Ce troisième tome m’a paru très dense. Sans doute que mon peu d’appétence pour les romans épistolaires peut m’avoir freiné dans mon élan, mais le grand nombre d’événements et de péripéties rend ce troisième rendez-vous avec Monsieur de Saint-Sauveur assez compact, laissant un sentiment d’accélération par rapport au deuxième tome qui, par contraste, paraît plus léger.
Une grande partie du tome est consacré aux tentatives répétées et aux échecs enchaînés dudit Saint-Sauveur de marier Aimée à un Iroquois afin de gagner son pari. Ce héros comploteur passe donc régulièrement de la joie d’avoir réussi à l’agacement à devoir constamment improviser une autre manipulation. La répétition joue peut-être dans ce sentiment de longueur propre au tome. Mais c’est drôle et Ayroles n’est pas avare en bons mots et en jolies formules.
La multiplication des personnages, et donc des voix qui s’expriment à travers les lettres dont des extraits nous sont livrés, et l’évolution de certains (je pense à Gonzague) enrichit l’ensemble. L’aventure n’est jamais loin (poursuites, batailles et fusillades nourrissent leurs lots de coups de théâtre), mais c’est peut-être la dernière partie qui m’a le plus intéressé, montrant comment le destin est défavorable à Justin (qui s’en sort cependant toujours) sans que son échec et sa potentielle déchéance ne soit le fait d’une vengeance quelconque. Cette partie insiste sur les conséquences, sur cet enchaînement d’actions aux répercussions lentes et lointaines, et permet aussi de jeter un œil nouveau sur le personnage central.
Si ce tome m’a moins emballé que les deux précédents (malgré l’évolution du style de Guérineau, peut-être plus semi-réaliste que jamais, lorgnant vers les contrées de Meynet), il m’a surtout donné envie de relire le triptyque d’un bloc, pour peut-être mieux en saisir les mécanismes, là où la sortie sur plusieurs années a pu diluer certains effets.
Jim


