LOFT (Kiyoshi Kurosawa)

[quote]REALISATEUR

Kiyoshi Kurosawa

SCENARISTE

Kiyoshi Kurosawa

DISTRIBUTION

Yumi Adachi, Miki Nakatani, Etsushi Toyokawa…

INFOS

Long métrage japonais
Genre : fantastique
Durée: 1h51
Année de production : 2006
Date de sortie : 3 janvier 2007

SYNOPSIS

Reiko, jeune écrivain auréolée par la récente obtention d’un fameux prix littéraire, étouffe dans son petit appartement tokyoïte. Aidée par son éditeur, elle décide par conséquent de s’installer dans une grande maison isolée de tout. Elle rencontre un archéologue victime d’étranges malaises depuis qu’il a déterré une momie vieille de mille ans.

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“Loft” fait partie de mes petits chouchous dans la filmo de Kurosawa (même si je suis loin d’avoir tout vu ; faut dire qu’il y a quelque chose comme trente titres…). Et pourtant, si je me souviens bien, le film avait été très tièdement accueilli à l’époque, pour ne pas dire qu’il s’était fait descendre. Ceux qui avaient été impressionnés (et à juste titre) par “Cure” ou “Kairo”, peut-être les deux titres les plus fameux du japonais, n’ont pas été conquis par ce film certes sûrement plus difficile d’accès. C’est pourtant l’un des Kurosawa les plus “purs”, les plus typiques du génie (eh oui) de ce cinéaste.

Figurant comme à son habitude l’exode rural d’un personnage issu de l’enfer aseptisé de Tokyo, jouant de la présence de la végétation (de la plus discrète à la plus frappante de ses représentations) comme image d’une sorte de flux vital invisible perturbant le réel, reprenant avec maestria la figure du fantôme si courante dans sa filmo (même si l’on a en fait affaire à une momie ici, et ce n’est pas qu’un détail : Kurosawa est très attentif à la question du genre), “Loft” est aussi, et c’est vraiment propre aux films de Kurosawa, un bel exemple de glissement du “focus” d’un personnage à un autre : le perso principal du début n’est pas celui de la fin. Le japonais est familier de l’exercice, et c’est vraiment fascinant d’observer ça se développer chez lui avec fluidité.

Si Kurosawa est ce type de cinéaste qui se caractérise par sa sobriété et l’invisibilité de ses choix de mise en scène (malgré les cadrages au cordeau), il ne s’interdit pas pour autant l’expérimentation formelle.
Il a essayé sur ce film d’user d’un dispositif à ma connaissance inédit. Il tourne “Loft” avec deux caméras, une caméra A dont il surveille le moniteur, et une caméra B décalée de quelques centimètre latéralement et placée un petit mètre derrière la première ; de celle-là, Kurosawa ne regarde jamais le moniteur et découvre ses images au montage. Et de temps en temps, de manière presque subliminale, Kurosawa substitue l’image A par l’image B, comme quand on ferme un oeil, puis l’autre, et que l’on constate le décalage de perception causé par l’écart entre les deux yeux. J’ai très peu vu cette particularité de la vision humaine (deux image plates qui ne se recouvrent pas tout à fait pour fournir une image en trois dimensions) exploitée au cinéma, même si Nicholas Ray travaillait semble-t-il avec ce genre de micro-décalages dans le placement de la caméra, et que Michele Soavi a pu aussi exploiter ce “sursaut” de la vision dans une chouette scène de “Arrivederci Amore Ciao” (dans un tout autre but narratif).
Kurosawa trouve avec cette idée l’expression idéale de sa conception anti-spectaculaire du fantastique : le fantastique, c’est l’irruption dans le quotidien de ce petit décalage, de ce petit sursaut.