallucinogènes dont son ex pourrait la sauver.
Elle se retrouve à revenir à un temps où elle a rencontré Ted Sallis (notre héros quand il était humain et pensant), ce qui permet d’en savoir plus sur lui.
L’épisode se finit comme souvent un peu comme les EC Comics avec une chute où le « crime ne paie pas » tout en mettant l’accent sur des personnes qui ne rentrent pas dans le moule, ce qui est la marque de fabrique de Steve Gerber, le scénariste.

Dans l’épisode suivant, un vieil homme costaud ayant bossé sur les chantiers mais viré à cause de son âge. Il devient fou et s’en prend à ce monde de non-hommes qui ne méritent pas de vivre. Il finira par croiser une rock star qui cherche la décadence absolue. Les générations s’entrechoquent mais sont aussi renvoyés dos à dos… ou presque.

Enfin, notre monstre interviendra pour tenter de sauver (involontairement, il ne pense pas mais est empathe) une jeune fille. Cette dernière va publier le journal de son ami, mort dans des circonstances suspectes mais que personne n’ose remettre en question. La question de la différence et de l’intolérance, de la haine ordinaire revient. Gerber publie même des pages de proses (le journal), ce qu’il fit et fera encore sur certains épisodes (permettant de supporter les deadlines qu’il ne respectait jamais). Un épisode assez bouleversant devant la calvaire que vécu cet ado avant une mort abjecte.

J’écoutais un podcast qui ramenait le prévertigo à EC Comics. Mais pour moi, le vrai pré-vertigo c’est Steve Gerber. Omega The unknown et Man-Thing ou Howard The Duck en particulier seront le chainon manquant entre EC et les récits d’Alan Moore.
Là sur 3 episodes, le patriarcat, les reacs mais aussi l’ecologie, le conflit de génération et la fin des ideaux sont au centre des débats avec surtout la manque d’empathie, de tolérance d’une société qui condamne parfois même à mort les personnes différentes.
Certes, le style de Gerber est très verbeux et ampoulé comme à l’époque mais il est aussi trés poétique ou dur.
Il nous raconte la fin des rêves hippies et commence déjà avec le cynisme et la provoc punk ou post punk.
Sur l’intolérance, certains vont le comparer à Chris Claremont mais ce dernier sera à la barre de la seconde série Man-Thing à la fin de l’omnibus et la comparaison ne lui sera pas flatteuse.
Le souci de Steve Gerber est souvent d’être accompagné de bons dessinateurs (parfois plus comme Buscema ou Morrow et Ploog dans cet omnibus ou Colan ailleurs) mais qui sont dans le graphisme des années 70 ou (sur Omega The Unknown surtout avec Mooney) seront de bons faiseurs maison.
Quand on me parle de Wein pour l’avant Moore, j’ai un peu de mal… Wein c’est quand même souvent un faiseur. Ses Swamp-thing, c’est le cinéma des années 50, sans Wrightson d’ailleurs ca ne tient pas. Steve Gerber est déjà dans l’horreur moderne des King ou Barker que Moore et autres reprendront. L’horreur de la réalité!
Avec Gerber, on est déjà dans une forme de cynisme, de provoc punk que les anglais importeront en masse dans les comics.
Certes c’est encore de la narration 70’s mais les graines sont là et sont déjà superbes!
Sa série Nevada chez Vertigo trouve d’ailleurs sa source dans un numéro singulier d’Howard the Duck.

Ouais, c’est pas con.
Mais bien sûr qu’on voit une différence ! Qui dira le contraire ? ![]()
J’ai le même en t-shirt… mais avec Vador.
Eh eh eh