MAD DETECTIVE (Johnnie To, Ka-Fai Wai)

Sorti en salle cette semaine, un officier de police bloqué dans une affaire, fait appel à un ancien policier catalogué comme fou, pour sa propension à voir des choses surnaturelles et à se comporter bizarrement.

3eme film cette année avec Johnnie to ( en tant que producteur pour Filatures, et réalisateur dans Triangle avec ses comparses Ringo Lam et Tsui Hark), je suis aux anges et je me suis précipité pour aller le voir :smiley:

C’est un To différent, mais tout aussi jouissif. Moins de gunfights, une histoire surfant avec le côté fantastique (le héros voit les démons dans le coeur des gens et leurs différentes personnalités) mais ça se révèle surprenant d’originalité et franchement enthousiasmant. Rien que la dernière scène vaut son pesant d’or, le scénario tient bien la route, l’inspecteur Bun (le fou) est franchement hilarant et très émouvant aussi ds certaines scènes, j’ai passé un superbe moment. On reconnait aisément la patte de Johnnie To, certains de ses acteurs fétiches aussi, à voir, Nuff said :smiley:

film marqué dans mon agenda, mais hélas mon ciné de merde ne le diffusera pas, plus qu’à attendre la sortie DVD (belge peut être, comme c’est le cas pour les DVD d’élection 1 et 2 que je viens enfin de me procurer)

Enfin pu le voir !

           Je ne le redirai jamais assez mais j’aime le polar asiatique et j’aime la manière de filmer de Johnnie To. Mais ce n’est pas pour cela que je dois être aveugle et j’admets que, depuis quelques temps, à de rares exceptions (Infernal Affair, Exilé) le genre tournait un peu en rond à Hong Kong. C’était certes toujours maitrisé avec des intrigues plutôt bien ficelées mais ça ne se renouvelait guère, rendant les différents films plus ou moins identiques.

Et, avec Mad Detective, Johnnie To a tenté de se renouveler et de donner un nouveau souffle au genre.
D’un point de vue purement scénaristique, on reste dans une intrigue somme toute classique (un policier cherche par tous les moyens à camoufler la perte de son arme au cours d’une arrestation et pour cela il va jusqu’à tuer son collègue et commettre des crimes pour accuser un immigré et ne perdre sa promotion) et les personnages semblent de prime abord assez stéréotypé (un ancien flic aux méthodes peu orthodoxes mais efficaces, un jeune flic dépassé, on semble donc être dans la relation classique maître/élève). 

Mais, alors que dans la grande majorité des polars asiatiques les personnages semblent interchangeable d’un film à l’autre, car construits sur des modèles proches, ils sont ici tout à fait unique.

En effet, en nous mettant dans l’univers de Bun où les visages s’effacent devant les personnalités (l’inspecteur Ho totalement dépassé est vu comme un enfant, le flic véreux alterne entre 7 personnages suivant son état d’esprit), où le fantasme de sa vie prend le pas sur la réalité (sa femme (sa femme idéalisée alors qu’elle est partie, désespérée par sa folie), où se mettre dans la peau des victimes, tueurs est le seul moyen de comprendre leur psyché (il s’enterre vivant, mange en boucle le même repas que le suspect….)
Cette plongée dans la folie tantôt drôle, tantôt triste, tantôt effrayante de l’inspecteur Bun (qui plus est magistralement interprété) est servie par des scènes magistrales comme Johnnie To sait si bien les faire, avec un final magnifique, aussi bien du point de vue de la mise scène (chaque plan chez Johnnie To est travaillé : ici par un habile jeu de miroir nous avons accès à l’état d’esprit de chaque personnage) que de l’émotion suscitée, le spectateur tout comme les protagonistes se retrouvant pris dans la confusion mentale de Bun.

Il est juste dommageable que les parties de l’histoire non centrées sur Bun soient si classiques, même si au fur et à mesure celles de l’inspecteur Ho s’en approchent, montrant  ainsi la confusion de plus en plus grande dans laquelle il se trouve (pour aboutir à la scène finale). C’est, je pense, volontaire pour trancher entre l’univers réel et celui dans lequel vit Bun, mais leur réalisation trop classique, voire un peu molle, amoindrit l’impact du film, l’empêchant de nous emporter totalement.

Mais reste que Mad Detective est, à mon avis une œuvre à part dans la filmographie de Johnnie To et qui emmène le polar asiatique vers des voies jusqu’alors inexplorées. Mad Detective est certes imparfait mais est touchant, intriguant.